Que Deviennent Les Enfants Quand La Nuit Tombe ? NOZIERE69

JEAN-PAUL NOZIERE

Que Deviennent Les Enfants Quand La Nuit Tombe ?


Aux éditions THIERRY MAGNIER


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Jean-paul NOZIERE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

2012.

Parfois, souvent même, il faut faire un choix dans la vie. Devenir détective privé ou propriétaire d’un gîte rural. Avec sa femme Mélinda, un peu, et sa fille Bertille, guère plus, Arthur retape la vieille ferme qu’ils ont acheté deux ans auparavant grâce à un héritage providentiel. Arthur rêve de devenir détective privé, mais la priorité c’est la ferme et les dépendances situés au hameau du Val Brûlé, à quelques kilomètres de Sponge où travaille Mélinda, institutrice de CM2. Quant à Bertille, elle a seize ans et a décidé en accord avec ses parents de quitter l’école et de se consacrer à la rédaction d’un roman, qui bien entendu connaitra le succès. Arthur maçonne à longueur de journées arborant fièrement ses cheveux coiffés en catogan et sa boucle d’oreille. Un marginal à n’en pas douter selon ses quelques voisins, guère plus de quatre foyers, et qui écoute à longueur de journées de vieilles chansons des années 60. Nostalgie !

Arthur s’est mis en tête de fructifier le capital de la famille en aménageant un gîte dans la grange et de proposer plusieurs chambres aux touristes en mal de calme et d’espace. Il est optimiste ! Tout le monde est réquisitionné avec plus ou moins de bonheur, Mélinda ayant toujours des devoirs à corriger et un livre à lire, le dernier en date étant Le Désert des Tartares. Bertille, malgré son roman en attente, et ses sorties programmées en scooter avec Edouard, ou un autre, au tennis et à la piscine, accepte d’aider momentanément son père. Le premier des travaux à effectuer est d’enlever les dalles qui tapissent le sol de la grange, ce qui étonne Bertille qui aurait plus pensé qu’il fallait s’attaquer à l’étage supérieur. Mais bon, c’est Arthur le maitre d’œuvre. Or c’est en déblayant la terre que Bertille met à jour deux pierres vertes, puis un crâne !

Malgré les gendarmes qui ont été prévenus de cette découverte Arthur reprend la casquette qu’il avait quelque peu abandonnée, celle de détective privé. Or ce crâne qui n’est pas accompagné du reste du squelette git là depuis quarante à cinquante ans. Quant aux pierres, ce sont des olivines appelées aussi péridots d’après un spécialiste, qui se trouvent toujours par paire dans des roches volcaniques. Malgré les avertissements des représentants de la maréchaussée, qui ne veulent pas que quelqu’un empiète sur leur terrain, Arthur décide d’enquêter sur ce drame qui se serait déroulé environ cinquante ans auparavant.

1966.

Un lance-pierre suffit à combler de joie Ylisse Payet, un gamin de douze ans qui préfère tirer sur les oiseaux que d’aller s’ennuyer toute la journée à l’école. Il n’a plus de mère, sa tante passant chez lui plusieurs jours par semaine, et son père ouvrier agricole saisonnier ne l’encourage guère dans ses études. Pour quel avenir ? Sur l’île de Maloya, le travail est rare et nombreux sont ceux qui occupent leurs journées à des loisirs forcés. Anélie Rivière est une gamine de dix ans, qui elle aussi sèche l’école pour se promener dans la nature. Anélie n’a pas froid aux yeux, et elle n’apprécie pas ses autres compagnons, mais elle est attirée par Ylisse, et comme c’est réciproque, ils deviennent inséparables. Mais on les met en garde. Des enfants disparaissent, que l’on ne revoit jamais. Et il leur faut se méfier d’une voiture verte, avec à bord le chauffeur et une femme, qui parcourt les environs. D’ailleurs, les occupants de la voiture verte, une deux-chevaux, abordent un beau ( ?) jour Ylisse et Anélie. Une fois de plus ils ont fait l’école buissonnière. Les propos tenus par la femme et le conducteur inquiètent quelque peu les deux gamins, et ce n’est pas l’inscription qui figure sur le côté qui peut les renseigner : DDASS Îlet du port. Jusqu’au jour où les deux enfants sont emmenés contre leur gré dans un foyer.

Bertille et Ylisse narrent chacun leur tour cette histoire qui s’inspire d’un événement réel, qui n’honore pas la République, et n’a longtemps été considéré que comme un « accident de parcours politique » organisé pour, officiellement aider la population locale de l’île de la Réunion et permettre à des enfants défavorisés d’accéder à une instruction digne de ceux de la métropole, officieusement pour repeupler quelques départements et procéder au principe des vases communicants. Tu deviendras un monsieur au foyer. Tu mangeras bien, tu iras à l’école, on fera de toi un médecin, un avocat ou encore mieux selon ce que tu décideras et ton énergie à travailler dur.

Alors que penser de ce pseudo humanisme de la République et de ceux qui ont imaginé déplacer ainsi des gamins, les envoyant dans des familles d’accueil en Corrèze, Lozère, Gers, et autres départements supposés sous-peuplés. De les confier à des agriculteurs qui souvent n’agissaient que par appât du gain et se voyaient dotés de bras forts et jeunes pour effectuer les travaux de la ferme. Ce trafic, le mot n’est pas assez fort, qui a été institué en 1963, a duré pendant dix-sept ans.

Il est évident que Jean-Paul Nozière, qui s’est inspiré de faits réels, dont il précise les sources, a mis en scène des personnages de fiction, imaginant une intrigue pour soutenir son histoire. Une histoire poignante qui va plus loin que ce que l’on connait, car ces immigrations forcées, des expatriations même, ont entraînées une vague de racisme larvé qui aujourd’hui encore perdure. En effet dans les campagnes, dans les petites villes, nombreux étaient ceux qui n’avaient jamais vu de Noirs dans leur vie, sauf sur des images d’école, images souvent qui ne reflétaient pas la réalité. Quant aux gamins, ils pouvaient à juste titre se sentir étrangers dans des foyers qui les accueillaient avec réticence. D’où amertume, rancune, désarroi, esprit de revanche, méfiance de certains envers les autorités qui les ont bernés. Le plus malheureux c’est que les psychologues et les assistantes sociales de la DDASS continuent de placer des gamins en famille d’accueil, séparant les fratries, les changeant d’endroits tous les deux ou trois ans, sous prétexte qu’il ne faut pas que les familles dites d’accueil et les enfants placés s’attachent. Une vaste fumisterie qui fait plus de mal que de bien.

Jean-Paul Nozière ne s’érige pas en moralisateur. Il décrit les faits tels qu’ils se sont passés ou auraient pu se passer. Au lecteur ensuite d’établir sa propre opinion, en fonction de son ressenti et de son empathie envers des personnages troublés et troublants.

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