Je Hais Le Cinéma JEAN-BERNARD10

POUY JEAN-BERNARD

Je Hais Le Cinéma


Aux éditions ANTOINE DE KERVERSAU EDITEURS

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Le mardi 13 Janvier 2005

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Pouy JEAN-BERNARD




Une lecture de
FREDERICK HOUDAER

FREDERICK HOUDAER
Texte inclassable d’un auteur inclassable… Ça va être simple d’en parler du dernier (?) bouquin de Jibé Pouy !
Au début de l’histoire, Jibé himself en personne fait des grillades à l’ancienne (dont il ne nous refile pas la recette) et EN MÊME TEMPS il écoute la radio (vu la taille de sa biblio, pas étonnant qu’il sache faire plusieurs choses à la fois). C’est LA scène d’action du livre. À défaut d’entendre des voix, Jibé entend une voix, celle de l’éditeur POL (Paul Kekchosensky-Laurens) qui sort de la radio. Cet éditeur, l’un des rares à n’avoir jamais publié Jibé (c’est bon, tout le monde me suit ?) va lâcher UNE phrase où il sera question de DEUX films, et scalper Jibé par la même occasion (c’est LA scène gore du livre). « Pan » (c’est une citation, aussi la mets-je entre guillemets), voilà Jibé qui décide qu’il n’aime plus le cinéma.
« On cherchera peut-être longtemps si le barbecue a pu avoir une quelconque importance dans ce possible éclair de conscience. »
Et après ? Après, Jibé ne peut pas faire comme Jim Carey dans « Eternal sunshine of the spotless mind », il ne va pas demander qu’on lui efface ses souvenirs. Au contraire, les souvenirs, il les laisse rappliquer pour les trier lui-même. Chez lui, les flash-backs sont gigognes, et ça va bien à son écriture (à moins que ça ne soit l’inverse). Françoise Dorléac nous révèle sa sœur qui est… Anna Karina qui n’est autre que la cousine de… Elsa Martinelli qui, etc.
Petite précision en ce qui me concerne : je n’étais pas né quand Anna Karina tourna tel film de Godard, ni même quand Jibé Pouy alla voir tel nanar avec telle fille qui ressemblait à Anna Karina dans tel film de Godard.
Jibé sait être d’une mauvaise foi insigne (un peu comme Sellières quand il cause des 35 heures). Rien que sa façon de rappeler la valeur narrative de l’ellipse :
« Dans Hitchcock, si quelqu’un mange un croissant, la séquence d’après, il a de grandes chances d’être à l’hosto sous perfusion. Au spectateur d’imaginer et de comprendre, ensuite, ce qui a bien pu se passer entre ces deux scènes. Le spectateur lambda pensera que le croissant était empoisonné. Alors que le personnage a été renversé par un autobus. Mais ça, Alfred ne le lui révèlera que bien plus tard. Dans un film français moyen, la jeune femme demande à son amant un croissant, alors il s’habille, ouvre la porte, ferme la porte, descend l’escalier, bonjour madame la concierge, traverse la rue, bonjour madame la boulangère, un croissant s’il vous plaît, c’est combien, merci, il fait vraiment beau aujourd’hui, au revoir, et refait le chemin inverse dans sa quasi totalité. Tout ça pour qu’une fille à moitié à poil ait son petit déjeuner. »
Un « discours de feignasserie dominante » mène Pouy « à la défection radicale ». C’est ce qu’il dit. Le lecteur fait mine de le croire pour mieux le suivre. Parce que ça vaut la peine. Parce que Jibé qui pour rien au monde ne voudrait faire le guide, en est un très bon.
« Bramant à présent que je hais le cinéma, je peux en toute impunité remâcher ces instants de bonheur ou de terreur que je garderai en moi, moments généralement issus d’une stupeur passagère, instants de vie volée. »
À commencer par l’une de ses premières séances de cinéma, sur un bateau, au cours de laquelle il manque finir décapité (« Titanic », c’est rien à côté de son souvenir d’enfance) !
« Mais c’est fini, juré, craché, croix de Malte et croix de fer, si je mens je vais voir un Rohmer. »
Pour Jibé, que lui reste-t-il du cinéma ? Des êtres. « Des femmes, surtout ». À commencer par Françoise Dorléac (Jibé étant de gauche, il ne parlera pas de « reine », mais il semble le penser très fort, et il n’a pas tort). Anna Karina (c’est bon d’écrire et de réécrire ces noms, même si on n’était pas né quand…). Elsa Martinelli, à la chair devinée dans quelque navet tropical projeté dans un cinéma du 13e. Jibé, trop sensible, souffre pour elle quand elle se fait étreindre « par le pachyderme d’occasion, John Wayne (d’ailleurs, l’autre vedette du film était un petit éléphant) ».
« Il est fou de penser que seul un visage peut changer à jamais la bêtise et l’inadéquation d’un film en mauvaise posture. Le cinéma, c’est le regard des femmes. Mais je réalise aussi que c’est une raison valable pour ne plus aller au cinoche. Un siècle après ce fameux siècle des Lumière (les frères), les femmes sont toujours vaguement considérées comme des êtres inférieurs (…). Cent ans de magie en deux dimensions, mille deux cents mois de regards de femmes, cinq mille deux cents semaines de vampirisation à géométrie variable n’ont pas amené les hommes à la sagesse. C’est bien la preuve que le cinéma ne sert à rien.
Je m’énerve, mais c’est vrai. »
C’est vrai que Jibé est énervé.
« Rien n’a changé entre « Les raisins de la colère » de John Ford et les films des frères Dardenne (…). »
Du coup, le rôle important joué par le cinéma dans la mondialisation, Jibé ne va pas l’oublier.
« Trois quart des ruandais ont sans doute vu un film de Charlot, projeté, tremblotant, un soir, dans le village. Ça ne les a pas empêché de. Les Serbes de Bosnie ont sans doute pu voir, un soir, un film de Forman, ça n’a pas empêché Vukovar et Srebenitza. »
Pour finir, acculé, auto-acculé oserais-je écrire, Pouy rend un hommage aussi superbe que brutal à Godard. Mieux qu’un hommage. Il décide de « mettre les choses au point. Au poing ».
« Le cinéma était sans doute l’art du XXe siècle. Le problème, c’est que nous sommes entrés dans le XXIe. »
J’ai prêté « Je hais le cinéma » à deux amis, grands lecteurs de Jibé. Retour unanime : « c’est le texte le plus réac de Pouy, pas étonnant que tu l’ais aimé ». Leur remarque m’a laissé dubitatif, mais je la note.
Comment un texte qui s’achève par « En supprimant le septième art, nous allons enfin pouvoir refaire le monde » pourrait-il être réac ?
 

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