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RON RASH

Serena


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Le lundi 29 Novembre 2011

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Ron RASH




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

 

Caroline du Nord, début du vingtième siècle. Aux Etats-Unis, quelques illuminés décident la création des premiers parcs nationaux, cherchant à préserver la beauté d’une nature incroyablement riche et belle, sauvage aussi. Certains ne l’entendent pas de cette oreille. C’est le cas de George Pemberton et de son épouse, Serena. Ces deux-là partagent une sorte de farouche et commune passion pour l’efficacité de leur exploitation forestière. Derrière eux, il ne reste rien. Qu’importe les accidents de chantier. Nous sommes en 1930 et pour un bucheron tué ou mutilé, il y en dix qui, malgré l’inhumanité des conditions, attendent l’embauche. Il faut les entendre parler ceux-ci, raconter la misère, la dépendance aux patrons malgré le désespoir de détruire les forêts de leur enfance, les rivières, la faune. Rien, derrière Serena il ne reste rien.

Quand politiciens, banquiers ou protecteurs de la nature se mettent en travers de leurs projets, Georges Pemberton soudoie, achète les consciences, menace. Quand les mêmes résistent, Serena, sans l’once d’une hésitation ou d’un remord, s’en défait.  Tout est bon : poison, arme à feu, arme blanche, torture ou exécution, incendie… qu’importe. Son aigle sur le poing, avec l’aide d’un manchot fou dévoué jusqu’à la mort, Serena fait régner la terreur sur les chantiers.

Un obstacle est incontournable à tout jamais : la haine infinie qui étouffe Serena envers l’enfant que son mari a eu avec une servante avant son mariage. Car cela, rien ne peut l’acheter. Et aux dimensions sociales, historiques et écologiques s’ajoute alors un thriller subtil. L’enfant, sa jeune mère survivront-ils à cette rage meurtrière ?

Avec une science consommée de la montée en puissance des tensions, jouant de l’ellipse, en particulier dans des dialogues extrêmement justes, et même « ajustés » au plus près des conditions de ses personnages, Ron Rash dépeint avec un talent rare la condition ouvrière au début du XXème siècle, la folie individuelle ou l’étrange et mortifère dynamique du couple Pemberton.

Ce livre ramène à la question primordiale, celle de la suprématie que l’homme s’autorise sur la nature. La figure de Serena, femme à l’écoute uniquement de sa volonté farouche de dominer pourrait bien symboliser l’autisme des politiques qui continuent, encore aujourd’hui, à autoriser la déforestation.

Mais, loin de ces symboliques intellectuelles, Serena est d’abord un grand livre amoureux de la nature et une peinture forte d’un personnage hors norme.

 

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JEANNE DESAUBRY
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Une autre lecture du

Serena

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
(Serena – 2008. Traduction de Béatrice Vierne). Réédition des éditions du Masque.

Un épigone de Calamity Jane et de Scarlett O’Hara ?

Lorsqu’il descend du train en gare de Waynesville, Caroline du Nord, Pemberton est accompagné de sa jeune femme Serena, originaire du Colorado, qu’il a connu seulement trois mois auparavant à Boston alors qu’il s’était rendu dans la cité afin de régler la succession paternelle. Sur le quai les attendent Buchanan et Wilkie, les deux associés de Pemberton dans l’exploitation de la concession forestière qu’ils possèdent en commun au nord de l’état à la limite du Tennessee, quelques montagnards employés à la Boston Lumber Company, Campbell, le contremaître, ainsi que Harmon et sa fille Rachel, à peine dix-sept ans qui est enceinte des œuvres du marié. Mais ça, c’était bien avant le départ de Pemberton pour Boston. Serena affirme avec force et sur un ton possessif : C’est le seul petit que vous aurez de lui. A présent, je suis là. Et s’il a d’autres enfants, ce sera avec moi.

Rachel tente bien d’entraîner son père chez eux, de le calmer, peine perdue. L’homme est trop attaché à laver l’affront fait à sa fille. Il sort un couteau de chasse, et en menace Pemberton. Serena démontre alors qu’elle est une femme de caractère et qu’elle ne va pas s’en laisser conter, en ordonnant à Pemberton de se servir du sien et de se défendre. Le combat est de courte durée. Pemberton s’en sort avec une éraflure au bras tandis qu’Harmon décède, éventré.

