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RON RASH

Un Pied Au Paradis


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Le mardi 12 Janvier 2011

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Ron RASH




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Dans cette partie nord de la Caroline du Sud, non loin de sa petite sœur la Caroline du Nord et de la Géorgie, les paysans cultivaient dans les années 50 le maïs, le tabac, les haricots et les choux. C’étaient de petites parcelles travaillées à la main et à l’aide d’un cheval de labour, le terrain en pente ne se prêtant guère aux engins motorisés et les cultivateurs n’ayant pas les moyens de s’en acheter. Et en ce mois d’août 1952, à Jocassee, la sécheresse guette les récoltes, sauf celle du tabac et des choux car les plantations jouxtent la rivière et sont donc irriguées. Billy Holcombe entretient ses parcelles malgré un léger handicap dû à une poliomyélite contractée alors qu’il était tout jeune. Il sarcle ses plants de tabac, un travail pénible à être à longueur de journées le dos plié, à surveiller l’apparition de maladies et d’insectes nuisibles. Le shérif Alexander le surprend dans cette tâche harassante mais Billy n’a pas l’air étonné de recevoir cette visite impromptue. La veuve Winchester s’est plainte de la disparition de son fils Holland, de retour de Corée, obtenant la Golden Star, et jeune homme bagarreur, et elle a accusé Billy de l’avoir tué. Holland avait enfilé ses affaires militaires, laissant son pick-up dans la cour. Elle assure avoir entendu un coup de fusil. Trois raisons pour affirmer que son gars a été assassiné et que Billy en est le meurtrier. Le shérif Alexander demande donc à Billy s’il a aperçu Holland, lui posant des questions pièges, mais à chaque fois Billy s’en sort avec une pirouette. Alexander est persuadé que Billy a perpétré un meurtre, mais il n’a rien sous la main pour étayer son intime conviction. Des buses dans le ciel ? Ah oui, c’est à cause de mon cheval que j’ai dû abattre. Peux-tu m’emmener sur place ? Oui, pas de problème. Ton cheval blessé à la patte, il a traversé quand même la rivière ? Oui, le l’ai aidé. Le lendemain, accompagné de son adjoint et de quelques gars, Alexander participe aux recherches mais pas de corps. Il traîne bien le cadavre du cheval sur quelques mètres, mais pas la moindre trace de terre fraîchement remuée. Une intime conviction, pas de preuves, pas de cadavre, rien, il ne possède rien de tangible, de concret.

Un roman qui se décline comme un quintet, cinq voix pour narrer ce qu’il s’est véritablement passé, et la suite vingt ans plus tard. Après le récit du shérif, c’est Billy qui donne sa version, plus complète, incluant le passé, le présent et l’avenir, sa version, celle qu’il peut raconter car il ne connait pas tout. Ensuite sa jeune femme prend la parole, approfondit cette version, l’enrichit d’éléments nouveaux, mais l’histoire ne s’arrête pas en si bon chemin. Le fils lui aussi apporte sa pierre à l’édifice vingt ans plus tard, enfin l’adjoint du shérif Alexander offre sa touche finale.

Dans une ambiance profondément rurale, ce roman se démarque profondément de ce que l’on peut lire actuellement. Pas de violence et de scènes de sexe gratuites. Tout est dans le suggéré, parfois dans le non dit, avec une forme de tendresse envers les personnages. Billy Holcombe et Amy sa femme, mariés jeune, surtout elle, qui sont confrontés aux difficultés de la terre et de la semence, Holland Winchester, un gars hâbleur qui jouit de sa participation à la guerre de Corée, sa mère persuadée, sûrement à raison, du meurtre de son fils mais ne pouvant qu’évoquer des suspicions, la veuve Glendower, pratiquant la médecine phytothérapique. Et par-dessus tout ça plane le spectre de la Carolina Power, une compagnie qui met tout en œuvre pour édifier un barrage. Car en ce coin d’Amérique profonde, les Holcombe par exemple ne sont pas reliés à l’électricité. Et s’il fallait placer un parallèle, comme en quatrième de couverture est évoqué Giono, je pencherai aussi en gardant le contexte français pour Jean-Pierre Chabrol. Un roman dur et tendre à la fois, dans lequel l’enquête policière ne sert que de support, chacun des protagonistes se dévoilant peu à peu telle une strip-teaseuse pudique. A signaler que Jocasssee est devenu un lac dans les années 70, situé non loin de Salem et fut un ancien territoire Cherokee, comme le précise dans son livre Ron Rash qui part donc d’un élément concret pour écrire son histoire.
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PAUL MAUGENDRE
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CLAUDE LE NOCHER

