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RENEE BONNEAU

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Renée BONNEAU




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Sous titré Sur les pas de Méliès.

En ce mois de juin de l’année 1902, les vues animées, qui aujourd’hui sont appelées tout simplement films, prenant le nom du support sur lesquelles elles étaient imprimées, détrônent peu à peu les dioramas et les musées anatomiques. Les badauds qui se pressent à la foire de Neuilly sur Seine, fête qui fait suite à la foire du Trône, forment une longue file d’attente devant les cinématographes sous chapiteaux. Le brigadier Berflaut de la sûreté parisienne, afin de faire plaisir à sa femme Marguerite et sa fille Madeleine, une jeunette de quinze ans issue d’un précédent mariage et dont la mère est décédée alors qu’elle était encore enfant, déambulent dans la foule et sont irrésistiblement attirés par la programmation du Cinéma Mondain de Jérôme Dulaar. Marguerite est costumière chez Méliès et ce sera une occasion pour elle de voir les films auxquels elle a participé. L’homme à la tête en caoutchouc, Barbe-Bleue et l’Eruption de la montagne Pelée sont des œuvres de Méliès, qui a su donner une autre dimension par rapport aux premiers films signés des frères Lumières. Les trucages apportent ce petit plus qui fait frémir les spectateurs. D’ailleurs pendant la projection de l’Eruption de la montagne Pelée, une odeur de brûlé et de la fumée envahissent le chapiteau. Mais il ne s’agit pas d’un nouvel effet spécial dû au génie de Monsieur Méliès comme l’appellent les inconditionnels de ces représentations. Rapidement tout ce petit monde est prié de gagner la sortie, sans bousculade. Toutefois, Berflaut et Robert Fresnot, journaliste et neveu de Marguerite, dont Madeleine est amoureuse malgré la grande différence d’âge, les deux hommes donc se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’un incident mais d’un acte incendiaire volontairement perpétré.

Des prospectus sont retrouvés sur lesquels sont inscrits « Plus de cinéma ! Plus de catastrophe ! ». Ce qui renvoie à un autre incendie meurtrier cinq ans auparavant, celui du Bazar de la Charité, incendie déclaré lors d’une projection cinématographique. Une piste, mais d’autres se profilent : jalousie et rivalités entre forains et banquistes, anciens employés remerciés pour malversations, ou encore méfait orchestré par un parent des victimes de l’incendie du Bazar. Le commissaire de Neuilly signale à Berflaut avoir reçu les mois précédents des lettres d’habitants de Neuilly se plaignant des activités « des romanichels, sales et voleurs ».

Quatre forains tiennent un chapiteau dédié aux films de Méliès mais seulement trois d’entre eux sont intéressés par les nouveautés dont le célèbre Voyage dans la Lune ainsi qu’une reconstitution sur l’Affaire Dreyfus. Et il semble que ce film ne plait guère à tous. Certains des présentateurs de films sont victimes de dégradations. L’un d’eux est même retrouvé mort, assassiné, des morceaux de pellicule dans la bouche et un piquet planté dans un œil. La corrélation avec l’affiche du Voyage dans la Lune est évidente. Ce qui l’est moins, c’est l’intrusion dans l’atelier de Méliès durant une de ses absences, et des vols dont le réalisateur est victime.

Ce nouveau roman de Renée Bonneau continue à explorer l’univers abordé dans ces précédents romans, soit la vie artistique à la fin du XIXème siècle, début XXème. Casque d’or par exemple est évoquée, prostituée du nom d’Amélie Elie et les rivalités entre Leca, chef des Apaches de Belleville et Manda, ancien voyou reconverti comme charpentier. Mais si l’intrigue est sérieusement traitée, ce sont les à-côtés qui prévalent. Ainsi l’ambiance délétère qui subsiste, entretenue par les antidreyfusards et les antisémites, lesquels se trouvent dans toutes les couches de la société, jusque dans les rangs des policiers. La vindicte, souvent alimentée par des revues et magazines d’obédience cléricale, est non seulement dirigée envers les Juifs mais également envers ceux qui ont défendu l’honneur de Dreyfus notamment Emile Zola. Autre fait qui est mis en avant, c’est le piratage des films réalisés par Méliès, piratage organisé par des concurrents et des distributeurs, dont Pathé pour ne pas nommer cette société. A l’époque où des textes de loi, style Hadopi, veulent protéger les « majors » cinématographiques et musicales, contre des téléchargements illégaux, il est intéressant de noter que ceux qui se proclament spoliés n’hésitaient pas à utiliser de moyens illégaux pour s’approprier des œuvres.

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