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JONATHAN KELLERMAN

Les Tricheurs


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Jonathan KELLERMAN




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Si les auteurs du meurtre d’Elise Freeman pensaient avoir réalisé un homicide maquillé en suicide, ils se sont lourdement trompés. En effet la jeune, enfin plus tout à fait jeune, femme qui gît dans la baignoire a bel et bien été assassinée. Il lui aurait fallu une sacrée dose de courage pour prendre un bain de neige carbonique, une substance qui occasionne des brûlures irréversibles. De plus la police scientifique n’a découvert aucun sachet ayant contenu ce produit dans son bungalow. Seul un DVD a été trouvé qui fournit des perspectives intéressantes à Milos Sturgis, le policier, et Alex Delaware son ami psychologue.

Sur cet enregistrement Elise accuse trois de ses collègues de la Windsor Preparaty Academy de Brentwood, un quartier de Los Angeles, affirmant que depuis deux ans elle subit de leur part des gestes inconvenants et des harcèlements sexuels.

L’enquête menée par Milos ne plait guère, ni à son chef, ni au directeur et son adjointe de l’université californienne. Il serait plus simple de classer l’affaire, et ils font tout pour que les renseignements demandés par Milos ne lui soient pas révélés, ou du moins retardés, ou même qu’ils interrogent le personnel et les étudiants. Peut-être parce que le fils du directeur de la police fréquente le même établissement Mais Milos ne lâche pas si facilement l’os qu’il a trouvé. Evidemment Milos et Alex, qui le suit partout comme un petit chien, convoquent les trois enseignants qui tombent des nues. Selon eux, c’est au contraire Elise Freeman qui leur aurait fait des avances, parfois poussées. Et elle était connue pour sa propension à la boisson.

Elise avait un ami, Sal Fidella, qui ne correspond pas au profil de l’amant idéal. D’ailleurs s’ils couchaient ensemble, ils habitaient chacun chez soi. Il est représentant, en instruments de musiques ou tout autre marchandise qui peut être achetée par des gogos, mais il s’en trouve de moins en moins. D’après lui, Elise lui aurait avoué quelques semaines avant sa mort qu’ils lui en voulaient. Mais qui sont ces ils ? Il est incapable de le préciser. Tout ce qu’il sait, c’est que l’humeur d’Elise changeait, comme si elle était devenue bipolaire.

Auprès des consommateurs du bar qu’ils fréquentaient régulièrement et selon d’autres témoins, Milos et Alex recueillent des avis partagés. Certains affirment qu’Elise buvait régulièrement et beaucoup sans qu’il y ait vraiment influence sur son comportement, d’autres avaient remarqué qu’elle prenait un verre, mais ne le finissait pas la plupart du temps. Sa boisson rituelle était la vodka, et pas du bas de gamme. Ensuite les avis concordent concernant son attrait pour les mâles, des jeunes de préférence, souvent des étudiants ou des anciens élèves. Des amants de passage recrutés lors des heures de soutien qu’elle leur prodiguait.

Peu à peu le personnage d’Elise prend de la consistance et Milos, toujours accompagné d’Alex qui sait poser les bonnes questions au bon moment, cernent son entourage, remontant pas à pas le parcours relationnel et professionnel de l’enseignante.

Si l’épilogue est convenu, d’ailleurs le titre est assez explicite, ce qui retient l’attention c’est le système éducatif américain, modèle qui inspire quelques technocrates français attachés plus à l’aspect financier que pédagogique. Une véritable diatribe sous la plume de Jonathan Kellerman qui enrobe son ton vindicatif dans une intrigue policière.

Les universités américaines sont de véritables stabulations dans lesquelles sont élevés et gavés des bêtes à concours. Souvent contre le gré de ces adolescents qui ne demandent rien mais sont forcés d’obéir à un paternel fortuné qui pense que la réussite dans la vie passe forcement par Yale et autres fabriques de têtes pensantes. Et si ces futurs responsables politiques, diplomatiques, financiers, militaires, ou autres, n’arrivent pas à ingérer ce que les enseignants tentent de leur fourrer dans le crâne, il y a toujours d’autres solutions.

Les enfants dont les parents sont aisés intègrent d’office ces établissements, mais en dilettante. Et pour se donner bonne conscience, la société, les responsables éducatifs invitent des gamins issus de milieux dits défavorisés et qui n’ont rien demandé, à effectuer des études poussées. Et tout le monde doit réussir. Il en va de la notoriété des universités et des enseignants. Et parfois il y a des dérapages.

Tout le monde n’est pas de cet avis, heureusement : Je pense qu’à dix-sept ans un jeune devrait avoir son mot à dire sur son avenir et que c’est jouer avec le feu que de négliger son avis.

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