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PETROS MARKARIS

Liquidations à La Grecque


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Le mercredi 26 Octobre 2012

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Petros MARKARIS




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

C’est la fête dans la famille du commissaire Charitos. On célèbre le mariage de sa fille Katérina, future avocate, et de son gendre Phanis, médecin. Si l’avenir d’un jeune couple dans la Grèce actuelle est mitigé, ces deux-là restent confiants. Dès le lendemain, retour aux réalités pour le policier. Au commissariat, on s’interroge sur la situation, et les manifestations se multiplient dans les rues d’Athènes. Un ancien gouverneur de la Banque centrale est retrouvé mort dans sa propriété. On l’a décapité à l’épée, sans doute une embuscade de nuit, vers le matin. Charitos interroge le personnel de la victime, en particulier son majordome noir, Bill. Un agent immobilier local et l’ex-secrétaire du banquier confirment que celui-ci était plutôt antipathique. Les deux fils du décapité arrivent de Londres, où ils vivent. Leurs rapports avec ce puissant père étaient distants.

L’Anglais Richard Robinson, directeur de la First British Bank à Athènes, est la deuxième victime de l’assassin à l’épée. Récemment plaqué par son épouse, il fut mêlé naguère à des opérations bancaires douteuses, des hedge funds. Stathakos, un collègue de Charitos, est cette fois certain que ces deux meurtres sont des actes terroristes. Avec l’aide de deux policiers anglais, il compte le démontrer. Le commissaire Charitos est peu convaincu de la piste terroriste. Grâce à son gendre, il s’informe auprès de l’homme d’affaire Tsolakis. Ancien athlète, revendiquant le dopage qui lui a permis de s’enrichir, il est décomplexé par la maladie qui lui mine la santé. Tsolakis connaît bien les sociétés off-shore basées dans les paradis fiscaux et autres hedge founds, fonds d’investissements à hauts risques. Pendant ce temps, Stathakos croit tenir le coupable, le majordome Bill.

Charitos poursuit une enquête de terrain, cherchant la provenance de l’épée dans ce marché noir qui fleurit en Grèce, tant parmi les immigrés que chez les Grecs. La vision de l’économie expliquée à la télé par Henrik De Mor, responsable d’une agence de notation, ne risque pas de rassurer la population. Des affiches sont placardées dans les rues et des annonces paraissent dans des journaux, avec pour mot d’ordre : Ne payez pas (vos crédits). Le tueur à l’épée est assurément le commanditaire de l’opération en question. Il a recruté des immigrés pour placer les affiches. Un journaliste économique confirme à Charitos que l’individu est bien informé sur les systèmes bancaires. C’est dans un bar gay qu’on retrouvera le troisième décapité, avant que le directeur d’une agence de recouvrement soit la quatrième victime. Charitos recoupe inlassablement les indices, qui le mèneront jusqu’au coupable…

La destructrice crise économique grecque vue de l’intérieur, c’est ce qu’illustre Petros Markaris dans ce nouveau roman. On se souvient de l’argument accusateur “les Grecs ont menti” sur leurs capacités financières. Si l’auteur admet que son pays a vécu largement à crédit, il souligne que ce sont bien les réseaux bancaires internationaux qui l’ont permis. Il rappelle que la définition du dictionnaire ne fait pas grande différence entre banquier et usurier. Il montre aussi l’effet de la crise sur la population. À travers les manifestations quotidiennes, ou par le suicide d’un commerçant ruiné (dont l’épouse du commissaire est témoin). À Athènes, les immigrés vivotent dans la misère, tandis que les Grecs voient fondre les quelques avantages dont-ils disposaient. Le jeu économique est faussé, et les fameuses “agences de notation” ne font que le dérégler davantage. Certes, il y a l’intrigue criminelle, solidement construite, mais c’est à l’évidence ce contexte “vécu” qui rend diablement passionnant ce suspense. Le bienveillant commissaire Charitos observe, sans accabler : “Ici comme chez vous, dans la police, il y a les bons et les méchants. Ce monsieur veut vous poser quelques questions, mais c’est un bon. Je vous le garantis” dit-on de lui. Sans doute, au-delà des discours visant sans pitié son pays, serait-il bon de retenir l’esprit humaniste de ce policier.

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