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ROBERT HARNUM

Poursuite


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Le jeudi 22 Mars 2013

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Robert HARNUM




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Parmi les très bons auteurs trop éphémères, il faudrait se souvenir de Robert Harnum. Né en 1947, cet universitaire américain de l’État du Maine pratiqua le biculturalisme, aimant la France autant que son pays natal, parlant parfaitement le français. Il publia quelques titres chez Le Masque, avec le soutien de l'éditrice Hélène Amalric : "Le festin des lions" (1998), "La dernière sentinelle" (1999, réédition J'ai Lu 2002), "Poursuite" (2001), "Une ballade américaine" (2002, réédition J'ai Lu 2004). En réalité, il était apprécié en France et au Québec, mais inconnu aux États-Unis où il n'intéressait pas les éditeurs.

Dans le cas de "Poursuite", il fut inspiré par l'histoire de Lilith, première épouse d’Adam. Créée comme son égale, elle s’enfuit pour échapper à la domination de l’homme. Elle est considérée comme démon féminin. Avec ses narrations parallèles, l'écriture ne manque pas de style, même si le premier tiers du roman apparaît lent. Le personnage sympathique du Doc Gatchell permet au lecteur de le traverser malgré une mise en place longuette. L’histoire devient prenante à partir du deuxième tiers, le troisième confirmant l’intérêt. Les réactions humaines sonnent très juste. L’auteur n’oublie pas un brin d'humour, ironisant sur certains protagonistes. S'il y a ici une large part médicale, le contexte est beaucoup plus riche. Un suspense singulier, à redécouvrir.

Depuis son retour à Brewster (Nouvelle-Angleterre, États-Unis) Lilith Hastings n’est plus la même. Sa mère l’a remarqué. Jim, depuis longtemps le fiancé de Lillith, décide de faire hospitaliser la jeune femme en proie à une crise d’angoisse. On consulte le vieux Doc Gatchell, 82 ans, toujours actif. Il détecte une erreur de diagnostic du jeune Dr Weinbauer (qu’il surnomme Docteur Crétinus). Il voit dans les symptômes l’indication d’une maladie virale. Pourtant, le problème est-il plus physiologique ou psychologique ? N’est-ce pas une difficile réadaptation au milieu baptiste et puritain dont Lillith est issue ? La nuit suivante, elle subit une terrible crise. Heureusement, Doris Cunningham – compétente infirmière chef, – intervient avec l’aide d’un médecin-chercheur de passage à l’hôpital, le Dr Susan Thomas. Le vieux Doc est alerté. Bien que l’état de la patiente se soit stabilisé, il constate grâce aux analyses sanguines «une sorte d’infection tropicale». Mais comment expliquer cette apparente indifférence de Lillith ? Bientôt, Doc comprend qu’il s’agit de la rage – aujourd’hui extrêmement rare chez les humains. Il trouve même une trace de morsure.

En parallèle, retour sur le séjour en France de Lillith Hastings quelques mois plus tôt. Enseignante à Paris, elle raconte sa rencontre avec un homme insolite. Son puritanisme l’incite à refuser de s’avouer amoureuse. L'homme est si loin de sa vie ordinaire, de Jim, des codes américains ! Elle devait partir au début de l’été. Elle est restée. Enceinte, elle a interrompu sa grossesse à sa demande à lui. Leur aventure s’est poursuivie jusqu’au printemps. Histoire d’amour incertaine. Si Lllith est partie, elle n’est pas immédiatement revenue aux Etats Unis... Par ailleurs, un homme a entrepris un voyage en Afrique. Dans un pays en état de guerre (révolutionnaire ou inter-tribale) il remonte le fleuve sur une barge de voyageurs. Un guérisseur autochtone lui évite une infection causée par un insecte. L’homme approche du but, de ce village perdu.

Le Dr Arnold Pearlman, du centre de prévention des risques sanitaires, est un ami de Susan Thomas. Ce chercheur atypique (fan de Frank Zappa et de Johnny Mathis) définit rapidement la maladie : Rage type IV Bénin. Un virus mal identifié, car on l’a cru disparu. Cela nécessite la mise en quarantaine non seulement de la chambre 268, mais de toute la section G de l’hôpital. Ce qui déplaît fortement au chef du service, plus relations publiques que praticien. Un con, selon le vieux Doc et Susan Thomas. Sa gestion de la crise sera déplorable, laissant la porte ouverte à toutes les rumeurs. Lillith reste étonnement consciente malgré la progression du mal incurable, faiblissant physiquement quand même. C'est dans l'expérience africaine de la jeune femme que réside l'explication...

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