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JEAN-PAUL NOZIERE

Un été Algérien


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Le vendredi 17 Juin 2012

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Jean-paul NOZIERE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

L’Algérie est notre pays, bientôt nous serons libres.

Comment Salim, un gamin de quinze ans en est-il arrivé à prononcer cette phrase à l’encontre de la vieille madame Barine, qui règne en maitresse femme sur la ferme Barine, une propriété de trois cents hectares ? Tout a commencé lorsqu’Edmond Barine, le fils de madame Barine a décidé qu’en septembre Salim n’irait plus à l’école à Sétif en compagnie de son fils Paul.

Paul et Salim ont été élevés ensemble, ils s’entendent bien, ils jouent ensemble, mais ils se plient toutefois à quelques différences, caste oblige. Lakdar les conduit tout deux à l’école le matin, les reprend le soir, mais dans la cour de l’établissement, Paul s’amuse avec ses copains fils de colons et Salim avec ses amis arabes. Le père de Salim est un peu le contremaître de l’exploitation, Edmond Barine reconnait sa valeur, mais les relations restent celles de maitre à employé même s’il se montre paternaliste. Il est moins méchant, moins virulent, moins exigeant, moins vindicatif, moins xénophobe que sa mère. Elle a adopté le proverbe On ne mélange pas les torchons et les serviettes, oubliant que les serviettes et les torchons sont rangés dans la même armoire.

L’amitié entre Paul et Salim se fissure lorsque Paul commence à tourner autour de Zohra, la sœur de Salim. Mais il se détourne rapidement de la jeune fille lorsque celle-ci, afin de célébrer la fête de l’Aïd-el-Kébir, se teint les mains au henné. Il la repousse en hurlant : Je déteste le sang de tes mains. Car en ce mois de juin 1958, la guérilla entreprise par le F.L.N fait des dégâts et les soldats sont sur les dents.

Paul « emprunte » un vieux pistolet que son père garde précieusement et s’amuse, alors qu’ils vont à l’école, à viser les ouvriers travaillant dans les champs, déclarant à Salim : Tu sais Salim, si tes copains du F.L.N. me cherchent, je me servirais du flingue. Salim se défend de posséder des accointances avec les combattants mais comment raisonner Paul. D’autant que Paul joue les arrogants en disant que plus tard il héritera de ses terres. Plus tard, il prononce avec colère : Les fellouzes sont des salauds. Plus tard tu deviendras fellouze ? Tu me jetteras hors de chez moi ? De mon pays ? L’école terminée, Salim peut jouir d’un mois de vacances, malgré les récriminations de madame Barine mère. Décidément, mon fils adore entretenir les bouches inutiles.

La peur s’installe, gangrenant les relations. Les champs de blé de la ferme Bellini, qui est dix fois plus grande que celle des Barine, sont incendiés et les soldats patrouillent, s’installent près de la ferme et surveillent les alentours. Certains sont des têtes brûlées, jouant les fanfarons, peut-être sous l’effet de la peur devant l’ennemi invisible. D’autres sont là contre leur gré. L’un d’eux préfère passer son temps à lire, une biographie de Toussaint-Louverture, lequel a mené victorieusement la lutte pour la libération des esclaves haïtiens. Il demande ingénument ( ?) à Salim : Pourquoi ne t’engages-tu pas aux côtés des rebelles ? Il enfonce le clou et insiste : L’Algérie est ton pays, non ? Pourquoi les Arabes acceptent-ils si facilement que les Français leur bottent les fesses ?

Dans cette atmosphère de guérilla, comment l’amitié entre deux adolescents peut-elle résister alors que tout les oppose même s’ils ont été élevés ensemble, par la mère de Salim ? Mais le fossé se creuse à cause des événements tragiques, entres autochtones qui prennent conscience de leurs origines et colons qui s’accrochent à leurs terres, celles que le gouvernement français leur avait attribuées en spoliant ceux qui y vivaient depuis des millénaires. Les colons ne comprennent pas que leurs ouvriers, leurs esclaves dans certains cas, puissent oser revendiquer la liberté de vivre sans contrainte.

Jean-Paul Nozière ne s’appesantit pas sur les événements extérieurs. Il les évoque afin de montrer la présence de la soldatesque et des rebelles, mais les scènes de guerre, de guérillas, la violence perpétrée par les uns ou les autres ne sont pas décrites. Ce qui importe pour l’auteur est bien de faire revivre le quotidien des habitants en cette époque de mai 1958, alors que si des attentats se perpètrent, cela n’est pas comparable à ceux de l’année 62. Le quotidien vécu par de petites gens qui demeurent loin des grandes villes et qui ne pensaient pas qu’un grand chambardement allait se produire. Jean-Paul Nozière ne prend pas partie, n’accable ni les uns ni les autres, mais pose la question fondamentale de savoir si l’amitié peut résister lorsqu’on est d’origine différente.

Mais il propose aussi aux lecteurs de lire avec scepticisme les articles de journaux, lorsque l’on sait que les journalistes s’expriment soit par des convictions politiques personnelles soit parce qu’ils sont téléguidés par des déclarations officielles venues du sommet de l’état mais qui ne reflètent pas toujours la réalité, dissimulent la vérité.

Faut-il s’étonner que ce roman a reçu le Prix Totem Télérama du roman au Salon du livre de jeunesse de Montreuil en 1990, Le grand Prix du livre jeunesse de la Société des Gens de Lettres en 1990, entre autres, et qu’une fiche pédagogique est téléchargeable gratuitement sur le site des éditions Gallimard, rubrique enseignants ?

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