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BOUHIER ODILE

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Le mercredi 27 Avril 2012

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Bouhier ODILE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

En ce début du mois de septembre 1920, à Lyon, alors que le commissaire Kolvair se prélasse dans la maison de ses parents à Villedieu, rêvant de Bianca la belle aliéniste, il est dérangé par un appel téléphonique émanant de son adjoint Durieux. Le cadavre de Firmin Dutard vient d’être découvert l’après-midi dans la cour située à l’arrière du Grand Hôtel.

Firmin Dutard est, ou plutôt était, un riche industriel lyonnais régnant sur l’industrie automobile de la région et président de la SLIM, Société lyonnaise d’industrie mécanique. L’inspecteur Legone de la Brigade des Tigres pensait hériter de l’enquête mais le juge Puzin en a décidé autrement. Ce sera la Scientifique qui s’en chargera, Kolvair n’ayant qu’à abréger ses vacances.

La première chose qu’entreprend Kolvair, c’est de rendre visite à Damien Badou, le légiste qui autopsie les cadavres qui lui sont confiés en chantonnant. Une habitude. En inspectant le corps de Dutard, Kolvair se rend compte que celui-ci porte sur le torse de petites taches roses, synonymes de syphilis, et que les plis du coude recèlent des cicatrices de psoriasis. C’est peu de chose, mais rien n’est à négliger.

Evidemment, quelques journalistes font échos dans leur organe de presse de ce meurtre. Mais Kolvair est intrigué par l’article d’Armand Letoureur, lequel établit un parallèle entre cet assassinat et la venue d’Anatole Deibler, profession bourreau de père en fils, afin deprocéder à une exécution capitale. Le chroniqueur en profite pour relancer le débat de la peine de mort.

L’une des premières remarques effectuées par Badou lors de son autopsie est que le meurtrier a plongé son couteau dans le corps de Dutard de bas en haut et que selon son estimation le coupable ne mesure guère plus d’un mètre vingt-huit. Kolvair doit procéder à l’enquête dans un ordre préétabli. D’abord rencontrer la famille du défunt. La femme du Dutard n’est pas franchement sympathique et apparemment ne regrette pas la mort de son mari. Quant au fils, c’est un nabot, qui est obligé de monter sur un petit escabeau pour embrasser sa mère. Il s’intéresse aussi sérieusement aux domestiques de la maisonnée. Une piste possible pour Kolvair mais une autre se profile rapidement.

En effet, Letoureur a fixé sur une pellicule la scène du meurtre et sur la photo apparait un personnage inconnu. Celui d’un enfant dont la présence est plus qu’intriguante. Grâce aux travaux d’Alphonse Bertillon, qui a inventé les fichiers anthropométriques, un rapprochement peut être établi avec un gamin qui a déjà eut maille à partir avec la police. Mais celui-ci possède un alibi. Au moment du meurtre il était dans les environs de Saint-Etienne. Mais pour le procureur Rocher, le coupable est trouvé et rien ne pourra le faire changer d’avis. Le gamin est envoyé dans une colonie pénitentiaire à Mettray près de Tours.

Le lecteur retrouvera avec plaisir les principaux personnages qui évoluent dans Le Sang des Bistanclaques, le précédent roman de l’auteur : Kolvair, un rescapé des tranchées de la guerre de 14/18 et qui depuis est unijambiste. Il déambule avec une canne et sa prothèse lui sert de réserve de cocaïne qu’il mélange à du tabac lorsque sa blessure l’importune par trop ; Le professeur Salacan, à la tête du premier laboratoire de police scientifique, organisme créé par le Lyonnais Edmond Locard, et qui, en tant que criminologue réputé, participe à des conférences à Cambridge lors du début de l’affaire ; Durieux, l’adjoint de Kolvair, sportif accompli et dont les talents ne sont pas négligés par son supérieur ; Le procureur Rocher, une vieille connaissance de Kolvair puisqu’ils se sont connus tout jeunes ; Legone, policier attaché à la Brigade Mobile dite aussi Brigade du Tigre en référence à son créateur Clémenceau, et adepte des films érotiques ; enfin la belle Bianca, aliéniste de son état, et dont les liens avec Kolvair demandent à s’élargir et ne pas rester dans le domaine du professionnel.

Ce roman aborde d’autres éléments non négligeables et qui permettent d’humaniser, façon de parler, l’intrigue. En effet la guillotine fonctionne allègrement et la peine de mort fait débat. Tandis que des voyeurs s’agglutinent afin de voir la sentence exécutée, tout comme le malheureux condamné à mort, des voix s’élèvent afin d’abroger cette peine capitale et radicale. L’accent est également mis sur les conditions d’enfermement des gamins dans les maisons dites de correction, de redressement, ces fameuses colonies pénitentiaires qui se révélaient des véritables enfers pour les gamins qui y étaient enfermés et servaient de défouloirs pour les surveillants sadiques et affamés sexuels. Enfin, l’on suit avec intérêt les recherches de Salacan sur le génome, le matériel génétique qui plus tard débouchera sur la mise en valeur de l’ADN, aujourd’hui indispensable pour établir les preuves concernant un présumé coupable, preuve plus scientifique et plus fiable que les aveux extorqués à coups d’annuaires.

J’ai apprécié la construction de roman en chapitres courts qui donnent l’impression d’une enquête menée tambour battant, tout en gardant un rythme égal sans longueurs, sans langueurs.

Enfin, une dernière petite précision : Odile Bouhier est un auteur qui s’intéresse aux chroniques et articles concernant ses romans. Pour preuve, l’emploi du terme tabatière que j’avais préconisé dans mon article sur Le Sang des Bistanclaques. Merci à elle d’avoir corrigé ce petit détail.

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