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GEORGE C. CHESBRO

Bone


Aux éditions RIVAGES NOIRS

910

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Le dimanche 14 Octobre 2013

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George c. CHESBRO




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

En voyant les policiers, les SDF n'avaient qu'un seul mot d'ordre : Tous aux abris !

Dans les quartiers pauvres de New-York, Manhattan, Le Bronx, Bowery, sévit un tueur qui systématiquement s'attaque aux sans-abris, aux déshérités. Il les décapite, ne laissant sur les lieux de son crime que le corps. Le tueur disparait avec la tête de ses victimes, macabre trophée.

La plupart de ceux qui trouvent refuge sous des cartons, sous des porches d'immeubles, sur des bancs publics, dans des abris-bus, sont réduits à l'état de loques humaines à cause de la drogue, de l'alcoolisme, du chômage, de la maladie, de l'adversité.

Parmi eux, Bone, un sans-abri un peu spécial. Miséreux mais propre, il déambule dans les rues depuis un an, un os fossilisé à la main. Amnésique, il a même perdu l'usage de la parole. Jusqu'au jour où, miraculeusement ou à la suite d'un choc, après quarante-huit heures passées accroupi dans la boue, sous la pluie de Central Park, il recouvre la possibilité de parler.

Recueilli par Ann Winchell et Barry Prindle qui travaillent pour la Human Resources Adminsitration, une association caritative, il est soupçonné par la police, en particulier par le lieutenant Perry Lightning, d'avoir assassiné vingt-huit clochards. Il portait au cou une médaille appartenant à la dernière victime et ses mains, les manches de sa veste étaient poisseuses de sang.

Ali Hakim, un psychiatre d'origine pakistanaise, tente bien de l'interroger, mais Bone ne se souvient de rien. Il se sent dans la peau d'un inconnu. Seuls quelques brèves flashs fugitifs lui traversent l'esprit, mais il ne parvient pas à les associer à quelque chose de concret. Qui est-il ? Il n'en sait rien. Coupable, il veut bien se rendre à la justice, mais tout d'abord il veut en avoir la preuve matérielle. Il faut démontrer sa participation aux meurtres ou découvrir qui est à l'origine de ces massacres. Surtout il veut savoir qui il est et comment il est parvenu à cet état de déchéance.

Une bande de jeunes voyous commandée par un albinos nommé Lobo le traquent. Bone replonge dans l'enfer de la rue. Hébergé dans un centre pour sans-abri, une espèce de refuge camp de concentration, il est en butte aux exactions des gardiens. Il erre dans les rues à la recherche de son passé, de son identité, du moindre indice qui lui permettra de subir un choc capable de le faire renouer avec ses antécédents. S'il trouve des amis disposé dans cette quête, il trouve également sur son chemin des personnages qui s'acharnent à le voir plonger un peu plus dans l'horreur. Comme s'il était particulièrement visé, comme s'il détenait un secret préjudiciable à une tierce personne.

Le thème du personnage amnésique qui doit se défendre bec et ongles contre des accusations de meurtres, qui doit prouver son innocence, ce thème a été souvent exploité dans le roman noir, dans le roman policier. Pourtant George C. Chesbro avec Bone renouvelle le genre, le transcende presque, y apportant la touche de sensibilité, l'humanisme nécessaire à faire comprendre le désarroi d'un homme atteint d'amnésie et perdu dans une ville hostile.

George C. Chesbro va plus loin en entraînant son lecteur dans le dédale des quartiers mal famés de New-York, mais également dans, ce qui est à ma connaissance une première, les souterrains de la métropole, les galeries, les catacombes. Une ville dans la ville, creusée parfois depuis des centaines d'années et inconnue du grand public. Un monde souterrain d'où devrait jaillir paradoxalement la lumière.

Mais Bone c'est également un cri de désespoir, un réquisitoire. Ainsi un personnage s'exprime en ces mots violents : Vous êtes libre ici, mais ça signifie également que vous êtes libre de dégringoler, d'avoir faim, d'être malade, de perdre votre toit. Bien sûr on ne vous laissera pas mourir. Mais dans ce pays, quand vous perdez, vous perdez pour de bon. On vous donne juste de quoi survivre, et en échange on vous vole votre amour-propre. Cette société ne vous laisse pas mourir, elle vous en donne envie. L'Amérique est un endroit terrible, vraiment terrible, si vous glissez du barreau de l'échelle, ou si vous n'avez jamais réussi à trouver l'échelle.

Réflexion désabusée qui malheureusement ne s'applique pas aux seul Etats-Unis.

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