Une lecture de L ADès les premières pages nous comprenons que ce polar va s'ordonner autour des « exploits » d'un serial killer qui a choisi Marseille et ses calanques comme théâtre d'opérations. Constater que le Silence des Agneaux étend son emprise jusqu'au littoral méditerranéen n'est pas de nature à surprendre le lecteur à tendances cinéphiles. Encore une histoire de tueur en série se dit-on, quelque peu dubitatif. Que nenni ! car la première empreinte émerge singulièrement du lot, jusqu'à frôler le sublime et à mettre au tapis quelques auteurs venus d'outre-atlantique qui assèchent la corde du pathogène à trop l'exploiter. Ici point de psychopathe, au penchant nazi, que guident ses pulsions sexuelles, sa haine des femmes, des arabes, des noirs ou des portoricains. Ici point de victimes « innocentes », abattues au hasard des mauvaises rencontres et aux coins des rues sombres. Au contraire, chaque meurtre est calculé, réfléchi et mis en scène, à tel point que derrière chacun d'eux se dissimule souvent plusieurs victimes, parfois complices involontaires du tueur. Synthèse de tous les genres, la première empreinte mêle avec talent le style procédural au gore le plus cru, le roman historique à la peinture sociale… et se permet même un clin d'œil au « mystère en chambre close »… un clin d'œil explicatif des mobiles du tueur. Au procédural, ce roman emprunte la construction. Durant ses 400 pages, nous suivons pas à pas l'enquête qui conduira la police jusqu'au tueur, un passionné de préhistoire qui s'identifie aux premiers hommes, à ces chasseurs et qui trucide ses victimes à coup de hache de silex. Mais c'est par la véracité de ses personnages que ce polar se différencie de la production habituelle. Chacun des protagonistes y est campé avec précision, aussi bien les premiers rôles que les rôles fugaces. Que ce soit le juge d'instruction, la fille du truand, le curé, les victimes, le faux coupable… chacun prend vie au fil des pages et laisse, lorsqu'il disparaît, le souvenir de sa présence. Tout ceci n'est, bien sûr, possible que grâce au talent de Xavier-Marie Bonnot. Grâce à son écriture, vivante précise et rythmée, grâce à sa documentation tout aussi ¦précise, il rend crédible cette l'histoire, cette irruption de la préhistoire dans notre monde. Mais aussi parce que Xavier-Marie Bonnot maîtrise parfaitement les procédés qui ont fait la gloire des plus grands. Son personnage principal, le commissaire (pardon le commandant) De Palma, dit le Baron (faut-il y voir des clins d'œil ?), possède tous les attributs des héros qui hantent les polars : sa passion, l'opéra ; ses faiblesses, il n'aime pas le pastis mais il en boit pour faire comme tout le monde ;ses amis, Maistre son coéquipier au Quai des orfèvres avant leur mutation à Marseille ; son histoire, professionnelle et affective ; sa froideur, genre l'inspecteur Harry ; ses peurs et paniques… Et lorsque commence la série de meurtres « préhistoriques », le Baron termine une autre enquête. Cette sorte de pré-générique ( dans le style de ceux qui précédent les films de Jean Bond ou d'Indiana Jones) donne immédiatement le ton et laisse entendre qu'avant que nous ne découvrions le Baron celui-ci existait déjà. Il l'introduit dans la durée, ce qu'on ne peut que souhaiter ardemment
|
Autres titres de Xavier-Marie Bonnot
La Bête Du Marais
La Voix Du Loup |