Les Violents De L’automne GEORGET169

PHILIPPE GEORGET

Les Violents De L’automne


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Le mardi 2 Aout 2012

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Philippe GEORGET




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Les sanglots longs des violents de l'automne blessent mon cœur d'une longueur monotone et résonnent sur les arbres, les terrasses, les toits et la Tramontane s’en donne à cœur joie !

Je sais, ce n’est que de l’à peu près (je demande pardon à Paul Verlaine), mais ce n’est pas Gilles Sebag, inspecteur au commissariat de Perpignan, qui me jettera le premier vers, lui qui est habitué à détourner les proverbes, maximes et autres aphorismes. Genre, lors d’un repas, la pépie vient en mangeant. Un humour potache qui lui permet de mettre de côté ses petits problèmes familiaux et professionnels. Toujours hanté par une éventuelle infidélité de sa femme Claire, il est sollicité par sa fille Séverine pour s’immiscer dans une enquête non officielle. En effet Matthieu, le frère d’une de ses amies d’école, a été tué dans un accident alors qu’il roulait en scooter. Il a été percuté par une camionnette mais selon la sœur de Mathieu, tout n’est pas clair dans cet accident et les policiers jugent l’affaire close. D’ailleurs le conducteur de la camionnette, qui est un alcoolique avéré, jure qu’un véhicule blanc a brûlé un stop l’obligeant à dévier de sa trajectoire, engendrant l’accident malheureux et tragique. Sebag promet à sa fille d’étudier le dossier et voir s’il peut dénicher quelque chose qui infirmera les conclusions de ses collègues, durant ses temps libres. Seulement une autre affaire plus délicate requiert pour l’heure toute son attention.

Le cadavre d’un vieil homme, Bernard Martinez, d’origine pied-noir, a été retrouvé bâillonné, menotté, assassiné d’une balle dans la nuque. L’assassin a laissé ses empreintes un peu partout mais elles sont inexploitables car non recensées, non référencées. Détail intrigant, sur la porte d’entrée les lettres OAS ont été dessinées à la peinture noire. Pour ceux qui, comme le jeune inspecteur Lambert, ne connaissent pas le sigle OAS, cela signifie Organisation Armée Secrète, des militaires rebelles qui essaimèrent les attentats et les cadavres entre 1961 et 1962, voulant à tout prix que l’Algérie resta dans le giron de la France. Le meurtre remonte à une semaine.

Une stèle érigée, dans le cimetière du Haut-Vernet de Perpignan, où figure l’inscription "aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l’Algérie" ainsi que les noms des principaux chefs de l’OAS qui furent condamnés à mort après la signature du traité qui mettait fin à la guerre d’Algérie et conférait à ce pays son indépendance, cette stèle a été endommagée. Or tout comme dans la pièce où a été assassiné Martinez, un cheveu blanc est retrouvé dans les graviers par la police scientifique. Les premiers soupçons se portent sur une association de pieds-noirs et Sebag s’informe auprès du président ainsi que du trésorier. Ils affirment n’être en rien dans le meurtre et les dégradations mais les doutes subsistent. Il faut remonter le temps, envoyer un policier à Marseille afin que celui-ci se renseigne auprès d’un historien spécialiste de la guerre d’Algérie, effectuer un travail de recherche minutieux. D’autant qu’un deuxième cadavre est retrouvé mort, abattu par la même arme qui a servi à envoyé Martinez au pays de ces ancêtres. Presque, car il sera inhumé en France tandis que ces ancêtres reposent en Algérie. Une photo ainsi que l’apport non négligeable de témoignages vont permettre à Sebag et ses collaborateurs, Llach, Molina, Ménard et quelques autres, de remonter le fil d’une enquête particulièrement retorse. D’autant que Sebag n’oublie pas la promesse faite à sa fille.

Différents types de personnages gravitent dans ce récit, comme dans la vie courante : les profiteurs, les opportunistes, les idéalistes et ceux qui veulent protéger leur statut de victimes afin de se sentir vivants et non absorbés dans la masse. Une nostalgie qui confine à la mélancolie étreint les uns tandis que la vengeance anime les autres.

Sebag est en proie aux doutes : dans ses enquêtes, car il suit souvent ses intuitions alors qu’il ne possède aucune preuve pour étayer ses présomptions et ses soupçons. Les mêmes doutes concernent la fidélité de sa femme Claire, pourtant il n’a rien à lui reprocher mais il se pose des questions. Des questions d’ailleurs il s’en pose souvent, mais il est réceptif aussi. Ainsi, ce qui choquait le plus Sebag dans la France d’aujourd’hui, ce n’était pas l’indifférence ou l’égoïsme, c’était qu’on y trouve plus de donneurs de leçons que de donneurs d’exemple. Mais certaines tâches qui sont confiées aux policiers deviennent des routines auxquelles il a du mal à s’habituer. Le procès-verbal est à la réalité sensible et complexe ce que le camembert industriel est à la gastronomie normande.

