Le Crépuscule Des Gueux SARD181

HERVE SARD

Le Crépuscule Des Gueux


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Le jeudi 13 Janvier 2012

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le crépuscule des gueux

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Hervé SARD




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Le Quai des Gueux, c’est un petit bidonville le long des voix, du côté de Chaville. Quelques cabanes formant un camp de SDF, vivant quasiment en autarcie. “Ils ne faisaient de mal à personne, ne salissaient rien. Au contraire, ils nettoyaient. On ne les voyait même pas. Juste les passagers du RER, qui allaient ou revenaient du boulot, sur Saint-Quentin ou Versailles. Et eux, ils pensaient voir des cabanes de jardiniers…” Capo gère un peu la discipline, mais ne revendique pas un titre de chef. Bocuse, dit Boc’, organise une sorte de cantine pour eux tous. Luigi, après dix-sept ans de prison pour le meurtre d’une femme, a bien le droit de se reposer parmi eux. Krishna fut certainement un intellectuel avant d’échouer ici. Et puis, Betty Boop, qui ignore même d’où vient son sobriquet. Et encore Môme, encore plus fragilisée depuis un accident. Des gens au vécu plus compliqué que la moyenne, au présent moins incertain grâce à ce groupe.

Ils gênent peu les voisins, mais n’aiment guère voir traîner les Bleus dans leurs parages. Depuis qu’il y a eu non loin de là “trois mortes, dont deux graves”, les flics rôdent autour d’eux. Des jeunes femmes ont trouvé la mort près sur la voie du RER, peut-être victimes d’un dingue. Avec son passé judiciaire, Luigi sait qu’il ferait un excellent suspect. Alors, il prend son chariot de supermarché et décide d’aller rejoindre à pied Jérôme et, surtout, Lula. Une longue balade solitaire qui ne l’effraie pas. Il songe au dingue, qu’il croit avoir remarqué. Il pense aux trois victimes, qui auraient aussi bien pu se suicider. Son absence du Quai des Gueux le rend plus soupçonnable que tout autre, il ne l’ignore pas. Un nouvel arrivant s’y est présenté, chez les SDF. Timothée est un jeune type longiligne mesurant deux mètres. Âgé de vingt-six ans, plus paresseux qu’étudiant, il garde un air naturellement absent. Timothée n’est pourtant pas là par hasard.

Son amie Christelle est stagiaire à la PJ, dans le service d’Évariste Blond. Elle n’a rien fait de très passionnant, jusqu’à cette affaire des trois mortes. Le contact avec Blond passe mieux, cette fois. Il demande à Christelle d’envoyer Timothée en mission dans le “sous-monde” de Chaville. Il risque de passer plus de temps à philosopher avec Krishna qu’à chercher des informations. De son côté, Luigi finit par trouver dans son chariot les têtes coupées des deux principales victimes de l’hypothétique dingue. Une collègue d’Évariste Blond, la lieutenant Florence Sonier, finit par identifier ces jeunes femmes. Elle fouille dans leur ordinateur, ce qui fait que l’enquête progresse enfin d’un grand pas. Mais la vie et la mort continuent au camp des SDF. Et pour Luigi, rien n’est encore réglé…

Je ne peux faire autrement que de m’adresser directement à l’auteur. Ça y est, Hervé ! Voilà le roman que tu voulais écrire. Celui qui était sûrement dans tes tripes. Tu nous as raconté de bonnes histoires : “Vice Repetita”, “Mat à mort”. Avec “La mélodie des cendres” et “Morsaline”, tu as trouvé une tonalité enjouée qui convenait à ton écriture. Il y a d’aimables dilettantes et, à l’opposé, des graines d’écrivains. Depuis cinq ans, je n’ai jamais douté que tu fasses partie de la meilleure catégorie. Celle des auteurs portent en eux un beau roman. “Le crépuscule des Gueux”, ton authentique roman noir. Avec intrigue criminelle de bon aloi, évidemment. Mais l’essentiel, c’est de montrer la réalité des gens, avec cet humanisme qui nous est indispensable. La valeur ne se mesure pas dans le compte en banque. Elle est dans la capacité d’assumer même une vie d’échecs, selon les critères de la société. Passé un seuil de pauvreté, on s’adapte à tout, on ne craint plus tant les épreuves. C’est là que réside la richesse de ces miséreux; c’est là que se trouve celle de ce roman. Pas d’apitoiement inutile, juste une saine dose de compréhension et de vérité sociale. Ce que tes lecteurs vont partager en lisant ce livre.

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Une autre lecture du

Le Crépuscule Des Gueux

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé, entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux. L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.

Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là alors qu’il rentre tranquillement la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.

Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond. Timothée va s’infiltrer, s’il le peut dans le Quai de Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête. Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?

Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…

Hervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cours des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes. Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.

Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers. Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme. Ou Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance. Enfin Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette. Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna : Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.

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