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FREDERIQUE MOLAY

La 7eme Femme


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Le dimanche 19 Fevrier 2007

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Frederique MOLAY




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER
Le commissaire Nico Sirsky, 38 ans, est chef de la P.J. parisienne, au 36 quai des Orfèvres. Divorcé d’une épouse dépressive, Nico se sent amoureux d’une jeune femme médecin, Caroline. La semaine à venir s’annonce stressante pour Nico et ses policiers. Un tueur en série s’attaque à des brunes d’environ 35 ans, enceintes depuis peu. Le sadique les flagelle de trente coups de fouet, avant de les poignarder et de leur découper les seins. Il en tue une par jour selon la même méthode. L’entourage de chaque victime apparaît vite hors de cause. L’assassin écrit des messages à connotation biblique destinés à provoquer Nico.
Le criminel laisse peu d’indices. Les enquêteurs notent qu’il utilise des gants chirurgicaux, et qu’il attache ses victimes avec un cordage de marine. Amie de Nico, la directrice de l’Institut Médico-Légal cherche le moindre signe lors des autopsies. Médecin, le beau-frère de Nico voit les dossiers médicaux des jeunes femmes s’afficher sur son ordinateur. Elles ne furent pourtant pas ses patientes. On hésite à le soupçonner. Nouvel indice : un extrait de presse qui relate un faits-divers datant de trente ans, où un enfant de 7 ans tua sa mère. Bien qu’il ait changé d’identité, on ne tarde pas à identifier le jeune matricide.
La 5e victime est une policière. L’assassin nargue Nico, visant l’affrontement. Le commissaire place ses proches sous protection. Sa fragile ex-épouse serait une cible facile...

On devine sans difficulté le nom du criminel et celui de sa 7e victime. Ordinaires, ses motivations sont sans surprise. Le scénario est prévisible, hélas ! Quand au patronyme du héros, on dirait celui de son ministre. L’aspect documentaire sur l’élite de la police, éloge des enquêteurs compétents aimant leur métier, a probablement séduit le jury du Prix du Quai des Orfèvres 2007. Il s’agit donc d’un roman strictement policier. Frédérique Molay ayant, semble-t-il, déjà publié un thriller en 1998 ("Tueur d’innocence",Editions de l’Harmançon), on pouvait espérer plus d’originalité.
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Une autre lecture du

La 7eme Femme

de
CLAIRE TOURMEN

CLAIRE TOURMEN

Elucubrations sur l’écriture de polars… Critique de La 7e femme de Frédérique Molay.

Il suffit parfois de peu pour acheter un roman policier : une bonne critique à la radio, quelques heures de train, un kiosque en gare et le livre est ouvert. Il est plus difficile d’acheter un bon roman policier. Ma dernière expérience fut décevante et le livre a mérité son titre : un roman de gare. C’est ainsi que j’ai lu La 7e femme de Frédérique Molay : une bonne critique à France Info, Prix du Quai des Orfèvres et quatrième de couv’ alléchant. Pourtant, ni frisson, ni découverte, à peine quelques moments de suspense. Le roman aura au moins le mérite de m’avoir fait rire et d’avoir dérangé mon voisin de TGV. Sa lecture m’a inspiré quelques réflexions : qu’est-ce qu’un bon roman policier ?

J’ai fait un petit détour par Stephen King et Jérôme Bruner. Certes, Stephen King n’est pas un auteur au style éblouissant. Mais il a écrit des histoires qui marchent, et ça, c’est un bon début. Il a aussi le mérite d’avoir couché noir sur blanc, avec simplicité, des règles d’écriture dans Ecritures. Jérôme Bruner, psychologue, s’est intéressé à la structure du récit dans Pourquoi nous racontons-nous des histoires. Pourquoi le livre La 7e femme ne marche-t-il pas ? Quelques élucubrations sur l’écriture de polars.

