Mascarades WARD24

PHILIPPE WARD

Mascarades


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Le lundi 22 Decembre 2009

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Philippe WARD




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Composé de plusieurs tendances, l’ETA ou Euskadi Ta Azkatazuna, ce qui signifie Pays Basque et liberté, oscille entre guerre contre l’Espagne avec actes de terrorisme et désir de paix en privilégiant toutefois l’indépendance. Mikel, libraire de profession, penche pour la seconde position. Mais si le GAL, groupe antiterroriste de libération, officiellement dissolu en 1987 et composé de truands à la solde de la police espagnole, est toujours actif, les assassinats perpétrés envers des membres influents de l’ETA ne lui sont pas forcément imputables. Alors des Rapaces qui veulent éliminer les colombes de la Paix ? L’hypothèse est séduisante, mais dans ce cas il y aurait lieu de supposer des trahisons au sein même du groupe. Seulement ces meurtres, parfois exécutés en public, ne sont pas perpétrés par des hommes cagoulés, comme on pourrait le penser, mais par des mascarades, des personnages masqués issus du folklore basque. Le Zako Zahara, sorte de sac empli de paille ; le Momotxorro, déguisement réputé, exhibé lors des fêtes basques de février et sensé représenter un animal revêtu d’une peau de mouton un panier d’osier surmonté de cornes de taureau servant de couvre-chef, l’Ehiztarbeltz, ou chasseur noir se déplaçant à cheval, ou encore le Zegen, un taureau noir particulièrement agressif. Seulement ces effigies emblématiques n’abritent pas des êtres humains. Ces représentations sont vides et en même temps meurtrières, comme animées par des maléfices. Des assassinats perpétrés de façon atroce, inhumaine si l’on peut dire, comme si des zombies commettaient ces barbaries sans état d’âme. A l’origine de ces événements tragiques, l’arrestation de Indiar, l’un des dirigeants de l’ETA le plus recherché et présumé terroriste. Pour Mikel, qui recherche sur de vieux incunables les origines des mascarades, la surprise va grandissante, tandis que ses amis ou supposés tels, servent de cible. Et que représentent ces personnages qui s’immiscent dans le décor : Bergara l’impulsif et trublion lors de réunions publiques appelant à une guerre sans merci ou encore cette jeune femme, inconnue au bataillon, qui connait son nom de code au sein de l’ETA. Et planent sur cette histoire l’ombre de Charlemagne, de Roland et du défilé de Roncevaux, page héroïque de l’histoire de France et surtout du Pays Basque, un épisode gagnant attribué à tort, selon l’auteur, aux Sarrazins.

Avec ce roman Philippe Ward nous propose une autre vision du Pays Basque et de sa recherche d’identité. L’ETA n’est pas uniquement le groupement d’activistes réactionnaires que veulent bien nous présenter les médias, journaux, radios et télévisions, de terroristes assoiffés de sang. La branche décidée à entamer des négociations de paix est occultée, ce n’est pas assez sensationnel, tandis que les arrestations de soit disant chefs font les gros titres. Il est vrai que cela alimente la popularité de ministres calfeutrés dans leurs bureaux loin de la réalité du terrain, et conforte dans leurs idées préconçues les lecteurs. Et comme le fait si bien remarquer Philippe Ward via la réflexion d’un des protagonistes : « Mikel qui était épris de justice, s’était toujours demandé pourquoi on ne séparait pas les Corses les uns des autres par exemple. Eux qui tenaient les prisons en constituant de véritables gangs. D’autant que le nombre d’homicides sur l’île était sans aucune commune mesure supérieur à ceux commis pour la cause basque sur le sol français… Et qu’ils défiaient ouvertement la République, jusqu’à tuer un préfet, ce que ne faisaient pas les Basques du côté français. Et comment se faisait-il aussi que la police, même aidée de l’armée, ne trouvait jamais les Corses qui n’avaient qu’une île pour se cacher, quand on trouvait les Basques où qu’ils soient dans l’hexagone ? Il doit y avoir davantage de Corses que de Basques dans la police et dans la politique, concluait cyniquement Mikel, en trouvant la force d’en sourire ». Je suis tout à fait d’accord avec Philippe Ward, en émettant toutefois une réserve : il n’a jamais été prouvé formellement que le préfet ait été assassiné par un Corse, alors que l’incendie des paillotes était apparemment le fait de certains policiers, mais ceci est une autre histoire.

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Tout aurait commencé 15 août 778, alors qu’il venait de piller et incendier Pampelune, l’arrière-garde des armées de Charlemagne, conduite par Roland, tomba dans un guet-apens. Pensant, probablement n’avoir à faire qu’à une bande de paysans velléitaires, Roland sonnant du cor trop tard, et lorsque Charles, dit le Grand, revint sur ses pas, pour porter secours à son armée, il ne put que constater le désastre.
A moins que tout n’ait commencé 40 000 ans avant Jésus-Christ, dans des grottes pyrénéennes… ou vers l'an 560 lors de la guerre ouverte contre les Wisigoths que déclenchèrent les Barcunès…
Mais peut-être est-ce à Irun qu’il faut chercher le commencement, lors de l’attaque d’un policier basque par le Zako Zaharra ?
A moins qu’il faille dater ces événements de la découverte d’un manuscrit du VII siècle, rédigé en euskara par un adorateur de Mari, la déesse de la nature ?

Mais qu’importe…

Le résultat est là, les partisans du dialogue avec les autorités espagnoles meurent les uns après les autres et au sein de l’ETA, sur fond de guerre fratricide, la branche dure gagne du terrain. Et les soubresauts de cet affrontement résonnent jusqu’à Saint Domingue.
Pour Mikel, libraire de profession, négociateur dans l’ombre, le temps presse. Il est urgent de démasquer les coupables… malheureusement ceux-ci ne sont que des figures de la mythologie, les bâtisseurs de dolmens et cromlechs du Pays Basque, que l’on ne croise plus que lors des fêtes de février.
Dans sa course contre ces monstres, surgit du passé, Mikel ne pourra compter que sur ses propres forces et sur l’appui d’une confrérie, de quatre hommes, surgit elle aussi du passé, du temps de la bataille de Roncevaux.

Comme quoi tout a commencé en des temps reculés. 

Lorsque le lecteur referme ce polar fantatico-politique de Philippe Ward, ce n’est pas Irrintzina qu’il lance, mais un retentissant « bravo », suivit aussitôt d’un « merci » pour cette lecture aussi captivante que réjouissante, tant le suspense y est dense et adroit.

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