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GREG OLEAR

Totally Killer


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Le samedi 6 Mars 2011

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Greg OLEAR




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

« Totally Killer » Greg Olear – traduit de l’américain par François Happe

éditions Gallmeister, mars 2011 

Dix-huit ans après les faits, Todd va raconter sa version de la mort de Taylor Schmitt. De la mort, certes, dont on finira par savoir le fin mot, mais surtout de la vie, du moins des quelques semaines qu’il a partagées avec la jeune femme. Vingt-trois ans, un corps dont les phéromones rendent fous de désir tous ceux qui la regardent, un fichu caractère et une ambition brûlante alors que cette fichue année 91 n’a rien à offrir hormis beaucoup de chômage. Todd, lorsqu’il fait la connaissance de Taylor, n’ambitionne rien d’autre qu’une coloc pour partager des frais de logement qu’il ne peut assumer seul.

« Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer » est la devise de Qui pro Quo (traduisez donnant-donnant), une agence étonnante qui ne prend que 20% de votre salaire, mœurs courantes pour les agences de placement. Mais… celle-ci offre des emplois beaucoup plus rémunérateurs. Il y a un coût supplémentaire : un « remboursement » qui consiste en le « licenciement » d’un gêneur. Car pour offrir des emplois, il faut en en trouver. Et quoi de plus simple pour en trouver, que de les libérer soi même. Tous ces « baby boomers » qui encombrent les postes les mieux rémunérés, les plus intéressants : n’en ont-ils pas assez profité ? Place aux jeunes ! Evidemment il y a licenciement et licenciement…Celui s’effectue au pistolet, au poison, à l’injection mortelle…

En soi, pardon Greg Olear, rien d’exceptionnel. Cette trame, on la trouve par exemple dans l’exceptionnel roman de Westlake «  Le Couperet ».

Ce qui fait l’originalité de « Totally Killer » c’est le ton. Olear fait preuve d’un cynisme joyeux, d’un humour cruel digne de Bret Easton Ellis. Quant à son choix de raconter les années 90 en nous renvoyant sans arrêt et à leur contexte politique et à leur quotidien, c’est une trouvaille tout bonnement exceptionnelle conduisant, par touches répétées à construire un décalage extrêmement subtil et prenant. Car qui se souvient, alors que c’est vieux de vingt ans à peine, qu’il fallait une cabine téléphonique pour appeler en dehors de chez soi et qu’internet n’existait pas ? Notre mémoire, infidèle, nous montre les années 1990 identiques à aujourd’hui. C’était hier, même si c’était le siècle dernier. Pourtant, à bien y regarder, presque tout était différent. Olear nous peint intelligemment l’étrangeté de ce passé proche, le mettant au service de l’intrigue, s’en servant comme support d’un ton subtilement méchant, ce qui, sur la durée, requière une grande habileté narrative.

Une fois de plus, Gallmeister vise juste avec un auteur original et talentueux. On attend avec impatience les œuvres qui suivront ce premier roman extrêmement réussi.

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