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Samuel ARCHIBALD




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Mario Leroux est policier dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, au Québec. Âgé de cinquante-quatre ans, Leroux est divorcé d'avec Myriam, enseignante à l'Université Laval, depuis cinq ans. Une rupture pas seulement due à cette affectation au Lac, sans doute. Sa compagne actuelle se prénomme Caroline, barmaid et vaguement étudiante, nettement plus jeune que lui. Ils n'affichent pas leur liaison amoureuse. La réputation de leurs deux métiers, policier et barmaid, contribue à cette discrétion.

Le seul collègue de Leroux qui soit au courant de ça, c'est le sergent-détective Dave Rathé, aussi nommé Yawatha. “Il avait une belle figure d'Indien, un sourire à un million de dollars, et la carrure d'un ancien joueur de défense qui se serait relâché à l'entraînement… Tout dépendant du point de vue, Yawatha était la pire ou la meilleure police du Québec.” Ce séducteur ayant cultivé un vaste réseau d'indic, “personne ne trouvait plus rapidement d'informations que Yawatha”.

Un crime sanglant a été commis au village de Saint-Léandre (rebaptisé Villeneuve, nom qui n'est pas du goût de Leroux). Les Fortin, un vieux couple de fermiers sans enfants, ont été massacrés chez eux. Des sexagénaires bien intégrés dans leur village près du Lac. “Il y avait un genre d'énigme autour du double meurtre de Saint-Léandre. Dans la cave de la maison, on avait trouvé un coffre-fort, fermé et barré. C'était un vieux coffre, à clé, pas à combinaison... C'était sans doute la chose que Leroux détestait le plus au monde : un mystère. Un faux-mystère, en plus.”

Le policier chevronné est sûr que deux agresseurs ont attaqué ce couple âgé. Rien ne prouve qu'ils aient emporté une grosse somme. Autour de Leroux, ses collègues jouent aux limiers façon Columbo, émettant les plus absurdes hypothèses. De toutes façons, le coffre-fort était vide. Les victimes avaient un petit-neveu, Martin Gagnon. Ce jeune repris de justice purgeait sa peine au moment du crime, au pénitencier fédéral de Donnacona, à l'ouest de la ville de Québec. Il s'y trouve toujours. “Martin Gagnon avait exactement l'air auquel Leroux s'était attendu. Un petit toffe [dur] qui essayait très fort d'avoir l'air plus toffe et plus vieux qu'il n'était en réalité” constate le policier.

Le détenu ne se montre pas coopératif. Ça n'empêche pas Leroux de quitter le pénitencier avec des certitudes. En particulier, qu'il n'y avait “pas une cenne [centime] chez les Fortin”. Par ailleurs, on a découvert des empreintes sur le lieu du massacre. Ce sont celles d'un malfaiteur répertorié, Benoît Gamache. Ce voyou médiocre serait impliqué dans un trafic avec des Hell's. Leroux est confiant : c'est dans ces circonstances-là que Yawatha, le champion de la traque, est capable de montrer tout son talent. Il repère bientôt le suspect et son complice, pas du genre à effrayer l'Indien...

Strictement polar, ce roman québécois d'une soixantaine de pages ? C'est effectivement d'une affaire criminelle et d'une enquête, dont il est question. Toutefois, les étiquettes n'ont aucune importance quand il s'agit d'un bon roman. À travers le contexte évoqué et le portrait du policier Leroux, c'est aussi de la société de son pays dont nous parle l'auteur. Si les lecteurs québécois sont sûrement plus habitués aux décors, cette histoire est également l'occasion pour les Français d'une visite dans des paysages différents.

D'un œil parfois rêveur, l'enquêteur observe autant le Québec qu'il se fie à son instinct, à son expérience. On lira -page 55- une définition juste du rôle d'un policier : “Leroux avait toujours été lucide sur ses propres motivations à faire son travail. Il n'avait jamais pensé qu'il travaillait à protéger les innocents contre les méchants. Il n'était pas idiot. En vieillissant, il se rendait compte qu'il était payé surtout pour empêcher deux communautés de se rencontrer...” La vie privée de Leroux n'est pas moins intéressante que l'aspect professionnel. Il forme avec la jeune Caroline un couple encore incertain. Doit-il être jaloux des clients du bar qui l'emploie, et du beau Yawatha ? Un court roman diablement sympathique.

(En France, on peut se procurer ce livre à La Librairie du Québec.)

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