La Verite Sur La Rue Morgue REOUVEN5

RENE REOUVEN

La Verite Sur La Rue Morgue


Aux éditions (SANS)

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Le lundi 7 Octobre 2003

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René REOUVEN




Une lecture de
MARC MADOURAUD

MARC MADOURAUD
Et si les trois histoires parisiennes d’Edgar Poe avaient été tirées du même fait divers ? Et si Poe en avait-été lui-même l’acteur principal ? Et si Vidocq en personne était intervenu ? Et si René Réouven en avait fait un roman ? Avec des si… mettons le Paris de 1832 en bouteille, et débouchons le flacon pour le goûter. Nectar ou piquette ?

LA VERITE SUR LA RUE MORGUE de René REOUVEN

(Flammarion, Paris, 274 pages, janvier 2002, contient également "Double assassinat dans la rue Morgue", "Le Mystère de Marie Roget" et "La Lettre volée" d’Edgar Allan Poe).

Depuis déjà bien des années, l’œuvre de René Réouven cède, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, à deux péchés mignons : le dix-neuvième siècle et les références culturelles. L’auteur s’y est illustré sous forme de pastiche holmésien, de polar historique ou de Steampunk. La plus grosse partie de ce corpus déjà imposant est constituée par le cycle holmésien, qui a été recueilli dans un énorme volume, "Histoires secrètes de Sherlock Holmes". Textes auxquels il faut ajouter des romans indépendants comme "Les Grandes profondeurs", "Voyage au centre du mystère", "Bouvard, Pécuchet et les savants fous" ou, tout dernièrement, "La Vérité sur la rue Morgue".

Réouven, c’est connu, dispose d’une culture hors norme et d’une connaissance quasi encyclopédique du dix-neuvième siècle (nous lui sommes redevables hors fiction d’un impressionnant "Dictionnaire des assassins"). Il aime employer comme personnages – avec l’habileté appropriée pour qu’ils n’aient pas l’air de "pièces rajoutées" – les personnalités marquantes de l’époque, comme Lautréamont et Jules Verne ("Voyage au centre du mystère") ou Jack l’éventreur et William Crookes ("Les Grandes profondeurs"). Mais il préfère peut-être encore davantage revisiter et rendre hommage aux œuvres de ses confrères : Arthur Conan Doyle, bien évidemment, ainsi que Robert-Louis Stevenson ("Elémentaire mon cher Holmes"), Gustave Flaubert ("Bouvard, Pécuchet et les savants fous") et déjà Edgar Allan Poe dans "Le Détective volé"…

Car c’est bien d’Edgar Poe dont il est question dans "La Vérité sur la rue Morgue". Non content d’avoir réécrit à sa manière "Le Mystère de Marie Roget" dans l’holmésien "Le Détective volé", Réouven s’est lancé ici un nouveau défi : marier trois histoires de Poe en une seule intrigue, "Double assassinat dans la rue Morgue", "La Lettre volée" et "Le Mystère de Marie Roget". Sans compter des clins d’œil à des nouvelles comme "Le Cas de M. Waldemar" et "Hop-Frog". Fort opportunément, les trois textes originaux sont fournis en annexe pour les lecteurs qui ne se souviendraient pas de leurs classiques (même si quelques esprits chagrins ajouteront que ce procédé permet de "gonfler" l’épaisseur du volume et de justifier ainsi son prix).

Tout débute dans la rue Morgue. Un groupe de jeunes gens, comptant aussi bien des scientifiques que des poètes, s’intéresse de très près aux théories de l’évolution et se réunit pour discuter du sujet dans un immeuble dont ils ont loué plusieurs étages. Le plus charismatique d’entre eux, un américain qui se fait appeler Eddy et qui semble détenir un grand talent d’hypnotiseur, a même fait venir un orang-outang, qu’il a enfermé dans la cave et qu’il compte utiliser comme cobaye, lors d’expériences de magnétisme, pour prouver leurs hypothèses. Effectivement, l’Américain impose sa volonté et une partie de sa personnalité à la bête, qui semble acquérir des caractéristiques humaines, et voue une grande affection à la jeune amie d’Eddy, la belle Marie Roget.

