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FRANCOIS ET ETI DARNAUDET ET B

Les éditions Du Scorpion, De Boris Vian à Maurice Dekobra


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Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
 Suivi de Boris Vian, le pasticheur plagié : un plagiat britannique de Vernon Sullivan par Etienne Borgres.

Tout le monde, ou presque, a entendu parler des Editions du Scorpion, ne serait-ce que grâce, ou à cause, des romans sulfureux de Boris Vian sous pseudonyme : J’irai cracher sur vos tombes, Les morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux ou encore Elles se rendent pas compte. Mais limiter la production des éditions du Scorpion au seul Boris Vian, et ce malgré toute son aura et son talent, serait réducteur car le catalogue ne se contente pas à la publication de ces quelques ouvrages.

En effet on découvre que le catalogue des éditions du Scorpion était éclectique, proposant aussi bien des classiques comme Ferragus de Balzac, un livre extrêmement rare à dénicher mais dont la publication ne semble pas mise en doute, ou encore Miss Henriette Stralson du Marquis de Sade publié à 1200 exemplaires selon une publicité parue dans le numéro 42/43 de Bibliographie de la France, l’ancêtre de Livres Hebdo, en octobre 1946. Si ces deux titres inauguraient le catalogue, avec Rongetout-Trapue et Trotinette-Moustachue, texte d’Alexis Remizov, illustrations de Jean Cagnard, un petit ouvrage de 16 pages qui semble être un essai avant le plongeon dans le grand bain, de nombreux auteurs deviendront célèbres aussi bien dans le domaine policier que généraliste.

Dans la catégorie romans policiers on trouve Raymond Marshall, plus connu sous le nom de James Hadley Chase, ou Pierre Salva qui livra de nombreux romans par la suite aux éditions du Masque, qui à l’époque étaient connues sous le nom de Librairie des Champs Elysées, de Maurice Raphaël qui se fera connaître par la suite sous le nom d’Ange Bastiani, de Thomas Narcejac et Terry Stewart dans un titre évocateur, Faut que ça saigne, Terry Stewart n’étant autre que Serge Arcouët alias Serge Laforest qui fit les grandes heures du Fleuve Noir, et Thomas Narcejac, avant son association avec Pierre Boileau qui était l’auteur d’un essai La fin d’un bluff un peu en contradiction avec ce roman et dans lequel il fustigeait le roman noir. Dans la catégorie plus ou moins généraliste, deux romans signés Sally Mara traduction de Michel Presle, les deux noms cachant le futur Raymond Queneau. Je pourrais ajouter à ces quelques auteurs James Cain pour Coups de tête suivi dans le catalogue par Appel des sexes signé par… Marthe Richard, célèbre pour avoir fermé les maisons closes en France. Mais bien d’autres auteurs figurent au tableau de chasse de Jean D’Halluin, le créateur des éditions du Scorpion. Je me contenterai de citer Dominique Rocher, qui publia par la suite de nombreux romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir et de Jacques Sadoul, qui devint directeur littéraire chez Frédéric Ditis, grand promoteur de la SF en France et auteur de nombreux ouvrages et dictionnaires sur la littérature populaire, ainsi que le grand pourvoyeur de romans d’aventures Maurice Dekobra qui s’imposa avec une douzaine de titres, devançant Vian/Sullivan qui eut l’heur de voir sept titres publiés chez cet éditeur.

S’entourant de spécialistes comme Franck Evrard, bibliophile émérite, Dominique Rocher qui fut auteur au Scorpion, et quelques autres qui apportent leurs connaissances et leurs témoignages, François Darnaudet et Etienne Borgès ne se contentent pas de recenser les ouvrages parus, mais proposent un historique des éditions du Scorpion de 1946 à 1969 et qui se divise en quatre périodes. Un historique complété d’anecdotes ainsi que des illustrations de couvertures.

Dans la seconde partie de cet ouvrage Etienne Borges nous invite à nous pencher sur un roman anglais publié en 1951 signé Griff : I spit on your grave, qui est quasiment le titre de J’irai cracher sur vos tombes faussement traduit par Boris Vian de I shall spit on your graves signé Vernon Sullivan et publié en 1948. Quasiment le titre mais quasiment aussi l’intrigue. Un plagiat en quelque sorte mais à l’époque qui s’en est ému et a brandi l’étendard Hadopi ?

Etant génération livre concret et non virtuel (ce qui est un peu contradictoire avec la tenue d’un blog qui lui est bien virtuel !), je regrette que cet essai sur les éditions du Scorpion ne soient pas proposé en version papier mais je comprends fort bien la démarche de François Darnaudet et d’Etienne Borgers du site Polar Noir. Qui oserait éditer un tel essai, un opuscule consacré à une maison d’éditions qui connut des hauts et des bas, au catalogue impressionnant, éclectique, parfois confidentiel, mais qui n’a vraiment marqué son époque que par la publication des romans de Vian/Sullivan, malgré de très bons auteurs. Mais les lecteurs modernes, qui sont à la pointe du progrès, ne se refuseront certainement ce petit ouvrage littéraire intéressant.

Un très gros travail de recherche historique et de référencement du catalogue de la part des auteurs, sur une maison d’éditions qui n’a pas livré tous ses secrets.

 

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