Les Carnets Secrets D’agatha Christie CURRAN231

JOHN CURRAN

Les Carnets Secrets D’agatha Christie


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Le lundi 2 Janvier 2013

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John CURRAN




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Avec deux nouvelles inédites d’Hercule Poirot. (Agatha Christie’s secret notebooks, fifty years of mystery in the making – traduction de Gérard de Chergé ; Réédition des éditions du Masque 2011)

Bon nombre de lecteurs se demandent, à juste raison, comment travaille, écrit un(e) romancier(e), comment s’organise sa journée, d’où lui viennent ses idées, et autres questions fondamentales qui bientôt n’auront plus de réponses à cause de l’informatique. Existera-t-il des traces des différentes versions, des suppositions, des idées jetées en l’air ou sur écrit, des ratures, des renvois, comme cela pouvait et peut encore être découvert grâce à certains manuscrits soigneusement conservés dans des bibliothèques.

John Curran grâce à un hasard extraordinaire, mais pas tant que cela si l’on considère qu’un admirateur aura toujours plus de chance de découvrir des perles rares qu’un lecteur lambda, a pu mettre la main sur soixante-treize carnets appartenant à Agatha Christie, sachant que certains ont dû se perdre au fils des ans.

Le petit-fils de la célèbre romancière, Mathew Prichard, et John Curran se sont rencontrés à Calgary au Canada, lors de la création mondiale d’une des toutes dernières pièces d’Agatha Christie, Chimneys, et ils ont sympathisé. C’est ainsi que John Curran devient un visiteur fréquent de la propriété sise à Greenway avant même que le National Trust organise de nombreux travaux de rénovation, invité par Mathew Prichard et sa femme. Et qu’il est amené à trouver rangés dans une petite pièce du deuxième étage, des éditions originales de livres, des manuscrits, des lettres et des contrats, des photos, des coupures de presse et un carton ordinaire. Ordinaire, pas tant que cela puisqu’il contient une collection de vieux cahiers d’écoliers.

John Curran est subjugué par sa découverte, et il passe des heures dans cette pièce à relever notes, noms, lieux, dates, à comparer, à remettre en ordre, car si ces cahiers ou carnets, de tailles et d’épaisseurs différentes sont numérotés, c’est dans un ordre aléatoire, prémisses à un véritable dépouillement jamais mené au bout.

John Curran se plonge dans ces carnets avec la jubilation, l’excitation dû à la découverte d’un trésor, et il passera des heures, des journées, des semaines, à compulser, trier, comparer, analyser, décrypter parfois, des mots, des phrases, des idées, des noms, des interrogations, des ratures, traquant l’écriture serrée, patte de mouche, qui évolue au fil des ans. Un véritable fourre-tout : Pour elle [Agatha Christie], ces blocs-notes sans prétention étaient un simple outil de travail, pas plus précieux que le stylo, le crayon ou le Bic qu’elle prenait pour les noircir. Ses carnets lui servaient d’agendas, d’aide-mémoire, de blocs pour messages téléphoniques, de journal de bord, de livres de comptes pour la maison ; elle les utilisait pour rédiger des brouillons de lettres, pour faire des listes de cadeaux à l’occasion de Noël et des anniversaires, pour griffonner des listes de choses à faire, pour répertorier les livres lus ou à lire, pour gribouiller des itinéraires de voyages… Sir Max, son mari, s’en servait pour faire des calculs, Rosalind s’en servait pour ses exercices d’écritures et tout le monde s’en servait comme marques de bridge.

Comment s’y retrouver dans tout ce fatras, sans une bonne dose de patience, de persévérance, de pugnacité, de volonté, d’obstination, de constance, de concentration, d’amour du livre et des vieux écrits, personnifiant le rat de bibliothèque dévorant métaphoriquement tous ces papiers qui traînent à sa portée et dont il se délecte ?

Parmi ces scories, John Curran découvre de petites pépites, des ébauches d’histoires jamais écrites, des personnages manquants, réutilisés dans d’autres romans ou nouvelles, de nombreuses interrogations sur les motivations, les mobiles, les occasions, Agatha se livrant à des spéculations, dressant une liste de possibilités, prenant note du travail restant à faire. Et John Curran recense toute cette activité de recherche, exemples à l’appui, en douze chapitres en abordant certains des romans et nouvelles rédigées par Agatha Christie, replaçant l’histoire dans le contexte, abordant les relations avec l’éditeur, avec ses confrères ou consœurs, dans le cadre du Detection Club ou autre, des auteurs qui à leur époque connaissaient un très grand succès tels que G. K. Chesterton, Dorothy L. Sayers, John Dickson Carr, Rex Stout, Anthony Berkeley, E.C. Bentley, Freeman Wills Crofts, mais pour la plupart tombés en désuétude ou quasiment oubliés.

John Curran met en avant le recyclage, qui n’est pas l’apanage d’Agatha Christie, de nouvelles en romans, comme L’Incident de la balle du chien (nouvelle inédite complétant ce recueil) devenant Témoin muet, l’assassin étant changé.

Agatha Christie connaissait son travail, pourtant afin de complaire à son éditeur, elle accepte parfois, rarement, de procéder à des ajouts à un manuscrit déjà bouclé. Ce qui est le cas de La nuit qui ne finit pas, et ses ajouts alourdissent le texte initial et introduisent des incohérences. Or le lecteur ne sait pas forcément que ces hiatus ne proviennent pas d’un manque de rigueur de la romancière mais des exigences d’un éditeur mal inspiré.

La Capture de Cerbère, le douzième et dernier travail d’Hercule, nouvelle qui devait paraître dans le Strand à la suite des onze premiers, qui le furent entre novembre 1939 et septembre 1940, fut refusée par les responsables du magazine. Mais ils ne lui en demandèrent pas une nouvelle version. Le nouveau texte parut lors de l’édition en volume, reprenant une grande partie de l’intrigue de la première. Et c’est en compulsant les carnets d’Agatha Christie que John Curran a pu retrouver la première version et la proposer à la fin de cet ouvrage avec sa genèse. Mais pourquoi donc ce refus ? Tout simplement parce que le personnage d’August Hertzlein est le portrait mal déguisé d’Hitler, nouvelle écrite avant le début de la Seconde guerre mondiale. Un cas unique dans la carrière littéraire d’Agatha Christie qui déclarait en 1970 à son éditeur italien Mondadori : Je ne me suis jamais intéressée le moins du monde à la politique. Hercule est bien évidemment Hercule Poirot, et l’on connait sa vantardise et son immodestie. Pourtant on ne peut qu’approuver cette pensée qui pourrait s’appliquer à certains de nos hommes politiques français actuels : Les hommes doués d’une grande intelligence étaient rarement de grands leaders ou de grands orateurs. Peut-être parce qu’ils sont trop malins pour se laisser prendre à leurs propres discours.

Un ouvrage qui permet de mieux comprendre le succès des romans d’Agatha Christie, un succès qui ne se dément pas, ses sources d’inspiration, sa façon de travailler, de peaufiner son intrigue, de l’abandonner pour mieux la reprendre ou de se servir d’idées non exploitées dans un manuscrit pour en écrire un autre…

En un mot un ouvrage qui se lit… comme un roman policier et qui donne envie de relire la production christienne. Et comme le souligne John Curran, si l’on lit un Agatha Christie par mois, il faudra plus de sept ans pour boucler la boucle, et on pourra recommencer car on aura oublié, logiquement, le premier lu.

 

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