L'honorable Société DOA235

MANOTTI DOA

L'honorable Société


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Le mardi 16 Mars 2011

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Manotti DOA




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

Au royaume du « noir », Manotti et DOA sont au firmament.

L’une est réputée pour la solidité de ses recherches, son abord très universitaire engagée des problématiques choisies.

« Lorraine Connection » parmi les derniers, avait entraîné mon adhésion : dossier solide, documenté, un abord plein d’humanité. Je m’étais trouvée moins convaincue par « Bien connu des services de police ». Certes, tout aussi documenté et crédible, mais… juste, le sentiment d’un trop plein, d’une surcharge de faits tous très sombres…Trop c’est trop, et l’accumulation de preuves décrivant la police française sous ce jour négatif était sans doute trop inquiétant pour avoir envie d’y croire ? Honte à mon esprit bourgeois et étriqué ? Il faut croire puisque le roman et son auteur ont été récompensés par le « Trophée 813 » 2010.

 DOA, c’est encore une autre affaire. L’écriture, chez lui, procède d’un style fort, peut être implanté dans une volonté effrénée de convaincre son lecteur, de ne rien louper du paysage dans lequel il implante ses intrigues. Il brosse des tableaux vastes, ne répugnant pas à affronter les fresques continentales  sur fond d’espionnage comme avec « Citoyens clandestins ». Capable aussi du noir plus modeste, mais pas moins convaincant avec « Le serpent aux mille coupures » plus intimistes, franco français, très  terroir.

 « L’honorable Société » ne se lit pas sans la curiosité récurrente du « qui a fait quoi ? ».  Certes, c’est à toujours le cas quand deux auteurs sont associés sur la couverture. Sans doute me trompé-je… mais… je peux aussi voir juste, non ?

Dominique Manotti. Les faits, les journaux, les recoupements. La curiosité inlassable de ce que cache plus que ne révèle la presse, la certitude que dans les sphères du pouvoir, seule la fin importe mais une humanité sans doute typiquement féminine avec beaucoup de tendresse pour ses personnages.

DOA. Le rythme qui pulse, l’oeil qui saute, les personnages âpres, les dialogues bruts. L’œil qui tue sur le système, et c’est là que les deux se rejoignent.

Voyons donc ce que cette société (en petit sur la couverture quand honorable est en plus grand) nous raconte.

L’aventure est ici dressée comme prétexte pour faire vivre la toile de fond : les négociations sordides qui entourent la prise de pouvoir démocratique mais crapuleuse quand même d’un certain hyper candidat boosté par un appétit effréné du pouvoir et un narcissisme absolu.

 Le roman ouvre sur le meurtre d’un policier par deux ombres noires surprises à son domicile, meurtre improbablement capté par des écolos que le système va broyer. Ce trio vert-noir presque isolé lutte contre le nucléaire, ici incarné par le flic détaché auprès du CEA.

Ce meurtre « accidentel » procède de la nécessité pour le parti au pouvoir dont le candidat est en pleine campagne, de découvrir ce que peut savoir le flic en question. Mal planquées sous le tapis, de sombres tractations sont destinées à obtenir toujours plus de fric et à assurer la mainmise d’un clan sur l’économie française

Que nous disent Manotti-DOA : qu’un certain patron d’une grosse entreprise de BTP, la plus grosse de France –ici travestie en femme pour corser ce qu’il faut quelques scènes - s’achète un président en prenant sa compagne électorale en charge. Un personnage de président caractériel, communicateur creux, grand baiseur devant l’éternel, que sa femme finit par quitter en pleine campagne…- Un président qui remboursera en cédant le joyau de l’industrie française, Areva, pour un prix minable. On comprend vite le titre !

Toute ressemblance etc. L’avertissement ne figure pas, pas du tout, nulle part, et pour cause. Qui y croirait ?

Remplacez PRG par Bouygues, Areva par Alstom…

Dominique Manotti a pour habitude de dire : « Tout ce que contiennent mes romans est sous vos yeux… dans la presse, éparpillé. Moi, je fais la collecte et je redonne du sens au tout que je reconstitue. »

On peut faire deux lectures de ce roman. Une lecture politique, engagée, et laisser sa cervelle faire le flipper entre les souvenirs des grands titres des années passées –ce n’est pas si vieux tout ça- et les lignes du roman.

On peut aussi se laisser porter par l’intrigue, prendre à cœur le sort de la malheureuse écologiste,  idéaliste exploitée par son amant, qui cherche désespérément un sens au gâchis qu’elle a fait de sa jeune vie. On peut aussi prendre fait et cause pour le père qui se bat pour elle ou le flic qui lutte pour garder un peu d’estime de lui-même.

 Dans tous les cas, la lecture est de qualité, et la série noire n’a pas à rougir de ce titre.

  329 p 18€

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JEANNE DESAUBRY
sur
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