Une lecture de PAUL MAUGENDRE Illustrations de Claire Forgeot. Collection Zanzibar N°32. Editions Milan. Parution janvier 1988. 94 pages. ISBN : 9782867262838 Ohé, ohé, matelot, matelot navigue sur les flots… Souvent, parce qu’ils sont destinés aux enfants, les adultes négligent les romans ou recueils de contes, de nouvelles, écrit avec amour, passion, tendresse pour la jeune génération. C’est un peu dommage car, outre les bienfaits de se retremper l’espace de quelques heures dans une ambiance, dans une atmosphère juvénile, les adultes pourraient se rendre compte qu’il est difficile de raconter des histoires avec des mots simples tout en imprégnant les textes de poésie. Pouvoir tenir en éveil, captiver des enfants par la magie des mots alors qu’alentour tout concourt, que tout les invite à poser le livre qu’ils tiennent en main et à aller s’amuser, regarder la télévision, jouer sur du virtuel, que sais-je encore, relève du tour de force. Jean-Marie Robillard, qui fut instituteur dans la région de Granville, grâce à des textes fleurant bon la mer, les dunes, le terroir, les aventures maritimes, associant avec habileté quotidien et fantastique, situés souvent sur le littoral ouest du Cotentin, conte des histoires qui de prime abord paraissent gentillettes. Et c’est là qu’intervient l’adulte, car ces histoires ne sont pas si innocentes que cela. Il se dégage de ces textes une formidable leçon d’amour pour son prochain, mais aussi du courage, de l’abnégation. Par exemple, dans La maison sur la falaise, un jeune docteur, de retour de consultation, est invité par une vieille femme à rencontrer un vieillard qui lui fait cadeau d’une aquarelle. Dans Brume, histoire de mer, d’apparition à la veillée, narré par Grand-Louis. Mais avec Grand-Louis, on ne sait jamais. Affabule-t-il ou raconte-t-il une histoire vraie ? Dans Pompon, c’est un conflit de génération, conflit entre l’ancien et le moderne, entre le cheval et le tracteur, qui nous est proposé. Pompon qui ne rend plus de services et qui mange le foin réservé aux animaux de la ferme. Rentabilité avant tout ! Que devient la parcelle d’amitié, d’amour là-dedans ? Dans Le bateau d’Emile, on assiste au sauvetage d’un canot parmi les éléments déchaînés. Avez-vous déjà entendu le chant des baleines ? Non ? C’est dommage ! Mais saviez-vous que les baleines étaient capables de montrer leurs sentiments d’une autre façon ? Pourtant, c’est ce que Jean a vu là-bas, à l’autre bout du monde, dans l’Antarctique. Une histoire qui a pour titre L’homme aux baleines. En lisant La route des matelots de Jean-Marie Robillard, je suis sûr que vous reviendrez sur certains préjugés qui font du tort à la littérature enfantine.
PAUL MAUGENDRE |