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SHANE STEVENS

L’heure Des Loups


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Shane STEVENS




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

 The anvil chorus – 1985 ; traduction de Edith Ochs

 

 

 

En ce début du mois d’avril 1975, l’inspecteur César Dreyfus et son jeune adjoint auraient catalogué la mort de Dieter Bock, comme un suicide. Après tout, un policier moins futé se serait peut-être laissé prendre aux apparences, un homme pendu à l’aide d’une corde de piano, la pièce fermée de l’intérieur, pas d’autres ouvertures par lesquelles un éventuel assassin aurait pu s’enfuir. D’autant que le mort ne porte pas d’hématomes pouvant laisser penser qu’il aurait été assommé avant la pendaison. Le légiste soulève un coin du voile en affirmant que le cadavre aurait reçu une injection d’un produit vétérinaire capable de plonger dans le sommeil un bovin. Donc l’assassinat établi, et le mystère de la chambre close résolu en un tour de main, il ne reste plus qu’à s’intéresser aux antécédents du cadavre. Dieter Bock, selon les papiers, lettres et photos retrouvés dans la pièce, aurait été un SS attaché au service de Himmler. Trois autres pendaisons similaires ont été exécutées envers des personnes qui n’avaient aucun lien en commun, ce qui constitue un début de piste. Mais là où l’histoire se corse, c’est que les photos ont été truquées et qu’après vérifications diverses, il s’avère que Dieter Bock n’est pas Dieter Bock. C’est quelqu’un qui lui ressemble qui a été pendu. César Dreyfus s’obstine et ce n’est pas parce que le SDECE et la DST semblent vouloir s’accaparer du dossier et éventuellement lui mettre des bâtons dans les jambes qu’il va abandonner la partie. Même si un groupe terroriste palestinien a revendiqué l’assassinat d’un diplomate britannique tué par balle à l’aide d’une arme à feu ayant été découverte près du cadavre de Dieter Bock, ou de l’homme qui est censé être Bock. Et que vient faire dans cette embrouille un détective suisse, Kayser, qui pourrait bien être un agent double.

César Dreyfus, dont le père mort à Auschwitz revendiquait une possible affiliation avec le célèbre capitaine déporté à l’île du diable, est un policier atypique dont la carrière a été brisée lors d’une enquête qu’il a été amené à conduire lors de la guerre d’Algérie. Depuis il végète comme inspecteur à la Criminelle, est divorcé, et il se contente de se sustenter de soupes et de sandwiches. C’est un tenace, comme un molosse qui grogne et montre les dents lorsque quelqu’un s’avise de s’approcher de lui et de vouloir s’emparer de son os. Et cette affaire, Dreyfus veut la mener jusqu’au bout, même si des inconnus s’acharnent à vouloir lui loger une balle afin de le contrarier dans son enquête.

Publié en 1985, ce roman aura donc attendu vingt six ans pour passer l’Atlantique. Et comme l’action se déroule en 1975, il est évident que certaines avancées scientifiques aujourd’hui courantes ne peuvent en rien aider les enquêteurs dans leurs recherches et que bon nombre d’événements se sont produits depuis. Ce qui donne un petit air vieillot à cette histoire. Ainsi le mur de Berlin n’est pas encore tombé, l’Allemagne de l’Est est toujours une entité à part entière. Trois ans se sont passées seulement depuis les attentats des jeux olympiques de Munich, et la traque d’anciens nazis est toujours prégnante, notamment celle de Klaus Barbie qui alors était réfugié en Bolivie. Shane Stevens, un pseudonyme qui cache un écrivain inconnu, connait bien la France, et la littérature française. Sa description de Paris ne semble pas puisée dans un quelconque guide destiné aux touristes. Par exemple lorsque César Dreyfus est invité à une petite fête entre amis place des Vosges, Stevens ne manque pas de signaler que « Victor Hugo avait vécu là, de même qu’un siècle plus tard Georges Simenon et son commissaire parisien ». Plus étonnant, Stevens fait également référence au code Napoléon : « Conformément au code Napoléon, deux similitudes faisaient un coupable tant que celui-ci n’avait pas prouvé son innocence ». Cet article que l’on pourrait croire désuet est toujours d’actualité. Enfin les noms des personnages sont assez savoureux : outre Junot de la DST, le supérieur de Dreyfus se nomme Dupin et deux des ses collègues Rimbaud et Maton. Tout un programme.

Un roman fort intéressant, qui nous replonge dans une époque qui depuis nous semble lointaine mais possède de nombreuses similitudes avec la nôtre.    L’inspecteur haïssait les samedis, surtout d’avril à septembre. La plupart des services annexes de la Criminelle fonctionnaient au ralenti avec des équipes squelettiques pendant le week-end, non seulement à Paris mais dans toute la France ; les autres pays en faisaient autant. Ce qui est étonnant quand on y songe, puisque la plupart des meurtres spontanés – qui ne sont pas prémédités ni commis au cours d’un acte criminel – surviennent entre le vendredi soir et le lundi matin.
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