Qui Veut La Peau D'andreï Mladin ? ARION152

GEORGE ARION

Qui Veut La Peau D'andreï Mladin ?


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George ARION




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

1983 - Traduction de Sylvain Audet-Gӑinar. Parution 12 février 2015. 216 pages. 22,50€.

On se pose tous la question...

Se réveiller avec une tête aussi lourde qu'un autocuiseur après une bonne nuit bien arrosée, cela peut arriver à tout le monde. Mais se réveiller avec un mort à côté de soi, ce l'est moins. Surtout lorsque la trogne de ce cadavre vous dit quelques chose mais que vous êtes incapable de mettre un nom dessus.

Et Andreï Mladin, journaliste à Bucarest et accessoirement écrivain de romans policiers, ne trouve pas d'autre solution que de s'en débarrasser. Le plus urgent est de le transporter à la cave, seulement pour y accéder, il faut éviter certains pièges, dont celui inévitable constitué par l'omniprésence de madame Margareta qui, dès qu'elle entend un bruit, suspect ou non, se tient sur le pas de sa porte. Passons allègrement sur le fardeau, autant physique que psychique que doit endurer le journaliste, pour déposer son protégé derrière une porte du sous-sol, et revenons quelques temps en arrière afin de mieux comprendre pourquoi il était dans un tel état d'ébriété la veille au point de ne se souvenir de rien.

Tout commence lorsque chargé de rédiger un entretien avec la belle Mihaela, violoniste réputée, il rencontre la jeune femme chez ses parents, le docteur Comnoiu et sa femme. L'entrevue entre le journaliste et la violoniste s'engage sous d'heureux auspices, surtout pour Mladin qui tombe sous le charme de Mihaela. Faut avouer que la musicienne ne manque pas de beauté, d'élégance et d'avantages en nature qu'elle sait exploiter :

Elle était grande, ondulait gracieusement une taille de guêpe, tout en arborant des hanches capables de faire renoncer un régiment entier à sa solde. Son jean soulignait la longueur de ses jambes, sûrement capables de parcourir en moins d'une heure les soixante kilomètres Bucarest-Ploieºti. Son chemisier blanc et sans froufrou était, à un endroit précis, tout aussi bombé que la voile d'une frégate en pleine course.

Si le docteur Comnoiu n'apprécie guère le rapprochement manifeste entre sa fille et le journaliste, d'autres personnes semblent ne pas être d'accord sur les amours naissantes et parfois houleuses, ça arrive à tout le monde, entre les deux tourtereaux.

Le pare-brise de la voiture de Mladin en fait les frais par quatre fois, il reçoit des lettres anonymes, et se fait même agresser. Ses soupçons se porte sur le père revêche, mais surtout sur Marian Sulcer, le Don Juan de service, le bellâtre de feu, et il l'apprendra peu après de Ion Parfenie, l'ingénieur en électronique mais surtout le fiancé évincé. Et peut-être d'autres personnes à qui il pourrait faire de l'ombre, allez savoir.

Revenons à notre cadavre qui est un peu trop encombrant. A cause d'une fuite d'eau et des pompiers présents, Mladin est tout en eau, et en sueur car la chaleur sévit sur Bucarest. Alors il décide de transporter le cadavre, tout en se méfiant des yeux inquisiteurs et presque ubiquistes de madame Margareta. Il l'enveloppe dans un tapis, une solution très souvent utilisée dans un roman policier mais on n'a pas encore trouvé mieux que la malle plus lourde à transporter, et le dépose dans un chantier. Enfin il reconnait en ce corps baladeur celui de Valentin, un serviteur du docteur Comnoiu, et Maria, sa femme, est aux abois de ne pas retrouver son mari. Elle informe Mladin qu'elle possède des renseignements, qu'elle veut les lui communiquer, et doit se présenter chez lui. Zut, un coup de fil de Mihaela lui donne rendez-vous dans un café, c'est urgent et pressé. Tellement pressé qu'il poireaute pendant plus d'une heure, que Mihaela ne se pointe pas au rendez-vous mais qu'il découvre à son retour Maria allongée chez lui, sous la garde de son chat Mécène, et ce n'est pas pour faire la sieste.

George Arion prend le prétexte du roman policier pour décrire la Roumanie telle quelle est lorsqu'il rédige son roman, c'est-à-dire sous la tutelle de Ceaucescu. Ce n'est pas un roman politiquement engagé, mais George Arion griffe avec dérision et ironie les événements et surtout les privations que subissent les Roumains.

Ainsi la fouineuse Margareta a assisté de sa fenêtre l'algarade entre Mladin et deux inconnus. Seulement je n'ai pas réussi à voir grand chose. Ils étaient à la hauteur du lampadaire dont on a enlevé l'ampoule pour faire des économies d'énergie. Mais pour autant le pays pense à la sécurité de ses concitoyens, et s'il faut procéder à des restrictions pour économiser l'énergie, il faut également penser aux rentrées d'argent : D'autant [que ma voiture] a un flair incroyable pour dépister les radars. Y'a pas à dire, elle est comme son maître ! Elle aime respecter la loi !

Et la loi est représentée pour le plus grand bonheur de Mladin par Buduru, un policier qu'il connait bien et tous deux se portent une estime réciproque. Mais lorsque Buduru s'invite chez Mladin pour enquêter sur la disparition de Valentin, puisque celui-ci a été vu pour la dernière fois raccompagnant le journaliste, bourré, de bonnes intentions entre autres, chez lui. C'est à dire la veille au soir où l'on fait la connaissance de Mladin avec sa tête en autocuiseur. Mais l'adjoint de Buduru joue, comme dans tout bon duo de flic qui se respecte, au vilain policier, hargneux, mutique, mais n'en pensant pas moins et lorsqu'il ouvre la bouche, ce n'est pas pour proférer des gentillesses.

Poète George Mladin l'est aussi et sait peindre les saisons. Les quatre saisons : Sentir le bruit des feuilles sous nos pas en automne, entendre le bruit sourd de la neige en hiver, faire une bataille de fleurs au printemps, et l'été, recevoir une belle fiente de pigeon dans les cheveux ! Existe-t-il bonheur plus grand ?

Qui veut la peau d'Andreï Mladin est construit comme un roman policier classique, dont l'épilogue est en forme de tiroirs mais ne respecte pas vraiment l'une des règles fondamentales édictées par S.S. Van Dine, plus particulièrement la règle numéro 10, mais c'est ce qui fait le charme de ce roman en plus de son humour constant.

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