En Caroline du Sud, le comté rural d’Oconee, autour de la petite ville de Seneca, au début des années 1950. Le shérif Alexander et son adjoint Bobby Murphree représentent la loi dans la région. D’ici quelques temps, la compagnie d’électricité Carolina Power a prévu d’inonder la vallée de Jocassee, pour en faire un réservoir. Les modestes fermiers, tel Billy Holcombe, poursuivent leur labeur jusqu’à là, en cet été caniculaire. Héros de la guerre de Corée, Holland Winchester est revenu vivre chez sa mère, voisine du couple Holcombe. Le shérif Alexander tient à l’œil ce bagarreur qu’est Holland. Un jour, Mme Winchester contacte la police, certaine que son fils a été tué. Ayant entendu un coup de feu chez ses voisins, elle est sûre que Billy Holcombe a abattu Holland. Une relation amoureuse entre son fils et Amy Holcombe, l’épouse du fermier, pourrait expliquer le meurtre, selon elle.

Le shérif Alexander n’ignore pas que la malchance a souvent poursuivi la famille Holcombe. Enfant, Billy eut de graves problèmes de santé. Le fermier sera bientôt exproprié par Carolina Power. Celui-ci explique aisément le coup de feu : il a été obligé de supprimer son vieux cheval, qui s’était blessé. Peu convaincu, le shérif s’étonne autant de la réaction passive d’Amy Holcombe. Pourtant, les hommes engagés pour explorer la rivière et les alentours ne trouvent pas trace d’Holland. Une perquisition dans la ferme ne donne rien. Peu heureux dans son couple avec Janice, Alexander s’entend mal avec son frère Travis. Ce dernier s’occupe de leur vieux père. Sans le formuler, il reproche à son frère d’avoir quitté leur ferme. Le shérif interroge même la veuve Glendower, effrayante sorcière vivant à l’écart de la vallée. Elle affirme n’être au courrant de rien, ce dont on peut douter.

Le shérif Alexander pense avoir compris le scénario du crime, mais le cadavre de Holland n’est pas caché là où il croyait. Faute de preuves, quel que soit sont destin futur, Billy s’en tire à bon compte, estime Alexander. Le couple Holcombe va prochainement avoir un bébé, bien que la stérilité de Billy ait été avérée. C’est la veuve Glendower qui suggéra à la belle Amy de trouver un autre homme pour lui faire ce bébé. La jeune femme ne voyait pas d’autre solution, et puis Holland était vigoureux. Sûre d’être enceinte, elle rompit avec son voisin. Il eut grand tort d’insister. Si Billy a admis le géniteur, il ne veut pas d’un rival.

Abattre Holland est une chose, cacher le cadavre et faire face au shérif en est une autre. Une épreuve bien lourde pour un homme chétif tel que Billy. Après la naissance du bébé Isaac, il souffrira d’une longue pneumonie, peut-être le prix à payer pour son crime. Puis, les années vont passer. En grandissant, le jeune Isaac se sent attiré par la vieille Mme Winchester, comme s’il existait un lien entre eux. Elle est la seule à ne pas oublier la mort obscure de son fils Holland. On évacue la population avant d’inonder définitivement la vallée de Jocassee. Dernière chance pour que la vérité soit rétablie, même partiellement…

Les romans remarquables comme celui-ci n’ont aucun besoin d’étiquettes. Roman noir, polar, ou œuvre classique, ça n’a franchement pas d’importance. Ici, pas de cascade de meurtres commis par un tueur en série. Il n’y a qu’un seul décès, acte criminel qui justifie l’enquête du shérif local. Ce sont les circonstances qui créent le véritable suspense, autour des lieux où il fut dissimulé le cadavre. Pourtant, ce qui prime, c’est la vie dans cette vallée promise à la destruction par les eaux. Ce sont les personnages, taiseux tel Billy Holcombe, inquiétants comme la grinçante veuve Glendower, ou un peu fataliste tel le tourmenté shérif Alexander. Ce sont ces paysages authentiques, ces familles habitant la région depuis toujours. En ces années d’après-guerre où la modernité arrive, on y est attaché aux traditions.

Mode de vie incluant une forme de complicité entre villageois, comme le montre Tom Watson à Billy : “J’t’en garderai pas rancune si tu l’as tué pour de bon cet enfant de cochon, a dit Tom du coin de la bouche. J’aurais bien pu faire pareil si j’avais rien eu que la moitié d’une chance.” Un mot sur la narration à cinq voix. Le shérif, Amy Holcombe, Billy Holcombe, leur fils Isaac, et l’adjoint Bobby Murphree se succèdent pour raconter l’histoire, sans que le récit apparaisse jamais répétitif. Une belle construction, permettant d’encore mieux approcher la psychologie de chacun et le détail des faits. Empreint d’humanisme, un roman supérieur.

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