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HERVE JAOUEN

Ceux De Menglazeg


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Le jeudi 26 Aout 2011

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Hervé JAOUEN




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Saint-Quelven, c’est juste une petite commune bretonne des Monts d’Arrée, aux abords du canal de Nantes à Brest. Une municipalité qui utilisa naguère un cheval de cirque pour le corbillard des enterrements. Une poignée de hameaux peu habités, nés jadis de l’exploitation des ardoisières. De nouveaux venus, un couple homo ou une prétendue artiste, installés là pour s’isoler du monde. Les inévitables vieilles commères trop curieuses, qui ne crèvent jamais. Au bistrot de Pont-Menglas, l’écœurante roublardise de Raymond et Simone. Ici, beaucoup de vieux dans leurs maisons usées. Tels Martial et Léontine qui, le soir en absorbant leur grog, se disent qu’ils auraient pu avoir une vie bien pire. En 1982, dans ces campagnes perdues, on ne vante pas encore les bonheurs de la ruralité.

C’est là que vivote la famille Yvinou, dans un logement sans réel confort. Michel, handicapé bricoleur employé de CAT, a épousé une fille du Nord en 1963. Cette Aurore Coublanc, choisie via les petites annonces, aimait les chansons yéyé et ne dédaignait pas le sexe. Vite repérée comme une feignasse, l’Aurore boréale ! C’est son mari Mikelig qui s’occupe de tout. À peine s’est-elle intéressée à leur première fille, Sylviane. Direction la DDASS pour les deux mômes suivants. Ses grands-parents Martial et Léontine ont aidé Sylviane à surmonter une enfance chaotique. L’été de ses treize ans, alors que l’adolescente gagne quelques sous en ramassant les haricots, ses premiers émois l’attirent vers le beau Paulo. Par la suite, le bistrot de Raymond et Simone abrite leurs amours.

Le problème de Sylviane, ce 3 mars 1982 pluvieux en soirée, c’est de faire face au drame qui vient de se produire. La 2 CV de cette baleine d’Aurore a plongé dans le canal. La disparition de sa mère la chagrine moins que celle de Louis et Capucine, les derniers-nés de la famille Yvinou. Affronter les voisines du hameau avant de tout raconter aux gendarmes ? Leur dire pourquoi le livret de famille sur son assiette, la dispute qui a précédé avec la grosse Aurore en l’absence de son père, le dérapage de sa mobylette dans le canal, leur parler de Paulo et des haricots, expliquer la vie sinistre qu’elle a vécu depuis toujours ? C’est de sa faute, Sylviane le sait trop bien : aux gendarmes, “je leur cracherai à la gueule ma vie de merde, ma misère, ma douleur, mon chagrin, mon désespoir.”

Des secrets trop lourds pour une famille banale comme la leur, c’est certain. Compréhensif, le gendarme Loussouarn se pose fatalement des questions sur un accident qui pourrait cacher une sale affaire. Quand la voiture d’Aurore est retrouvée, il héberge Sylviane chez lui. L’épouse de Loussouarn, ex-gendarme elle aussi, sait susciter les confidences. Raconter son parcours maudit dans cette ambiance sans avenir ? Les échecs, Sylviane les assumerait presque, si Louis et Capucine n’en étaient les victimes. Et demain, quand des médias imbéciles vont relayer ce faits divers sans rien comprendre de leur vie, qu’y peut-elle ? Drame, parce que leurs mensonges, et tous leurs mauvais choix, ne pouvaient que finir dans le canal ? Non, même dans des endroits d’apparence paisibles, les destins insoupçonnés des habitants conduisent à des actes incontrôlés…

Une histoire criminelle, c’est bien ce que nous raconte Hervé Jaouen. Non pas une enquête policière, ou les investigations d’un détective amateur. Encore que, à sa manière, Loussouarn est aussi un expert : “Il ne l’avouerait pas, mais il a envie de se signer. Il croit en Dieu, beaucoup moins en l’homme. Ce fils de paysan en a trop vu de dures, dans les campagnes, sous le fumier des omertas familiales, depuis qu’il est gendarme.” Au-delà d’un accident mortel provoqué, ce qu’évoque l’auteur dans ce quatrième opus de sa saga d’une famille bretonne, ce sont les conditions de vie de cette tribu isolée socialement. Il y a environ trente ans et plus, il est fort plausible que ce genre de faits ait pu se produire dans une telle bourgade, un hameau oublié. Nul n’était fautif, chacun ayant reçu une culture suffisante. Simplement, naître dans des conditions imparfaites entraîne des situations mal maîtrisables. Sans doute existe-t-il aujourd’hui encore des versions différentes, pourtant similaires. Humaines et dramatiques, sans vraie culpabilité, si difficiles à rectifier comme celle de Sylviane. Un suspense d'une belle finesse.

