Les Anges S'habillent En Caillera SANTAKI189

RACHID SANTAKI

Les Anges S'habillent En Caillera


Aux éditions MOISSON ROUGE


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Le mardi 8 Fevrier 2012

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Rachid SANTAKI




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY
 

Ce récit de quelques mois de la vie d’Ilyès, dit le  «  Marseillais », c’est un condensé de cours du soir : tout ce qu’il faut savoir et surtout savoir faire pour devenir une « caillera », et dormir en prison. Ou alors, vu par Rachid Santaki, l’auteur : un repoussoir qui devrait inspirer la prudence à tous les petits loups de banlieue, leur évitant de se laisser griser par l’agent facile.

Monté comme un long come back, « Les Anges s’habillent en caillera » raconte l’ascension d’Ilyès, ce minot qui court vite et qui compte plus vite encore. Dopés par la fréquentation de St-Denis les jours de match au Stade de France, les gamins des cités tentés par l’agent facile ont commencé tous de la manière : le vol à l’arraché. Plus rapide, plus malin, en grandissant,  « Le Marseillais » ne s’intéresse plus qu’aux cartes bleues dont il surprend les codes par tous les moyens, évitant la violence et comptant, encore et toujours, sur la rapidité pour vider les comptes en banque bien garnis des « bourges ». Le danger vient de l’accoutumance à l’argent vite gagné, l’ivresse d’un océan de possibilités, l’absence de limites, les copains parasites, et les ravages de la coke ou du crack.

Forcément ça finit mal, d’autant qu’un flic ripou tente de récolter un magot planqué avant une première peine de prison alors qu’Ilyès doit régler ses comptes avec celui qui l’a balancé.

Les agissements du « Marseillais » présentent l’attrait presque sympathique (à condition de ne pas en être la victime) des exploits d’un Robin des Bois de banlieue. Le roman est un collage composé aussi d’articles de presse, de récits de combats de boxe, de dialogue dont le langage des rues accroche la langue, le rap y faisant figure de cri primal.

Au fil des pages, on assiste à la lente montée, comme dans un drame classique, de ce qui va arriver, qu’on pressent, qu’on redoute, que les personnages voudraient s’éviter, mais qui arrive, comme le destin l’a décidé.

Le roman vaut en particulier par le rythme imposé par Rachid Santaki. Ecrit entièrement au présent avec un staccato de Kalachnikov, le langage est celui des rues de St Denis dont l’auteur dit qu’elle est le personnage principal de ce polar énervé. Encore affirme t-il qu’il a travaillé les dialogues pour les rendre « compréhensibles » aux lecteurs lambdas…On frémit de ce qui nous serait arrivé sans son adaptation.

Le livre comporte une introduction sympathique qui présente un peu l’auteur, un avant-propos ou Rachid Santaki raconte la genèse du roman, deux longues pages de remerciements, la bande son du roman avec tous les titres (surtout du rap) cités à un moment ou un autre, univers sonore à fond les basses, et enfin l’adresse d’un site avec des clips évoquant l’univers du roman.

Rachid Santaki est ainsi, doté d’une forte tendance à en faire beaucoup. Trop ? C’est à voir. Ce sympathique et joyeux colosse bouge en permanence, parle sans interruption, s’émerveille de son aventure en écriture, et on ne souhaite qu’une chose : le voir récidiver, travailler et faire encore et toujours…plus et mieux.

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JEANNE DESAUBRY
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