Cartons GARNIER151

PASCAL GARNIER

Cartons


Aux éditions ZULMA


Visitez leur site

2116

Lectures depuis
Le samedi 12 Fevrier 2012

fleche Soutenez RayonPolar en achetant
cartons

sur
Amazone

fleche
fleche

Pascal GARNIER




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Alors que sa femme Emma journaliste est partie en Egypte pour un reportage, Brice s’occupe du déménagement, ce qui n’est pas une mince affaire. Il quitte leur logement lyonnais pour s’incruster dans un petit village de la vallée du Rhône, Saint Joseph. Ils avaient découvert cet endroit deux mois auparavant et Emma avait tout de suite été enthousiasmée par cette grande maison rénovée par un entrepreneur. Le déménagement se passe bien, grâce aux professionnels de l’entreprise, quant à l’aménagement c’est plus compliqué. Installer les meubles dans les pièces adéquates ne requiert guère de subtiles recherches d’emplacements. Pour les cartons, c’est autre chose, malgré l’étiquetage. Brice préfère qu’Emma soit là pour l’aider. D’ailleurs il en veut à Emma de ne pas être présente à ses côtés dans cette tâche qui demande tout de même une certaine organisation. Alors tout est entassé dans le garage, cartons empilés les uns sur les autres. Salle de bain, vêtements, livres et tous ceux portant l’inscription Divers.

Il s’installe dans le garage, s’aménageant un lit de camp.

Il éventre des cartons à la recherche d’une boîte de conserve. Il n’a pas vraiment faim, il n’est pas gourmand, il n’en a même pas le goût, juste parce que s’il ne se nourrit pas, l’être humain meurt. Et puis il se promène, dans la grande rue qui ressemble à un goulet. Peu de commerces, une boulangerie fermée ce jour là, une pharmacie, une coiffeuse, et des grappes d’enseignes de vignerons. Il pense en permanence à Emma qu’il a connue lors d’un vernissage. Il est proche de la cinquantaine, elle a à peine trente ans, mais ils se sont rapprochés comme deux aimants irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Il est illustrateur pour des albums pour enfants, Emma est toujours par monts et par vaux, Togo, Tanzanie, un sourire, une bise et au-revoir à la prochaine fois.

Chez Martine, la coiffeuse, il aperçoit Blanche, une jeune fille ou femme, tout de blanc vêtue, pure et virginale à qui l’on peut donner aussi bien seize ans ou soixante. Au bureau de poste où il demande quelques cartes afin d’informer ses relations de son changement d’adresse, la guichetière lui fait la même réflexion entendue chez la coiffeuse. Il ressemble à une personne qui vivait dans le village. Pour s’occuper, il se promène, tournant le dos à la nationale qui contourne le bourg et il emprunte une chaussée qui prolonge la grand-rue, jusqu’à une espèce de cascade. L’eau est fraîche, il peut s’en rendre compte physiquement en tombant dedans, glissant sur des galets. Il est trempé et un pied le fait souffrir. Une entorse probablement, mais c’est comme tout, il ne faut jamais faire d’entorses à un chemin tracé.

Blanche ! Elle est un peu naïve mais si gentille. Ils parlotent, ils comblent leurs solitudes, elle vient voir la télévision chez lui, dans le garage, il prend le thé chez elle, elle lui offre des sachets de soupe, ils se construisent des relations indéfinies. Elle lui propose même de lire un poème composé par son père. Un père dont elle parle souvent, mort depuis dix ans, qui l’a élevée, remplaçant sa mère morte alors qu’elle était toute jeune. Mais ce n’est pas pour cela qu’il oublie Emma, au contraire. Il fait même installer le téléphone au cas où elle lui téléphonerait, on ne sait jamais, l’espoir n’est pas interdit. Mais ce sont les parents d’Emma qui appellent, qui le dérangent, qui lui parlent de choses qu’il n’a pas envie d’entendre. En farfouillant dans ses cartons, il retrouve un buste de Camillo, l’interprète de Sag Warum. Il en fait don à Blanche qui est aux anges. Et puis un chat venu d’on ne sait d’où s’installe, Brice lui offre du lait, le chat sa compagnie et sa chaleur.

Outre cette histoire mettant en scène des personnages banals, presque insignifiants, errant dans un quotidien martelé par les cloches de l’église proche, le style narratif de l’auteur accroche l’attention. Et on se surprend à relire deux fois la même phrase, non pas parce qu’on ne l’a pas comprise, mais pour en savourer le charme. Les dialogues entre Brice et Blanche sont savoureux, entre découverte et complicité. La candeur de Blanche l’amène à émettre des conseils judicieux, issus de la sagesse populaire, confortés par des métaphores déclinées comme des proverbes : Vous devriez poser des rideaux à votre fenêtre, dans un village il faut toujours des rideaux bien épais. Une fenêtre sans rideau c’est comme un œil sans paupière.

Brice s’enfonce dans cette vie sans Emma, comme une plongée dans un inconnu, un désert, tandis que Blanche aspire à découvrir le monde grâce à la télévision. Son émission préférée est celle où des objets inutiles sont proposés à la vente, genre dénoyauteur de pastèques, ficus en plastique à feuille caduque, et plus incroyable mais vrai, masse corporelle pour anorexique. Mon père n’aimait pas la télévision. Il disait que ça rend bête. Moi j’aime bien la télévision. Je n’ai pas peur d’être bête. Brice aime la compagnie de Blanche. Il avait tant besoin d’être deux.

Pascal Garnier joue avec le lecteur, il enrobe sa vision du monde avec dérision, jusqu’à l’épilogue. Peu à peu il soulève le coin du voile sur Brice, par doses homéopathiques, il le laisse s’engluer irrémédiablement, et on se prend d’affection pour cet homme déboussolé par la défection d’un être cher dont on apprend progressivement, par petites touches, avec pudeur, pourquoi Emma n’est pas présente.

Retrouvez
PAUL MAUGENDRE
sur
leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/

Autres titres de
pascal garnier



Comment Va La Douleur

Demain, On Lève L’ancre

Flux

La Place Du Mort

La Théorie Du Panda

Le Grand Loin

Les Hauts Du Bas

Les Insulaires Et Autres Romans

Lune Captive Dans Un œil Mort

L’a26

Nul N’est à L’abri Du Succès

Parenthèse

Trop Près Du Bord

Vieux Bob

livrenpoche
Chercher pascal garnier



 
 

Les réclames du RayonPolar

Pour votre publicité, contactez le site

Pub sur RayonPolar

Sur les 32200 pages du Site
chiffres Google Le mercredi 3 Novembre 2011

1.84 euros au format Kindle
4.91 euros au format broché
sur








En accédant à ce site marchand par l'intermédiaire de ce lien vous soutenez financièrement le RayonPolar






Site dédié au Polar (roman policier)
Si vous entrez directement sur cette page,
Retrouvez ses nouvelles en ligne, ses critiques de polars, de films, de séries TV
Sa liste de revues et sa galerie de couvertures de polars anciens.
Visitez le Rayon Polar
Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.
- Benjamin Disraeli (1804-1881), homme politique britannique

















Pinterest
(C) Les textes n'engagent que leurs signataires
RayonPolar
La majorité des illustrations de ce site sont des reprises des couvertures de la collection Néo et sont signées de
Jean-Claude Claeys.

Reproduit ici avec son aimable autorisation
Pour visiter son Site
Pour acheter des originaux
Cliquez sur l'image
RayonPolar