Philippe Georget met l’accent sur une situation qui perdure, cinquante ans après les événements, celle des pieds-noirs et du rejet des métropolitains à leur encontre. Nés en Algérie, obligés de quitter leur pays, ils vivent en communautés et Albouker, le président des anciens d’Algérie explique cet état de fait. Il y a deux choses qui unissent encore aujourd’hui notre communauté. La première est l’amour de ce pays perdu. La seconde est l’incompréhension, voire l’hostilité des autres Français devant cet amour encore intact. Philippe Georget ne juge pas, il ne prend partie ni pour les uns ni pour les autres, il ne se pose pas en juge ou en avocat, il explique les conditions dans lesquelles évoluent ces expatriés ou exilés. Et comme le déclare l’un des protagonistes : En période de guerre, les repères et les valeurs ne sont plus les mêmes qu’en temps de paix. Quant tout est calme, c’est facile d’avoir des idées généreuses et de grands principes moraux. En période guerre, c’est une toute autre affaire… Vous avez quatre heures pour me rendre votre copie. Et vous pouvez vous inspirer des Bretons, des Auvergnats et autres représentants de l’hexagone obligés de quitter leurs régions afin de trouver du travail et qui ne sont pas toujours accueillis bras ouverts.

Mais l’intrigue, ou plutôt les intrigues qui s’imbriquent les unes dans les autres, n’est pas linéaire et le lecteur peut suivre en même temps quelques épisodes qui s’échelonnent de décembre 1961 à mai 1962. L’ombre du lieutenant Degueldre de sinistre mémoire plane sur ce roman tout comme dans le roman de Maurice Gouiran, Sur nos cadavres ils ont dansé le tango.

Que dire de ce roman : Philippe Georget confirme agréablement les espoirs que nous nourrissions en lui dans ces deux premiers ouvrages, et nous attendons avec une impatience nous déguisée sa prochaine livraison. Mais un livre de cette ampleur, de cette profondeur ne s’écrit pas en quelques semaines, il faut du temps pour construire une intrigue habilement maîtrisée et intégrer la vérité historique à la fiction.

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Ce fut avec regret que nous nous étions séparés du duo de flics perpignanais, Sebag – Molina, au terme d’un été où tous les chats s’ennuient. Très naturellement, nous les retrouvons au son des violents de l’automne, lorsque s’endort la nature pendant que d’autres s’apprêtent à passer l’arme à gauche.

Le premier quidam, qui empruntera ce chemin sans retour, sera un modeste retraité, Bernard Martinez, découvert bâillonné et menotté, une balle dans la nuque… Mais tout ceci ne serait que broutilles ordinaires pour l’inspecteur Gilles Sebag si sur l’une des portes de l’appartement de la victime l’assassin n’avait dessiné, à la peinture noire, le sigle de l’Organisation Armée Secrète plus connue sous le nom d’OAS.

Pour Sebag la situation est d’autant plus délicate qu’il soupçonne sa femme d’infidélité et qu’il a promis à sa fille d’enquêter discrètement sur les causes de l’accident de circulation qui a couté la vie à l’un de ses amis.

Et voilà que l’atmosphère s’alourdit dans la communauté des Français d’origine pieds-noirs lorsqu’une stèle à la mémoire de leurs martyres est détruite.

Existe-t-il un lien entre le meurtre de Bernard Martinez et la destruction de ce monument commémoratif ? Si Gilles Sebag conçoit qu’un casseur de pierres se métamorphose en meurtrier, il rechigne à envisager le mouvement inverse.

 

Philippe Georget ressuscite, sans manichéisme outrancier, la période sanglante qui marqua la fin de la guerre d’Algérie, l’indépendance du pays et l’exode des populations d’origine européenne y vivant depuis une centaine d’années. A coup d’analepses, il dresse le portrait de ces activistes qui voulaient que l’Algérie demeure à tout jamais française et qui pensaient que la terreur était l’arme qui assurerait leur victoire. D’abord dirigée contre les populations autochtones, elle s’abattit ensuite sur les barbouzes d’Etat, avant de cibler les appelés puis les civils désirant quitter le pays.   

Philippe Georget s’abstient de tout jugement quant à ce conflit, il se contente d’ébaucher une brève histoire du devenir de chacun. Et c’est là que se révèle la force de son intrigue : rien n’est ce qu’il semble être. La cause des meurtres des anciens activistes n’est pas liée au combat pour l’Algérie Français, même si elle y puise ses racines, mais plus généralement aux avatars de la décolonisation.

 

Et c’est avec gourmandise, que le lecteur se laisse conduire par l’écriture fluide et précise de ce grand romancier, jusqu’aux portes de l’hiver.

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