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CLAUDE LE NOCHER
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Une autre lecture du

Ceux De Menglazeg

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Des traces de pneus qui se dirigent vers la berge du canal de l’Aulne, qui s’arrêtent au bord de l’eau, une sorte de méduse flottant entre deux eaux. Il n’en faut pas plus pour que Sylviane, Sylvie-Anne pour l’état-civil, soit persuadée que sa mère et ses deux petits frères gisent au fond de la bagnole emplie d’eau. Morts noyés par sa faute. Pour la mère, « sa grosse pouffe de mère », ce n’est pas grave. Elle l’a bien cherché l’Aurore Boréale, Aurore c’est son prénom, Boréale, parce qu’elle vient du Nord, de la France, et qu’elle a connu le père de Sylviane grâce aux petites annonces du Chasseur Français. Ils se sont mariés en 1963 et Sylviane est née en 1964. Mais les petits, Louis et Capucine, rien que d’y penser, l’adolescente en est toute retournée. D’ailleurs elle décide de se jeter elle aussi dans la flotte mais sa mobylette dérape et c’est l’engin qui est englouti. Il ne lui reste qu’à rentrer à la maison, avec l’espoir improbable que tout cela n’est qu’un cauchemar.

Seulement dans la cuisine du pennti, petite maison bretonne, le couvert n’est mis que pour une personne et dans l’assiette est déposé le livret de famille. Une vision qui la perturbe encore plus.

Nous sommes au début mars 1982, et bouleversée Sylviane se remémore son enfance par bribes. Elle n’a pas eu la vie facile, Sylviane. Son père atteint de poliomyélite, il est handicapé d’un bras, mais pas du reste. Sa mère, Aurore depuis son mariage passe son temps à écouter des microsillons de ses idoles préférées, Johnny, Eddy, Sylvie… C’est pour cela que Sylviane s’est appelée Sylvie, avec l’ajout du nom de la sainte patronne de la Bretagne. Nés après elle ses deux autres frères , Johnny et Eddy ont été placés à la DDASS et depuis elle n’en a plus eu de nouvelles. L’Aurore ne s’est pas révélée maternelle, laissant le père, Mikelig, s’occuper de la gamine, du ménage, de la popote, malgré son infirmité. Ils ne sont pas riches, mais Mikelig qui travaille dans un C.A.T. bricole aussi pour les voisins et connaissances, réparant radios et télévisions. Ce qui lui a permis d’acheter la fameuse 2CV qui est au fond du canal. Puis sont arrivés Petit Louis et Capucine.

Sylviane tergiverse. Doit-elle ou non avertir les gendarmes ? Elle rentre chez elle, et s’informe auprès des voisines, l’Artiste et la vieille Channing, des femmes qui furètent partout, toujours à l’affût du moindre petit scandale, du moindre secret. Les cancanières du hameau qui tiennent le rôle du journal parlé du bourg. Non elles n’ont pas vu sa mère et les petits, mais elles aperçoivent le livret de famille que Sylviane s’empresse de ranger dans un tiroir. Alors elle se tourne auprès de ses autres voisins, Basile et Boris, surnommés les B&B, deux hommes qui vivent en couple, des homosexuels à n’en pas douter mais si gentils.

Boris prend les choses en main. Sylviane retourne sur les lieux en sa compagnie puis ils préviennent la gendarmerie depuis le café-tabac, un rade d’habitués qui refont le monde en parlottes qui ne mènent à rien, un boui-boui lieu obligé de rendez-vous avec son baby-foot et son téléphone indiscret. Une fois de plus Sylviane remâche ses souvenirs, ses treize ans, et le bon temps passé avec ses grands-parents paternels qui la choyaient, lui offraient l’amour maternel dont elle était frustrée.

Ceux de Menglazeg est le quatrième pan d’une saga familiale à lire indépendamment, ou non, puisque certains des personnages des précédents romans y font des apparitions évanescentes, et n’interfèrent en rien dans ce drame qui est presque un mélodrame rural. Quelques images fortes imprègnent ce roman dont l’action principale se joue entre deux dates : 1963 et 1982. Deux époques qui se juxtaposent, se télescopent, et qui mêlent sourires, rires même parfois, et tragédies. Parmi ces images fortes, le mariage d’Aurore et Mikelig. Le jour même du mariage, juste avant la messe de cérémonie le curé officie un enterrement. La carriole qui emporte le cercueil du défunt est tirée par un cheval recueilli auprès de bohémiens de passage. Ce n’est pas pour refouler les ardeurs des musiciens qui accompagnent les mariés. Seulement le cheval à l’écoute de cette aubade qui lui rappelle sûrement son enfance dans un cirque itinérant se met à danser, à tanguer à gauche, à droite. La marche funèbre se transforme en parade équestre. D’autres images moins drolatiques défilent et c’est toute une époque révolue qui revit. La cueillette des haricots, travail ingrat payé au compte-gouttes, pas pour des haricots mais presque. Les loisirs n’existaient pas ou peu. Sauf pour l’Aurore qui avait amené de chez elle son tourne-disque et ses microsillons. En ce coin reculé de la Bretagne, au nord de Quimper, dans les monts d’Arrée, le modernisme n’avait pas encore dénaturé le quotidien, les habitants vivaient chichement, mais étaient-ils plus malheureux que nous aujourd’hui qui avons tout ou presque ? Pas sûr. Sommes-nous plus heureux, alors qu’on en veut toujours davantage ?

Un beau livre sur la condition humaine comme Hervé Jaouen sait les écrire.

A lire également Les filles de Roz-Kellen, Ceux de Ker-Askol et Les soeurs Gwenan qui constituent les trois premiers volets de cette tétralogie.

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PAUL MAUGENDRE
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