Dès les premières lignes, La 7e femme commence fort : « Il se sentit foudroyé ; la respiration coupée, la bouche sèche, la gorge nouée… en chute libre. Elle dégageait un charme fou ; environ trente-cinq ans, un mètre soixante-dix, le corps svelte, les cheveux châtains et courts, les yeux marrons que soulignaient les montures discrètes de ses lunettes. La voix était douce et posée. Le regard vif et chaleureux rassurait tandis que son sourire illuminait son visage, un sourire magnifique. Il n’y avait pas de mots pour décrire ce qu’il ressentait. Il la fixait intensément, sans réaction. Il était comme un adolescent boutonneux subjugué par la couverture de Play Boy. » Des comparaisons rebattues : un charme « fou », un regard « vif et chaleureux », un sourire « magnifique », un ado « boutonneux »… La description physique de la jeune femme sent le passage obligé, émaillée de détails amusants comme le nombre de centimètres : « environ trente-cinq ans, un mètre soixante-dix »... Enfin, le roman s’ouvre sur un thème classique : le flic solitaire, divorcé, surchargé de travail et stressé qui croise une jolie femme dont on se doute qu’il profitera des charmes avant la fin du roman. Je n’osais pas imaginer qu’elle serait prise pour cible par le tueur en série : ce fut le cas. Certaines ficelles sont si grosses qu’on n’ose même plus y songer. L’auteure l’a fait.

La suite confirme la première impression. Malgré quelques passages où le suspense fonctionne plutôt bien, l’ennui n’a pas cédé à l’amusement. J’ai même découvert l’identité du tueur en série lors de sa première apparition sous la forme d’un personnage secondaire. Pourquoi s’attarder sur ce roman policier ? Parce qu’il a des choses à nous apprendre : « chaque livre comporte sa ou ses leçons, et on apprend souvent davantage des mauvais livres que des bons », dixit Stephen King. « On apprend avec bien plus de clarté ce qu’il ne faut pas faire en lisant de la mauvaise prose ».

La première chose qui m’a dérangée à la lecture de La 7e femme est bien cette « mauvaise prose ». Comparaisons clichés, récitations de connaissances sur « le 36 », dialogues au style soutenu qui ne « sonnent pas »… Quelques morceaux choisis quand le chef dit « cet homicide est pour le moins inhabituel » ou le médecin dit « De façon à aider la progression de l’instrument, vous allez déglutir fortement au moment où il passera les amygdales ». Outre le style exagérément soutenu des dialogues, l’auteure abuse d’adverbes et de verbes déclaratifs : « Non, répondit Paul Terrade d’un ton vif et visiblement choqué », « s’emporta Kriven, toujours nerveux », « attaqua celui-ci avec son dynamisme habituel »… Pour reprendre l’expression de Stephen King, Frédérique Molay a le « verbe déclaratif dopé aux stéroïdes anabolisants » !

La description des personnages n’a rien à envier à l’écriture des dialogues. Chaque nouveau personnage a droit, lors de sa première apparition, à une description physique qui n’épargne pas certains clichés. Voici comment Stephen King définit un cliché : « utilisation de comparaisons, métaphores et images qui sont devenues des clichés. Il courait comme un fou, elle était jolie comme un cœur… ne me faîtes pas perdre mon temps avec des poncifs aussi éculés ». Extraits choisis : le héros est « grand et musclé, les cheveux blonds, les yeux bleus, il impressionnait les femmes. ». La psychologue de la police est une « petite brune de trente-deux ans aux yeux verts pétillants de malice ». Le chef de la police est « Petit et sec, cheveux touffus et noirs, nez proéminent, il avait d’épais sourcils qui dominaient un regard vif ». Le médecin légiste est  « une rousse flamboyante à la répartie sanglante ». La doyenne de la Sorbonne : « Malgré un physique plutôt fluet, il se dégageait d’elle une énergie et une détermination hors du commun ». Le directeur régional de la PJ : « Nicole Monthalet, cinquante cinq ans, un mètre soixante-huit, cheveux blonds coupés courts, regard sombre ». Cela devient une habitude ! Je ne résiste pas au plaisir de citer cette phrase : « Elle lui tendit une main à la fois douce et ferme »… Je comprends mieux pourquoi Stephen King avouait : « Je ne suis pas particulièrement friand des textes qui décrivent les caractéristiques physiques des personnages jusque dans les moindres détails (…) Je ne crois pas non plus que la description physique soit un raccourci pour rendre compte de la personnalité des personnages. Alors épargnez-moi s’il vous plaît les yeux bleus pétillant d’intelligence de votre héros ou son menton carré et volontaire. ». 

