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HORACE MAC COY

J'aurais Dû Rester Chez Nous


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Le jeudi 1 Juillet 2011

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Horace MAC COY




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

L’histoire se passe en 1938. Âgé de 23 ans, Ralph Carston est un beau garçon venu d’une bourgade rurale de Georgie. Depuis quelques mois, il s’est installé à Hollywood, en colocation avec une aspirante comédienne, Mona. Bien qu’il écrive à sa mère des lettres rassurantes, le succès n’est toujours pas au rendez-vous pour Ralph. Ce n’est pas tellement son accent du Sud qui pose problème. Ni que ce Mr Balter (de l’agence Excelsior) qui l’a recruté, reste injoignable. C’est juste qu’ils sont des milliers de postulants, tels que lui. Par exemple, des filles comme Dorothy, qui finit par faire de la prison. Mona a été incarcérée aussi, mais le juge s’est montré clément. Ralph et elle sont invités à une soirée donnée par Mme Smithers, une femme mûre, riche et influente.

Encore candide, Ralph ne se sent guère à l’aise dans cette ambiance mondaine. Bien qu’elle ait un autre amant en titre, Mme Smithers n’est pas insensible au charme de Ralph. Ce qui ne plait pas à Mona, laquelle ne cache nullement son hostilité. À force de désillusions, la jeune femme se sent de moins en moins motivée. Mme Smithers ayant donné cent dollars à Ralph, celui-ci règle quelques dettes. Surtout la somme due à son épicier compréhensif, Abie Epstein. Sa protectrice a mis Ralph en contact avec un agent sérieux, Bergerman. Sans agressivité, le professionnel essaie de lui faire comprendre que Ralph n’a aucun avenir à Hollywood, que sa place est en Georgie. “Je mourrai plutôt que de rentrer chez moi” pense Ralph, toujours pas prêt à renoncer.

Mme Smithers l’invite dans un de ces bars fréquenté par le gratin d’Hollywood. Simple figurant, il ne se sent pas à sa place. Elle présente Ralph à un des meilleurs cinéastes du moment. Plus tard, ce dernier trouve un prétexte pour ne pas le recevoir. Employé dans la promo du cinéma, Johnny Hill sympathise avec Mona et Ralph. Hill n’est pas dupe du système hollywoodien. Il envisage d’écrire un livre dénonçant le mirage de l’industrie du cinéma. Sans vraiment réaliser, Ralph découvre les penchants masochistes de Mme Smithers. Alors que l’argent commence à manquer, Mona dégotte un job régulier, doublure d’une star. Dans le même temps, Dorothy s’évade de prison. Ralph peut compter sur l’épicier Abie pour lui prêter un peu de fric destiné à la fuite de Dorothy. Mais ils ont bientôt des ennuis avec la police…

Dans cet univers hollywoodien, où rien ne doit venir troubler le bizness, tout n’est qu’illusion. Des dizaines de milliers de jeunes américain(e)s ont voulu croire à leurs chances. Intoxiqués par les contes de fées médiatiques, ils ont imaginé devenir des stars. Puisque d’autres y sont parvenus, pourquoi pas moi ? Le pire étant, dans le cas de Ralph, qu’il n’y a pas de possible retour en arrière. Pour les siens en Georgie, il est déjà sur la voie du succès. Si bien des éléments ternissent ses espoirs, il n’a d’autre choix que de poursuivre dans l’impasse. S’il accepte la protection financière de Mme Smithers, c’est d’abord avec ingénuité, sans calcul, juste pour survivre en attendant. Il faut savourer la délicieuse scène où Ralph s’adresse à son miroir. Mona est bien plus pragmatique, Dorothy déjà plus désespérée.

En outre, n’oublions pas le contexte historique, l’imminence de la guerre. C’est avec violence qu’Horace Mac Coy dénonce l’hypocrisie du monde du cinéma : “Vous soutenez la ligue antinazie parce que, dans ce foutu patelin, tous les producteurs sont juifs et vous vous dites qu’ils vous prendront pour un héros, en tant que chrétien ayant épousé leur cause. Si tous les producteurs étaient nazis, vous seriez les premiers à commencer le pogrom.” Le personnage rebelle de Johnny Hill est quelque peu l’alter ego de l’auteur. Hill souligne la puissance exagérée des décideurs d’Hollywood : “…il suffit de parler de syndicalisme ou d’organisation pour être classé comme rouge et mis sur la liste noire. J’ai assisté aux réunions de producteurs et je les ai entendus dicter leurs quatre volontés aux auteurs. Ils peuvent contraindre, intimider, et violer toutes les lois qu’ils veulent. Ils font les lois et ils possèdent les tribunaux. Est-ce qu’ils n’ont pas fait élire un gouverneur par le seul truc, aussi simple qu’astucieux, des soi-disant actualités ?” Depuis, de Ronald Reagan à Arnold Schwarzenegger, le système a perduré. Voilà un roman fascinant, intense, qui mériterait bien une réédition.

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