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JEAN-YVES LE NAOUR

Le Dernier Guillotiné


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Jean-yves LE NAOUR




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Même si l’affaire du “pull-over rouge” est célèbre, Christian Ranucci n’est pas l’ultime condamné à mort exécuté en France. Après lui en 1976, il y eut le cas d’un marginal alcoolique et clochardisé nommé Jérôme Carrein l’année suivante. Enfin, le 10 septembre 1977, le dernier guillotiné s’appelait Hamida Djandoubi. Aîné d’une famille de huit enfants, il naquit le 22 septembre 1949 à Tunis, dans un milieu modeste. N’imaginant pas son avenir en Tunisie, il débarque en France dès 1968, avec quelques billets en poche. Djandoubi s’installe à Marseille, où il est vite apprécié de ses premiers employeurs. Il a la bougeotte, aime voyager. Il tente brièvement de vivre à Paris, mais retourne à Marseille. En 1971, Djandoubi est victime d’un accident grave, à cause d’un motoculteur. Amputé d’une partie de la jambe droite, il porte une prothèse après sa longue convalescence.

Cet accident influe nettement sur le caractère du jeune homme, que les témoins trouvaient jusqu’alors aimable et intelligent. Diminué physiquement, Djandoubi rumine son amertume, avec des accès de violence. C’est à partir de là qu’il va se montrer dominateur avec les jeunes filles mineures qui partageront sa vie (à l’époque, la majorité légale est à 21 ans). D’abord, il y a Élisabeth, âgée de dix-huit ans, qui fugue plusieurs fois pour le rejoindre. Quand Djandoubi l’oblige à se prostituer, elle porte plainte officiellement. Ayant un emploi et des revenus, il n’a pas de mal à se justifier. L’affaire est close, mais Élisabeth va traverser une période de dépression, que des cures hospitalières amélioreront peu. D’origine algérienne, Amaria n’a que seize ans en 1973 quand elle devient la compagne de Djandoubi. Il ne tarde pas à faire pression pour qu’Amaria se prostitue.

Bientôt, ils forment un couple à trois avec la nouvelle venue, Annie, 17 ans. Les violences sadiques subies par Amaria sont désormais partagées par la seconde compagne de Djandoubi. Disposant pourtant de bons revenus, celui-ci vise plus. Il prostitue évidemment ses deux femmes. Suite à une cafouilleuse tentative de fuite, Annie va subir de démentes tortures. Une voisine trop passive aurait pu, dès ce temps-là, faire cesser le martyre des victimes de Djandoubi et, peut-être, éviter un meurtre. Car, en juillet 1974, il fait vivre un véritable calvaire à celle qu’il va assassiner dans une cabane, à Lançon-de-Provence. Quand le cadavre est découvert, les enquêteurs naviguent dans le brouillard, n’ayant aucune piste valable. En août, Djandoubi inclut dans son cheptel une fille de quinze ans, Houria. Si elle résiste un certain temps, il finit par la violer et l’exploiter…

Djandoubi est finalement arrêté. Son parcours criminel ne prête assurément pas à la pitié. Rares sont les possibles circonstances atténuantes, ses actes respirant la cruauté. S’il est condamné à mort, ce n’est pas seulement à cause d’un tel cas impossible à plaider pour la défense. Dans le contexte du septennat de Giscard d’Estaing, les politiques n’ont aucun courage pour réformer la peine de mort. Lâcheté face à l’opinion publique, quand beaucoup d’entre eux sont conscients de l’inutilité de la peine capitale. La propagande télévisée continue à jouer sur les peurs des Français, utilisant entre autres l’affaire Patrick Henry. Si Robert Badinter sauve la tête de ce dernier, il n’y parvient pas pour Christian Ranucci, bien que de larges doutes eussent dû profiter à l’accusé.

Le Président refuse la grâce des derniers condamnés à mort, pensant à sa réélection. Calcul imbécile, raté comme on sait. Il y a trente ans, le 9 octobre 1981, l’abolition de la peine de mort est votée à l’initiative du Ministre de la Justice, Robert Badinter. C’est la fin d’une sanction irrationnelle. Le dernier qui ait perdu à cette loterie qu’était la peine capitale fut Djandoubi. Aussi affreuse et sadique soit-elle, son histoire méritait d’être racontée, sans l’excuser en aucune manière.

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