Mais, en ces temps de suspicion, cet assemblage de personnalités hétéroclites soulève bien des questions. Certaines personnes (l’amant de la propriétaire des lieux, son ami Vidocq et mêmes des agents de la préfecture) s’imaginent que ces réunions cachent en fait une conspiration contre l’état et tentent par tous les moyens d’en avoir confirmation. La quête d’une lettre bien banale (une autorisation d’entrée en France du singe, signée par un haut dignitaire) va provoquer le drame, sanglant et inattendu, dans un Paris bientôt décimé par le terrible choléra…

Comme d’habitude, nous retrouvons bon nombre de figures marquantes de l’Histoire : Théophile Gautier, Evariste Gallois, Gérard de Nerval, Vidocq (décidément à l’honneur avec le film homonyme de Pitof et le roman "Pandémonium" de Johan Héliot), Pétrus Borel, etc. Eddy, le magnétiseur, cache bien évidemment Poe en personne. Le récit est même censé être de la plume d’Aurore Dupin, alias George Sand, qui ne serait autre qu’une cousine éloignée du chevalier Dupin.

Le verbe précis et évocateur de Réouven est également au rendez-vous, tout comme son éternelle distance – souvent agaçante – prise vis-à-vis de ses personnages, comme s’il en était l’observateur froid et impartial. Ce détachement de ses héros apparaît fort dommageable dans son cycle des romans holmésiens, pourtant remarquablement écrit, car les amateurs du duo Sherlock Holmes – Docteur Watson entretiennent un rapport quasi-passionnel avec lui, et recherchent donc une certaine complicité dans les pastiches, lien affectif totalement absent des romans de Réouven. Toutefois ce défaut n’en est plus un lorsqu’il s’agit de privilégier l’histoire et l’atmosphère, comme dans les passionnants "Les Grandes profondeurs" et "Voyage au centre du mystère".

En dehors de sa brillante démonstration historico-culturelle, le défi posé par "La Vérité sur la rue Morgue" relevait de l’exercice de style, avec tout ce que cela comporte d’intérêt, mais aussi de dangers. Certes. Le tout était que le pari littéraire de Réouven ne tournât pas à l’exploit technique, au détriment de l’intrigue et donc de son lecteur. Justement, d’un point de vue technique, le challenge est remporté haut la main. Les trois récits poesques s’avèrent remarquablement intégrés, même si "La Lettre volée" n’a droit qu’à la portion congrue ; on goûtera tout particulièrement l’intrusion du "magnétisme animal", thème cher à Poe (lire "Le Cas de M. Waldemar", par exemple), qui donne une dimension poétique inattendue au "Double assassinat de la rue Morgue".

Hélas… Le revers de la médaille n’arbore pas le même éclat… S’appuyer sur le "fonds" poesque prive bien sûr le roman d’une bonne partie de son originalité. Mais les pertes ne s’arrêtent pas là : à force de détailler méticulement tous les éléments du canevas qu’il a ingénieusement composé, Réouven tue tout mystère et tout suspense. Disparu l’aspect sensationnel de "Double assassinat dans la rue Morgue", envolées les questions que provoque "Le Mystère de Marie Roget". Autre deuil : celui de la déduction. Les apparitions du chevalier Dupin chez Poe sont souvent saluées comme les premières enquêtes d’un détective littéraire moderne. Or, ici, plus de beaux raisonnements, ni de résolutions d’énigmes : les limiers sont rigoureusement absents de l’action et, si Vidocq fait bien partie des protagonistes, son rôle se limite à celui d’un manipulateur louche et finalement assez peu avisé. Preuve en est le traitement de "La Lettre volée", singulièrement décevant : la "cachette" de la missive n’était pas du tout intentionnelle, et personne ne découvre son emplacement à l’occasion d’une fulgurante déduction.

"Décevant", le mot est lâché… Oh, le roman se lit d’une traite et le talent de Réouven est intact. Cependant, pour un polar, il manque cruellement de ce qui fait la force de ce genre ; ni récit d’énigme, ni thriller, il n’est plus qu’une aventure historique assez platement contée…

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