Requiem Pour Le Juge FORTIN77

ANDRE FORTIN

Requiem Pour Le Juge


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Le mardi 30 Juin 2010

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André FORTIN




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Comme toutes les espèces en voie d’extinction, le juge d’instruction devrait bénéficier du statut particulier de la protection. Mais comme les gamins qui saccagent volontiers les œufs dans les nids d’oiseaux, des hommes politiques ont signé sa disparition. Et bientôt il ne vivra plus que par les écrits des romanciers, comme on peut retrouver le sabotier, le maréchal-ferrant et autres petits métiers d’antan sous la plume d’écrivains de la fin du XIXème siècle et début XXème. Heureusement André Fortin, qui fut lui-même juge d’instruction, nous invite à partager la vie d’un magistrat avec la compétence et l’impartialité d’un homme de terrain. Je sais que certains pourront objecter que l’actualité judiciaire recèle quelques bavures, à cela je rétorquerai que parfois le procureur devrait être également mis en cause, car le plus souvent il agit en fonction de ses intimes convictions, tandis que le juge d’instruction lui le fait en fonction des pièces du dossier qu’il en a sa possession. Je referme les guillemets que d’ailleurs je n’avais pas ouverts.

Le juge Galtier est un homme qui ressasse la nuit, surtout lorsqu’il a des petits problèmes conflictuels, comme ce soir-là avec sa jeune femme. Et dans ces cas là, il dort mal. En pleine nuit, alors qu’il s’est réfugié sur le balcon, il est troublé par des bruits bizarres et découvre avec surprise qu’un homme vient d’atterrir à ses pieds. Ange Simeoni, petit malfrat bien connu des services de police, vient de s’inviter chez lui. Il est poursuivi, selon ses dires, par des hommes qui ne lui veulent pas forcément du bien. Le lendemain Galtier informe l’inspecteur Juston, un policier avec lequel il aime travailler, et lui demande de retrouver son visiteur du soir. L’homme a déserté le foyer conjugal. Mais un juge n’a jamais qu’un seul dossier à traiter, et Galtier, qui a été juge pour enfant, est contacté par la jeune Fatima qui s’inquiète pour son frère Rachid. Celui-ci n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours, et elle pense qu’il suit un mauvais chemin et aurait été embrigadé par des hommes louches, peut-être proches d’une section terroriste islamiste. Camilla (en réalité elle s’appelle Camille, mais ça fait mieux ainsi), la secrétaire de Charlie Sacomano, est retrouvée morte et ce décès n’est pas du à un suicide. Sacomano magouille dans l’immobilier, mais il a le temps de déménager les pièces compromettantes avant la perquisition des policiers et du juge. Toutefois un tout petit bout de papier avec un morceau de timbre révèle aux tests du laboratoire scientifique que l’enveloppe provenait des iles Caïmans. Quelles relations entretenait Sacomano avec ce paradis fiscal ?

Le lecteur comprendra bien vite que ces trois affaires sont implicitement reliées, mais comment, pourquoi, et quelles en sont les finalités, telles sont les questions qu’il pourra légitimement se poser. L’intérêt de ce roman ne réside pas en l’intrigue, pas uniquement, mais dans les réflexions politico-judiciaires émises par l’auteur qui sait ce dont il parle. De la cuisine interne, genre « c’était une pratique des procureurs, culpabiliser les juges, comme le fait le gouvernement d’ailleurs : ne libérez pas les gens sinon vous serez responsable de tout ce qui pourra arriver ! Et après on s’étonne du désastre d’Outreau où un juge complaisant a maintenu des innocents en tôle plus que de raison... ». Mais l’antagonisme juge d’instruction procureur de la République n’est pas le seul sujet d’achoppement des récriminations d’André Fortin. Il pointe du doigt les juges d’instruction de la section antiterroristes, dont « la proximité avec le pouvoir, les ministres de l’intérieur et de la justice, rend nécessairement suspects juges et procureurs antiterroristes savamment choisis pour faire partie de cette équipe de cow-boys et de rouleaux compresseurs ». Rappelez-vous la fameuse affaire de Tarnac, là c’est moi qui ajoute mon grain de sel ! Et André Fortin enfonce le clou en laissant son personnage principal, le juge Galtier, s’exprimer ainsi : « les flics antiterroristes et surtout les juges de la même engeance, étaient-ils des individus normalement constitués ? La fameuse culture du résultat qu’on leur avait inculquée, et qu’ils avaient d’ailleurs assimilée avec enthousiasme, ne les avait-elle pas totalement pervertis ? ». Je pourrais aller plus loin et évoquer d’autres sujets de critiques, mais ce serait par trop déflorer ce roman qui sort du cadre de la pure fiction. A lire donc, sans œillères et sans idées préconçues.
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Une autre lecture du

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L A

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Requiem pour le juge… 

Comme s’il vous racontait que, dans un immeuble luxueux d’un émirat, quatre hommes se seraient rencontrés.
Comme s’il vous racontait que, ce groupe d’hommes, qui se seraient rencontrés dans un luxueux immeuble d’un émirat, serait constitué d’un Catalan, d’un Suisse, d’un Marseillais et un certain Al Walid, un parent du despote régnant sur ce pays.
Comme s’il vous racontait que, cet Al Walid ne rêverait que de posséder des morceaux de d’Espagne, de Suisse et de France.
Comme s’il vous racontait que, les affaires de cet Al Walid se seraient fissurées dans une Espagne aux prises avec la crise immobilière et se seraient fracassées en Suisse, où la législation se résumerait « au droit du plus suisse »
Comme s’il vous racontait que, cet Al Walid miserait maintenant sur Marseille. 

Il ne vous raconterait que du conditionnel de littérature, puisque « Ce roman est une fiction » 

Comme s’il vous racontait que, le Marseillais ne serait qu’un petit magouilleur qui n’hésiterait pas à rencontrer un iman, aux relents extrémistes, prêchant dans les sous sol de Marseille.
Comme s’il vous racontait que, le Marseillais, qui n’hésiterait pas à rencontrer un iman, prendrait pour maîtresse sa secrétaire.
Comme s’il vous racontait que, la secrétaire de ce Marseillais, qui n’hésiterait pas à rencontrer un iman, aurait été retrouvée assassine à son domicile.
Comme s’il vous racontait que, les soupçons de la police se porteraient sur ce Marseillais. 

Il ne vous raconterait que du conditionnel de littérature, puisque « Ce roman est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé, serait donc purement fortuite » 

Mais que dire lorsque André Fortin écrit en guise de conclusion à sa fiction :
« En France (…) on parle de supprimer le juge d'instruction. Les systèmes mis en place depuis quelques années pour neutraliser les plus dérangeants ne suffisent plus, on veut décidément faire disparaître cet ultime garant d'une justice ouverte à tout citoyen et menaçante à l'égard de tout délinquant. Ce n'est pas que cette justice ait été efficace, loin s'en faut, mais elle existait. Les démocraties sont fondées sur des idées, des valeurs, des principes et aussi des illusions de ce genre. Si, après avoir bafoué les principes et méprisé les idées, on supprime aussi les illusions, la démocratie ne sera plus qu'une pauvre défroque à la merci des clans et des gangs en tout genre, y compris ceux portant costume-cravate. » 

Peut-être qu’il est par trop attaché à « La Princesse de Clèves » ou aux valeurs des « Lumières » pour s’extirper entièrement du réel.           

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