La description du contexte est aussi poussive… et frôle par moments la récitation. Un paragraphe commence ainsi : « La brigade criminelle avait une organisation parfaitement pyramidale. Douze groupes étaient réunis par trois sous la direction de chefs de section, tous commissaires de police ou commandants fonctionnels. Ils étaient placés sous les ordres des chefs et chefs adjoints de la brigade, et constituaient les forces vives de la célèbre Crim’, soit un effectif d’une centaine de fonctionnaires dont quinze femmes. Cette brigade centrale, au même titre que l’antigang, la protection des mineurs, la mondaine, le banditisme et les stups, était supervisée par le directeur régional adjoint de la Police Judiciaire, et au-dessus de lui le directeur régional. Ce dernier avait deux supérieurs hiérarchiques : le préfet de Police d’abord, le ministre de l’Intérieur enfin tout en haut de la pyramide ». Fin du paragraphe, tout l’organigramme y est passé ! Suit immédiatement une justification bancale de cette longue description : « C’est donc avec le commissaire Jean-Marie Rost, son chef de section, que le commandant Kriven investit à son tour le bureau de Nico Sirsky ». On pense à Stephen King : « la seule chose à ne pas oublier c’est qu’il faut se garder de faire un cours sur ce qu’on sait, qu’il faut ne l’utiliser que pour enrichir son histoire ». Par ailleurs, le texte est souvent laudatif à l’égard de la PJ. Frédérique Molay souligne à maintes reprises la valeur des policiers du « 36 » : « Ces hommes étaient passionnés par leur job. Lorsqu’une enquête s’annonçait particulièrement difficile, ils étaient tous volontaires pour y participer et mettre en œuvre leur savoir faire. Appartenir à la brigade criminelle impliquait un profil bien spécifique, plutôt celui de l’intellectuel minutieux », « Rost avait le sens du devoir comme tous ceux qui bossaient dans la maison »… Malgré la vétusté des lieux (« Depuis combien de temps leur promettait-on des travaux de rénovation ? », « les locaux étaient exigus et sans confort. Ils avaient tous renoncé à s’en plaindre, absorbés par leur mission d’intérêt général ») et la charge de travail (« Toujours à pied d’œuvre ? commença-t-elle. Et dire que l’opinion publique pense qu’on se la coule douce ! »)… Et de conclure : « Ces policiers étaient probablement les meilleurs de France ». Est-il utile de rappeler que ce livre a obtenu le prix du Quai des Orfèvres ? « N’oubliez jamais que vous écrivez une histoire, pas un document », conseillait Stephen King. Ni un texte syndical…

S’il n’y avait que des problèmes de prose… on connaît tous de bonnes histoires où l’écriture n’est pas géniale mais suffit à faire fonctionner le tout. Si tant est que l’histoire soit bonne. Qu’est-ce qu’une bonne histoire ? Selon Stephen King, « Les textes bien écrits sont des leçons de style, de narration élégante, de scenarios astucieusement développés, de personnages crédibles ». Allons plus loin  avec Jérôme Bruner : « une histoire commence lorsqu’apparaît une sorte de brèche dans l’ordre des choses auquel nous nous attendons (…) quelque chose va de travers, sinon il n’y a rien à raconter ». La littérature explore les possibles tout en restant vraisemblable : « La dynamique du récit se déclenche par une rupture dans la banalité, les histoires domestiquent l’inattendu ». Elles ont le « pouvoir de bousculer nos habitudes à l’égard de ce que nous tenons pour réel, de ce que nous considérons comme étant la norme ». Les livres sont ainsi des « trésors d’histoires qui peuvent nous aider à gérer nos propres déséquilibres ». Je retiendrai deux choses : des personnages crédibles et « épais » (et non « unidimensionnels », selon l’expression bien trouvée de Stephen King) et un scénario « astucieux » qui explore des possibles, des déséquilibres et sort des histoires convenues…

