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HAMPTON HAWES

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Hampton HAWES




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Parmi l'élite du jazz des années 1930 à la décennie 1960, il y eut les célébrités appréciées d'un large public, et puis les professionnels respectés. À la demande des stars, les seconds participèrent aux enregistrements des plus connus. Des producteurs avisés ont fait faire des disques à ces jazzmen, qui n'étaient pas que des accompagnateurs compétents. Peut-être les passionnés français de jazz ont-ils moins retenu leurs noms. D'autant que certains se produisirent rarement en Europe, ou disparurent trop tôt. Pourtant, au-delà du talent, il faudrait se souvenir du pianiste Hampton Hawes. Car son parcours fut assez fascinant.

Hampton Hawes naquit en 1928. Il était l'un des enfants d'un pasteur noir rigoriste de Los Angeles. Étant jeune, il sentait peu le poids de la ségrégation raciale, aussi est-ce plutôt contre son père qu'il se rebella. “Le piano a été la première chose honnête et sûre de ma vie; je pouvais m'y confronter quand je voulais, réussir ou merder. Direct, rapide.” Dès l'âge de dix-neuf ans, il s'intègre dans le milieu du jazz, tendance be-bop. Il a la chance de jouer avec le légendaire “Bird”, Charlie Parker. Pour acquérir davantage d'expérience, il rejoint New York. C'est au cours d'une tournée sur la côte Est que lui apparaît la réalité de la ségrégation. Bien que des tas de filles, y compris des Blanches, soient attirées par les musiciens, Hampton n'en profite pas plus que nécessaire. D'ailleurs, il se mariera bientôt avec Jackie, qui sera son épouse méritante durant vingt ans.

Le vice d'Hampton, c'est la drogue. Protectrice envers lui, la mythique Billie Holiday l'avait pourtant prévenu de ne pas plonger. Si sa carrière de jazzman débute bien, Hampton est rapidement accro à l'héroïne. En 1952, compte tenu de son addiction et sachant que la guerre de Corée se termine, il pourrait éviter l'armée. Bien qu'indiscipliné et ayant besoin en permanence de came, son réel patriotisme le conduit au Japon, alors occupé par les Américains. Il y vit des aventures agitées entre drogue, orchestre militaire et jazz. Son temps de soldat se termine par un an de prison, ce qui ne suffit pas à le désintoxiquer.

De retour en Californie, il obtient un contrat dans une maison de disque. Oscar Peterson le recommande à son agent, afin qu'il soit engagé dans des tournées. L'œil paternel d'Oscar Peterson continuera toujours à veiller sur lui. Un autre géant du jazz aidera autant qu'il le pourra Hampton Hawes, c'est Thelonious Monk. Avec sa bienfaitrice Nica Rothschild, ils font le maximum. Mais, malgré les succès d'Hampton, il dégringole jusqu'à se trouver dans un triste état. Les cures de désintox n'y changeront pas rien. En 1958, il est arrêté et condamné à dix ans de prison, à cause de la drogue. Il ne fera que la moitié de sa peine, car il parvient à obtenir la grâce du Président des États-Unis en personne. Cette fois, il est clean quand il reprend sa carrière. Le jazz déclinant en Californie, il devrait profiter de son voyage en Europe pour se faire un nom. Hampton n'est pas assez arriviste pour ça.

Hampton Hawes est décédé en 1977. Trois ans plus tôt, il publia cette autobiographie, mise en forme par Don Asher. Le jazzman s'y raconte à la première personne, avec son langage. Il réussit ainsi à transmettre non seulement les éléments majeurs de sa vie, avec de savoureux détails, mais surtout les sensations profondes qui l'ont animé. La drogue ne rime pas avec lucidité. Si ça n'a jamais perturbé son instinct de musicien, son addiction a pesé sur tout ce qui était personnel. Sur le plan professionnel, il est reconnu comme un des plus doués pianistes, mais n'en tire pas assez parti. Il ne se pose pas en puriste, mais admet quelques-unes de ses erreurs. L'image de ses amis du jazz morts prématurément le hante probablement bien plus qu'il ne l'avoue dans ce livre.

Quant à son regard sur les Noirs, il ne réagit pas en militant. “On a tant de divisions, tant de nuances de couleur, que ça nous a pris un temps fou pour avancer […] Ce qu'il faut se rappeler c'est que l'ennemi, c'est l'ignorance, pas les Blancs. Il ne faut pas se gourer car le jour viendra où les nègres ne pourront plus crier à l'injustice ni se servir comme béquille de la couleur qu'ils ont reçu en héritage. Qu'ils s'enfoncent bien ça dans le crâne !” S'il évoque les émeutes du quartier de Watts, en 1965, en constatant par la suite une petite amélioration pour les Noirs, il garde sa neutralité. Ce qui est une forme de sincérité. Voilà un formidable témoignage sur une époque de l'Amérique, autant que sur l'univers du jazz dont il n'idéalise pas le contexte. Passionnant !

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