Les Aventures De Miss Cayley ALLEN86

GRANT ALLEN

Les Aventures De Miss Cayley


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Grant ALLEN




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Miss Cayley’s adventures – 1899. Traduction de Jean-Daniel Brèque

Cayley belle, mais qu’elle est pauvre !

Après de brillantes études à Cambridge, en la fameuse école de Girton, Lois Cayley se trouve fort dépourvue à cause de l’incompétence financière de son beau-père qui a dilapidé la petite fortune familiale pour régler des dettes de jeu. Alors, tout naturellement elle décide, afin de se remettre à flot, de visiter le monde. De devenir une aventurière, ce qui dénote de sa part un esprit d’entreprise et une combativité à toute épreuve, les femmes étant en cette fin de XIXème siècle plutôt reléguées dans l’intimité des boudoirs, des cuisines, et des placards à balais.

Elle s’ouvre de sa décision à Elsie Pretheridge, son amie qui l’héberge et qui pensait à tort que sa vocation se trouvait dans l’enseignement. Afin de mieux réfléchir à son avenir et comment réaliser cette envie, elle se rend dans le parc de Kensington, celui-là même qui vit naître Peter Pan quelques années plus tard. Donc Lois ne subit pas l’influence du garçon qui ne voulait pas grandir, au contraire, elle veut s’affirmer seule comme une grande fille.

Installée sur un banc, elle surprend la conversation entre deux dames et s’immisce dans la discussion. D’autant que le sujet abordé par les deux vieilles dames, enfin par celle qui monopolise la parole, intéresse fortement Lois Cayley. En effet, la Vieille Dame acariâtre, comme sera surnommée Lady Georgina Fawley par Lois en son for intérieur, doit se rendre à Schlangenbad, une ville d’eau allemande, et il lui faut trouver une accompagnatrice, une sorte de gouvernante. Et cette Vieille Dame acariâtre possède des idées préconçues sur les capacités d’une petite bonne anglaise recrutée pour l’occasion ou d’une gretchen qui ne serait disponible qu’une fois effectuée la traversée de la Manche. De plus Lady Georgina emporte avec elle un coffret à bijoux et il lui faut trouver une personne de toute confiance. Lois doit démontrer que grâce à sa parfaite maîtrise de la langue teutonne, elle est la personne adéquate pour accompagner la Vieille Dame acariâtre. Et heureux hasard ou circonstance favorable, Lady Georgina a fort bien connu le père de Lois lorsqu’il était militaire.

Dans le train qui conduit les deux femmes à Douvres, elles font la connaissance d’un gentleman qui répond au nom de Comte de Laroche-sur-Loiret. L’intuition de Lois lui souffle qu’elle doit se méfier de ce personnage. Et en effet, en gare de Malines, elle parvient à déjouer les intentions malhonnêtes de cet individu qui lorgne sur le coffret à bijoux de Lady Georgina.

L’installation à Schlangenbad se déroule sans problème majeur, sauf que Lois est interloquée par le manège d’un personnage qui semble se cacher. Il s’agit tout bonnement du neveu de Lady Georgina, Harold. Le courant alternatif passe rapidement entre les deux jeunes gens, un coup dans le cœur de l’un, un coup dans le cœur de l’autre, un mouvement perpétuel que Lois refuse pour la bonne raison qu’elle est pauvre et qu’il est riche. Alors elle décide de rompre les ponts avant même que les plans de ceux-ci soient ébauchés et de repartir à l’aventure, ce qui était, je le rappelle, son idée première.

Elle s’installe à Francfort, et loue une bicyclette afin d’explorer les environs. Elle fait la connaissance d’un homme d’affaires américain qui lui propose d’utiliser ses talents de bicyclettiste afin de promouvoir un vélocipède révolutionnaire dont le système d’entraînement est animé par un excentrique. Ce qui permet à Lois de doubler en montagne et sans effort apparent, les adeptes de la petite reine. Elle gagne une course organisée par l’inventeur, Cyrus W. Hitchcock, et devient sa commissionnaire. Pour chaque vélo vendu elle perçoit le quart du prix de vente sous forme de commission, ce qui n’est pas encore la fortune, mais un bon début.

Elsie, son amie qui est malade des bronches, la rejoint mais le climat n’est pas assez chaud alors s’effectue un nouveau déménagement. Direction l’Italie. Elles s’installent à Florence et afin de subsister elles ouvrent une échoppe d’écrivain public. Lois va taper à la machine et Elsie prendre les notes des éventuels clients en sténo. Hélas, les clients ne se pressent pas pour ouvrir la porte de l’officine. Au bout de deux semaines enfin un client se présente et Lois est gênée car non seulement il appartient à la famille de Lady Georgina mais de plus il veut rédiger son testament. La santé d’Elsie est encore fragile et réclame un climat plus chaud. Direction l’Egypte où Lois connaitra de nouvelles aventures palpitantes, puis l’Inde où elle démontrera qu’un tigre mangeur d’hommes ne lui fait pas peur. Son tour du monde n’est pas tout à fait terminé…

Mais son périple ne lui fait pas perdre de vue et de pensée Harold, toujours aussi empressé et aussi amoureux, mais le pauvre est trop riche aux yeux de Lois. Deux aigrefins, dont le comte de Laroche-sur-Loiret, qui multiplie les identités, la harcèlent et s’ingénient à imaginer diverses escroqueries en tout genre dont une captation d’héritage. Et ça, Lois ne l’admet pas, même si cela pourrait l’amener à réviser sa position envers Harold.

 

Dans ce roman qui fleure bon la fin du XIXème siècle, le roman feuilleton et l’humour ironique et mordant parfois, Allen Grant accumule les coïncidences afin de mieux mettre en évidence les traits de caractère de chacun des protagonistes. Lady Georgina par exemple incarne la référence universelle de la parfaite mauvaise foi. Lois Cayley est jeune, ambitieuse mais pauvre à cause de l’addiction de son beau-père au jeu. Elle décide donc de faire le tour du monde afin de devenir riche, en plus de connaitre des aventures palpitantes. Et ce thème du voyage était fort en vogue à l’époque. On pense naturellement aux romans de Jules Verne, Cinq semaines en ballon par exemple qui date de 1863 ou du Tour du monde en quatre-vingts jours qui a été publié en 1873. Mais Les aventures de Miss Cayley est plus à rapprocher des Cinq sous de Lavarède qui lui date de 1894 et signé Paul d’Ivoi et Léon Chabrillat.

 

Les lecteurs bien-pensants seront peut-être choqués par certains propos qu’ils estimeront xénophobes et chauvins, alors qu’il faut prendre ces assertions, ces déclarations édictées notamment par Lady Georgina ou le Comte de Laroche-sur Loiret (ou quel que soit le patronyme qu’il utilise) au second degré. Pas de leur part, mais de celle de l’auteur qui justement dénonce cette façon d’exprimer des sentiments racistes. Mais la bêtise des gens ne s’arrête pas là. A la frontière autrichienne les bagages de Lois sont retenus parce qu’ils comportent des pamphlets révolutionnaires. En réalité ces ouvrages ne sont que des manuels d’astronomie intitulés La Révolution des corps célestes. Comme quoi la liberté tient à peu de chose et à de mauvaises interprétations. Mais de nos jours, cela ne se passe plus ainsi… c’est pire dans certaines régions du monde.

Un roman plaisant à lire, un peu désuet peut-être, tout comme peuvent l’être les ouvrages de cette époque qui déjà dénonçaient sans les diatribes virulentes actuelles quelques faits de société, mais avec élégance.

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