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NICOLAS JAILLET

La Maison


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Le vendredi 27 Avril 2013

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Nicolas JAILLET




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Il y avait Martine la mère, Jean le père, et leur fils. Aujourd'hui, ce dernier raconte ce dont il se souvient. Pour compléter, car il n'a pas été témoin de tout, il imagine ce qui a pu se passer. Une famille débute par un mariage, naturellement. Même si “le plus beau jour de leur vie” reste un mythe. Une image de bonheur, qui ne correspond guère aux noces de Martine et Jean. Lui était ivre et querelleur. Elle, enceinte de deux mois, se montrait déjà fataliste. Elle n'avait nul besoin du réconfort de son amie Gisèle, ni d'autres personnes présentes. Martine épousait Jean sans amour, loin de toute passion. Un beau-père malade qui décéderait bientôt, une belle-mère attentive mais sans chaleur. Martine commence sa vie d'infirmière, tandis que Jean sera professeur d'EPS. Dès l'âge de sept ou huit ans, leur fils se met à observer ses parents. Peut-être les sent-ils mal assortis.

La famille s'installe dans leur nouvelle maison, à Dombrésy. Ce qui change peu de choses pour le fils. La mère va y créer sa pièce, une sorte de débarras : “Martine avait entreposé les objets que les autres jugeaient inutiles dans une sorte de cagibi... Cette pièce était rangée avec soin. Martine était la seule à y entrer. Elle n'y restait jamais longtemps. Elle rangeait. Mon père disait qu'elle trifouillait. Quand une assiette était ébréchée, ma mère refusait de la jeter. Elle l'emmenait dans son cagibi...” Entre son métier et cette nouvelle maison, rien n'est venu améliorer l'humeur de Jean. À part pendant les vacances, il est irritable, perpétuellement insatisfait. Un homme à vif, habité par une souffrance complexe que son fils ne peut mesurer correctement. Au sein du couple, la tension monte. Martine s'affiche stoïque, à moins que ce ne soit de l'indifférence.

Leur vie de famille autant que leur maison, tout cela ressemble à une cage. Une cellule de prison, où ceux qui y sont enfermés se côtoient sans exprimer d'affinités. La nervosité du père, les secrets de la mère, l'insouciance relative du fils, on serait en droit de penser que ça constituait un équilibre. Un fragile statu-quo, tel qu'en vivent beaucoup de gens. Mais la situation a sourdement basculé. En témoigne cet album-photo perso que Martine cache à ses proches. Et quelques autres discrètes initiatives qu'elle a prises, avant l'arrivée d'un courrier qui précipitera la suite...

Concernant Nicolas Jaillet et ses romans, une formule vient à l'esprit : “Il ne faut pas se fier aux apparences”. L'auteur s'affiche volontiers dilettante, ne semblant trop rien prendre au sérieux. D'ailleurs, après deux titres chez Après La Lune, c'est un petit éditeur qui publie son nouveau livre. Certes, ses romans-jeunesse “Intruse” et “Clandestine” sortirent chez Hachette. Et son excellent “Sansalina” a été réédité en Folio Policier.

Pourtant, il continue à suivre les chemins buissonniers de l'édition, flânant sans jamais se tracasser de ces questions. Ni des formats, puisque “La maison” est un roman court. Ni des sujets, cette histoire nous présentant une famille si ordinaire qu'elle frise la banalité. Derrière ces trompeuses apparences, Nicolas Jaillet est un perfectionniste. Au fil de la lecture, on s'aperçoit que son texte est ciselé, peaufiné dans les moindres détails. Telle anecdote insérée dans le récit paraît inutile, voire superficielle ? Tel sentiment exprimé ou refoulé n'a guère d'intérêt ? Le quotidien se décrit ici de manière épurée. Tout cela ne sert pas seulement à dessiner le portrait de ces personnages, soyons-en sûrs. Car, ainsi que le suggère Marcus Malte dans la préface, c'est une construction parfaitement mise en place qu'a voulu l'auteur. Nul besoin de rajouter des ornements, ou des pages supplémentaires. Rien de bancal, aucun colmatage approximatif, pas de vice caché. Le résultat est “de la belle ouvrage”. Jaillet est un auteur plein de talent, lisez-le.

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Une autre lecture du

La Maison

de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY
Préfacé par Marcus Malte, ce petit opus de Nicolas Jaillet (120 pages) est tellement inattendu qu’il est entré d’office dans le panthéon de mes meilleures lectures. Etonnant roman noir où n’apparait pas l’ombre d’un képi, où les malheurs sociaux n’ont pas de place. Une famille, française, moyenne, sans histoire. Papa prof, Maman infirmière. Un fils unique. Le narrateur  est ce fils, racontant, arrivé à l’âge adulte, le climat de violence sourde et la détresse de son enfance. Sa mère l’a-t-elle aimé ? Il arrive à la certitude désolée que oui. Son père aussi, sans doute. Alors ? Alors cela ne suffit pas à rendre heureux quand un ciel menaçant, lourd de son mystère, pèse aussi fortement sur une famille. Mené de main de maître, le fil narratif fait le portrait d’une femme construite autour du secret, du projet. On sent tout l’amour du fils pour la femme d’exception qui pourtant l’a abandonné, un jour… La montée de la tension, subtile, implacable, fait craindre le pire tout du long. Cependant : habileté, talent… c’est tout autre chose qui survient. Rue du Départ : encore une petite maison d’édition, récente, qui fait montre d’un beau talent, subtile, sachant mettre en avant celui d’un jeune écrivain doué.
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