 Ceci nous permet de comprendre, à rebours, pourquoi La 7e femme ne fonctionne pas. Les personnages sont peu vraisemblables et manquent d’épaisseur, desservis par une histoire qui n’est pas hors norme mais au contraire bien dans la norme des histoires de tueurs en série…  Frédérique Molay est victime des clichés du polar avec lesquels elle ne semble pas s’autoriser à jouer.

L’histoire, donc : un tueur en série mutile et tue des femmes à qui il coupe des seins. Une par jour. Il lance un message au commissaire Sirsky, de la PJ, le défiant directement. Nulle nouveauté : un tueur en série qui défie la police et rêve de se faire arrêter, à la fois obsessionnel et dépassé par ses pulsions sadiques… Le tueur affiche ses messages sur des miroirs de salle de bain avec le sang de ses victimes, il défie la police en laissant des indices (voire des fausses pistes), se prend pour « Dieu » et tue ses victimes d’un « bras vengeur » !

Le commissaire tente de percer son identité avec l’aide d’une psychologue qui assène des diagnostics frisant le ridicule. Lors de la découverte du premier corps, les seins amputés, la psychologue dit : « celui qui a fait ça a un problème avec l’image maternelle. Il a pu être battu ou abandonné dans son enfance. » Un peu plus loin, elle affine son diagnostic : « L’utilisation d’un objet que l’on peut qualifier de fétiche, le fouet, et la mutilation des seins sont des éléments qui renvoient à la relation du sujet à sa mère. Tout comme le coup de couteau porté à l’endroit du ventre. Une humiliation durement ressentie pendant l’enfance pourrait l’expliquer ». Lors du second meurtre, le diagnostic se confirme : « L’homme a sûrement vécu un traumatisme pendant l’enfance qui est à l’origine de son acte »… Plus loin, il s’étoffe : « sociopathe, il est méthodique et organisé. Le chiffre trente a pour lui une signification particulière : c’est le nombre de coups de fouet qu’il donne à chaque fois ». Quand le tueur précise qu’il va tuer 7 femmes en 7 jours, elle fait le lien avec la symbolique du chiffre 7 dans la Bible… On est soulagés de savoir que la police dispose de psychologues aussi perspicaces !

Le commissaire et son entourage se retrouvent mêlés à l’affaire. La scène finale, digne des plus grands films américains, offre un face à face entre le tueur, la petite amie du commissaire et le commissaire, laissant place à des moments d’explication et de tension (comment vont-ils s’en sortir ?). Je ne vous révèle ni le dénouement, ni l’identité du tueur… Saurez-vous le trouver aussi vite que moi ?

Certes, la critique est facile et l’art est difficile… Qu’avons-nous appris à la lecture de La 7e femme ? Les pièges qui bordent l’écriture sont nombreux. A vouloir trop bien faire, on fait mal : on en dit trop de peur que le lecteur ne comprenne pas, on se laisse mener par une intrigue trop lisse ou trop utilisée en voulant s’inscrire dans le genre policier, on reste captif de personnages formatés pour l’histoire en ne les laissant pas s’échapper vers des aventures insoupçonnées… Il semble que cet art consiste, à l’inverse, à lier vraisemblance et hors du commun, à inscrire son histoire dans un genre sans s’y laisser enfermer et à en dire suffisamment sans trop en dire… J’en tire aussi une leçon pour l’achat de mon prochain roman policier : lire la première page !

 

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