Après avoir effectué sa déposition auprès du shérif McDowell, expliquant qu’il était en légitime défense, Pemberton et Serena regagnent l’endroit où leurs ouvriers procèdent à la déforestation de la concession. Il offre à sa nouvelle épouse un magnifique cheval blanc et les forestiers sont stupéfaits de voir la jeune femme monter comme un homme. Autre sujet d’étonnement pour ces hommes frustres, le pari lancé par Serena envers un des bûcherons qui aurait tendance à la prendre pour une fille de la ville incompétente afin de démontrer ses capacités. Il s’agit de cuber un arbre et elle gagne. L’homme qui pensait lui faire honte est immédiatement renvoyé. De toute façon les aspirants bucherons frappent à la porte, ou plutôt attendent sur le quai de la gare. Nous sommes en 1930, et les Etats-Unis sont en proie à la grande dépression. Les chômeurs ne manquent pas et il n’est guère difficile de remplacer un travailleur qui ne convient pas par un demandeur de travail moins exigeant.

Les imprévus se multiplient, anodins ou graves. Des décès, des accidents du travail liés à l’exigence des Pemberton, aux conditions de travail, aux risques inhérents à cette profession à risques, au manque d’expérience des employés à l’abattage ou de la scierie. C’est ainsi que Galloway se tranche la main à cause d’un coup de hache mal placé. Serena lui pose immédiatement un garrot, le sauve de la mort qui lui était promise et il devient le petit chien de la jeune femme, son ombre, son âme damnée.

L’état désire transformer la concession des Pemberton en parc naturel, ce qui ne leur convient pas du tout. Ils s’ouvrent de leurs problèmes à Harris leur voisin, qui lui aussi exploite les terres contigües, et il est de leur avis. Il ne faut rien céder à l’état. D’autant qu’il pense avoir trouvé des filons de bauxite sur ses terres ainsi que des gisements de pierres précieuses, des rubis entre autres. Buchanan et Wilkie sont moins intransigeants dans leurs décisions et ils accepteraient volontiers les dédommagements promis, sachant que s’ils refusent, l’état réquisitionnerait purement et simplement les terres et qu’ils seraient expropriés.

Sous l’influence de Serena, Pemberton tue son associé Buchanan dans une partie de chasse, un accident selon la thèse officielle, mais les rumeurs vont bon train. D’autant que d’autres accidents, d’autres morts suspectes se produisent, toujours en faveurs des Pemberton.

Pendant ce temps Rachel élève seule son enfant, même si un des employés de la scierie est amoureux d’elle et ne s’en cache pas. Elle parvient à reprendre son ancienne activité à la cantine de l’exploitation forestière, en essayant de se montrer le plus transparent possible.

Serena est une forte femme, qui sait ce qu’elle veut et rien ne peut la détourner de son chemin. Tandis que Pemberton rêve d’attraper un hypothétique puma qui rôderait dans les forêts, Serena pense à son avenir. D’abord un enfant, puis une migration vers le Brésil où le rendement sylvicole serait beaucoup plus intéressant que dans cette partie de la Caroline du Nord et du Tennessee proche.

 

Dans ce roman noir naturaliste, que l’on pourrait rapprocher à des œuvres d’auteurs français comme La terre d’Emile Zola, à quelques romans de Giono, d’Exbrayat (Un jour elle s’en alla par exemple) ou de Jean-Pierre Chabrol, le chantre des Cévennes, la nature est omniprésente. Pourtant ce n’est point tant la sylve qui est mis en avant mais la faune. Le catalogue animalier est fort élargi car outre le cheval blanc offert à Serena en cadeau de noces, et le puma hypothétique et obsessionnel de Pemberton, il faut ajouter un jeune aigle femelle que Serena élève non sans arrière-pensée, des serpents et principalement des crotales, des volatiles en tout genre, des renardeaux, des cerfs, des ours, un varan, et j’en oublie certainement.

Mais il ne faut pas oublier quelques personnages qui donnent une dimension un peu baroque à ce roman. Le docteur attaché à la scierie mais qui a dû apprendre la médecine par correspondance, la mère de Galloway, une femme austère un peu sorcière qui ne s’exprime guère et ne parle que quand l’a quelque chose à dire que ça vaut la peine d’être écouté, à quelques scieurs de long dont la philosophie de la vie se réduit à leur emploi, non sans raison, et à l’un d’eux qui ne jure que par la Bible. Et en parlant de la Bible qui justement ne le quitte jamais, des bûcherons dont le papier à cigarette est détrempé demandent à leur compagnon d’arracher quelques pages, les passages les moins intéressants, afin qu’ils puissent rouler leur tabac.

Enfin, le problème des expropriations qui est récurrent de nos jours. Si Serena n’est guère sympathique, elle fait preuve toutefois de bon sens lorsqu’elle déclare à un représentant du gouvernement : Nous savons quand même ce qui se cache derrière ces expropriations. Vous avez déjà chassé deux mille agriculteurs de leurs terres – je me réfère à vos propres chiffres. Nous ne pouvons ni obliger les gens à travailler pour nous, ni acheter leurs terres s’ils ne veulent pas les vendre, mais vous, vous les forcez à renoncer à leurs moyens d’existence et à leur foyer.

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