La Marque De L’orage DAVID-MARTIN281

VERONIQUE DAVID-MARTIN

La Marque De L’orage


Aux éditions PASCAL GALODE

410

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Le vendredi 2 Septembre 2012

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Véronique DAVID-MARTIN




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Les maîtres de l’orage, tome 1.

Île et elle, une symbiose.

 

Leur fille étant de santé fragile, les parents de Marwen ont décidé de s’installer sur l’île verte, au large de Quimper. Marwen, douze ans, est plus mature que le laisse présager son âge. Ses ennuis de santé lui ont forgé le caractère et surtout elle aime lire. Et puis, elle est en permanence, ou presque, en compagnie du Manac’h, une sorte d’ange gardien qui ne garde pas grand-chose, ne la protège de rien, qui se tient près d’elle sous forme d’enveloppe fantomatique. Au début ses parents ne voulaient pas croire en ce qu’ils pensaient être un délire, une affabulation, alors elle a cessé d’en parler. Seul son père a fait semblant d’accepter cette entité invisible aux yeux de tous, et il a offert à Marwen un carnet, qui se ferme avec un petit cadenas, afin qu’elle consigne ses pensées, ses réflexions, un peu un journal secret.

 

Sa mère est infirmière, originaire de l’île, et son père est médecin, ce qui a grandement soulagé les insulaires lors de son installation. Malgré la présence de sa petite sœur Anaïk, Marwen s’ennuie un peu. Et puis elle appréhende la rentrée scolaire. Elle ne connait personne. Heureusement, sa mère a la bonne idée de prendre à son service Marie-Louise qui raconte de si belles histoires pendant qu’elle effectue ses taches ménagères. Des légendes qui alimentent l’imaginaire de Marwen.

 

La rentrée scolaire s’effectue sous des auspices peu engageants. Marwen devient le souffre-douleur de Katel Le Coven, toujours accompagnée d’une petite cour de gamines prêtes à rire de ses bêtises. Alors Marwen se tourne vers sa nouvelle voisine de pupitre, Gaïd, une fille un peu simplette qui est la fille du boulanger. Mais surtout elle fait la connaissance de Gaël, le fils du cafetier, qui ne fréquente pas l’école et qu’elle voit de temps à autre en compagnie de James, le fils du châtelain, un adolescent handicapé par la polyo et qui se meut en chaise roulante. Entre Gaël, qui a perdu sa mère tout jeune et dont le corps n’a jamais été retrouvé, et Marwen s’établit une amitié qui réchauffe le cœur de la jeune fille.

 

Les prémices de l’orage s’amoncellent sur l’île. D’abord c’est l’annonce de la guerre entre la France et l’Allemagne. Les hommes du village sont mobilisés, dont le père de Marwen. Il part pour le front, participer à la drôle de guerre comme a été surnommé ce temps de latence avant l’invasion effective. Quant à Marie-Louise, elle gagne le continent, obligée de soigner une parente souffrante.

 

Marwen est attirée par la forêt proche et un jour elle voit un personnage inquiétant flanqué d’un chien qui lui fait peur. Et puis elle rencontre aussi Maïa, la rebouteuse, qui vit au fond de la forêt dans une clairière. Maïa est considéré comme une sorcière, et, parait-il, il veut mieux ne pas la fréquenter. Sur un banc en granit derrière lequel elle s’était cachée afin de ne pas se faire remarquer par Katel, elle a aperçu une étoile à six branches. Or la même étoile est gravée sur le linteau de la porte d’entrée de la chaumière de la sorcière. En repartant de chez Maïa elle se perd. Pourtant Maïa lui a bien dit de se fier à son instinct, à ce qu’elle appellera son don de double-vue. Elle est retrouvée mal en point et elle ne sait pas si elle a rêvé ou vécu ce qui est inscrit dans son esprit. Le cerf blanc notamment, et bien d’autres événements qui ne sont que les prémices d’une aventure dont elle sera l’héroïne. L’Elue comme lui répète Maïa.

 

C’est en janvier 1940 que le second souffle de l’orage va se manifester, alors que Gaël et Marwen se tiennent chacun de leur côté au bord de la fenêtre de leur chambre respective, les deux maisons n’étant séparées que par un passage étroit, et s’amusent comme ils en ont l’habitude. Une boule de feu traverse ce couloir, juste entre leurs deux mains qui se touchent. Une boule de feu qui ne sera pas sans conséquence.

 

Premier volet d’une trilogie dont les deux autres volumes sont prévus pour paraître dans quelques mois, La marque de l’orage est un roman plein de charme et nous plonge dans le merveilleux de notre enfance. Un roman inscrit dans une époque trouble, le début de la seconde Guerre mondiale, avec pour décor une île pleine de mystère engluée dans les légendes bretonnes et les superstitions. Véronique David-Martin joue avec les nerfs de ses lecteurs, incluant les passages fantastiques dans des scènes de tous les jours, recréant la vie d’un village dans une existence quotidienne qui est si proche et pourtant si loin. Les pleureuses par exemple, veillant une morte avant ses funérailles, l’école partagée entre deux classes distinctes, la mixité n’existant pas encore, les blouses grises, le couple d’instituteur, le mari directeur d’école et qui enseigne aux garçons, sa femme responsable des filles, et bien d’autres petits faits qui livrent une note réaliste à ce roman. Un roman prometteur, qui donne envie de lire la suite, car évidemment des zones d’ombres sont tapies, des personnages ont légèrement disparu de la circulation, et le secret des Maîtres de l’orage n’est pas totalement éventé. Et le temps va sembler long en attendant la parution des tomes 2 & 3 : Le Vertige du Rhombus et La voix de l’Egrégore.

Un roman dont les adultes et les adolescents se délecteront car tous, grands et petits, y trouveront leur compte, à condition d’apprécier le merveilleux, le fantastique, ainsi que le plaisir de recouvrer une âme d’enfant.

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