Adieu Gloria ABBOTT66

MEGAN ABBOTT

Adieu Gloria


Aux éditions LE MASQUE


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1965

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Le jeudi 4 Mars 2011

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Megan ABBOTT




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Comptable dans un petit club de la ville, cette toute jeune femme vit chez son père et poursuit des études de comptabilité. Elle est bientôt repérée par Gloria Denton. Dame mûre sinon âgée, Gloria conserve un charme troublant et une force de caractère qui impressionnent la petite comptable. Son bizness consiste à rendre divers services, collecter les gains des paris, verser quelques pots-de-vin, transmettre des enveloppes dans les casinos, sur les champs de course, les clubs et bars. Un rôle de confiance, pour des commanditaires qui ne plaisantent pas. Il faut être d’une fiabilité absolue, comme c’est le cas de Gloria depuis plusieurs décennies. Elle a choisi la jeune femme pour la former au job, en faire son assistante. Bénéficiant d’un nouvel appartement et d’une voiture, l’apprentie est testée sur quelques livraisons. Puis Gloria va la relooker sobrement, car une parieuse d’hippodromes ne doit pas être trop remarquée.

La jeune femme est à la hauteur, snobant les hommes, sachant se montrer prudente, trouvant vite sa place dans le bizness. Elle apporte même un tuyau pour un fructueux cambriolage. Jusqu’à là, l’éducation de sa protectrice porte ses fruits. Hélas, l’héritière de Gloria va croiser Vic Riordan, un joueur invétéré, un pigeon qui perd bien plus qu’il ne gagne mais se croit toujours sur le bon coup. C’est plus que de l’amour, c’est de la passion que la jeune femme ressent pour son amant. Pas question de révéler cette relation à Gloria, évidemment. Elle a appris à masquer ses actes, autant que les bleus issus de ses étreintes sexuelles féroces. Vic Riordan est dans la panade, lourdement endetté. Valeur montante du Milieu local, le caïd Mackey ne sera plus patientlongtemps. Son dernier avertissement est violent. Comme si des sirènes d’alarme retentissaient de toute part, la protégée de Gloria sait déjà qu’elle a tort de vouloir aider Vic.

Certes, il y a une solution, arrêter de voir le joueur endetté. Elle est trop éprise pour s’y résoudre. Le temps presse, Vic est aux abois. Il a un plan sûr, des paris truqués très rentables, mais il lui faut une mise importante. Détourner du fric qui appartient à ses patrons ? Extrêmement risqué, d’autant que Gloria a des indics partout, ce qui est la base même de son réseau. Aux courses, la jeune femme va justement être en possession d’une somme conséquente, le double des mises ordinaires. Gloria étant absente, la comédie d’une agression autour de l’hippodrome passerait plus facilement. Surtout si Vic n’hésite pas à la cogner fortement, afin qu’on ne doute pas de sa version. Pourtant, rien ne dit que l’incorrigible Vic rembourse Mackey avec ses nouveaux gains. La suite pourrait finalement attirer l’attention de la police…

Ils sont rares, les véritables continuateurs du roman noir traditionnel américain, les descendants de Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Avec “Absente”, Megan Abbott prouva qu’elle faisait partie de ce petit cercle. Elle le confirme grâce à ce deuxième titre publié en français. Premier atout favorable, le décor. En ne situant ni la ville, ni l’époque précise, elle donne un côté universel et intemporel à cette histoire. Au lecteur d’ajouter son propre imaginaire. Contexte peut-être des années 1950, ou 1960 si l’on préfère, ou plus récent si telles sont nos références. Idem pour cette ville riche en trafics autour du jeu, qui peut se positionner où l’on veut. C’est diablement malin.

Le second atout, c’est bien sûr le portrait des héroïnes, deux femmes similaires, deux générations d’ambitieuses. Elles sont un amalgame réussi de femmes fatales et de dures à cuire, telle Lauren Bacall. L’aînée est respectée, organisée, incontournable, encore séduisante. Si elle cesse d’accumuler les erreurs, la cadette le deviendra peut-être à son tour. On ne nous incite pas à choisir notre camp, l’une ou l’autre gagnante du duel, entre le visage de l’expérience et celui de l’avenir. Quant à l’intrigue, traîtrises et manipulations en tous genres sont au programme. Dans un monde baignant dans l’illégalité avec ses aspects malsains, le récit idéalement fluide apporte une impression de normalité alors que la mort rôde. Megan Abbott est probablement la plus subtile et la mieux inspirée dans le roman noir actuel.

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CLAUDE LE NOCHER
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Une autre lecture du

Adieu Gloria

de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

« Poupée », « ma fille », « jolie », « ma poule »…

On ne saura jamais, de tout le roman, vraiment jamais le nom de l’héroïne. Cela ne l’empêche pas de nous prendre à partie, au travers du récit de son destin. Car cette trajectoire brillante, comme un éclat de verre, comme le reflet d’une lame, se teintera du tragique sanglant de la fatalité.Employée aux écritures dans un dancing miteux, avec pour seule distraction des cours du soir de compta, consacrant ses loisirs aux taches ménagères pour son père, ses cardigans boutonnés jusqu’au cou l’étouffent.

Gloria Denton. Elle, elle a un nom. Des jambes interminables, une élégance parfaite, et une réputation sulfureuse. Un âge aussi, car si la silhouette est irréprochable, la vieillesse marque les mains, et le visage. Gloria vient chercher l’argent de la « protection », porte des enveloppes, des paquets, des ordres. Gloria, rouage d’une machine criminelle sans pitié, à peine évoquée par le roman mais qu’on peut presque certainement nommer en italien, ne roule cependant que pour elle.

 La femme recrute la jeune fille. Adieu les tenues sages et les mocassins à bouts ronds. Notre héroïne raconte son apprentissage. Robe fendue, étole bordée de vison, talons aiguilles. Pour tous, elle devient « la pouliche de Gloria ». Dans la pochette couverte de strass, des choses que la police ne doit pas trouver. Dans celle de Gloria, à côté du poudrier, il y a un coupe-papier. Effilé. Tranchant. Beau et dangereux, comme Gloria… qui confirmera son aura de fauve. Le coupe-papier va servir, obligeant l’apprentie à surpasser son professeur dans le cynisme et la cruauté. 

Megan Abbott ne nous donne ni le nom de son personnage central, ni le lieu précis de ses aventures, ni même leur époque. Il faut accepter ce jeu, comme une mise au point centrée sur les visages et les émotions, arrière-plan flou. Quelques indices quand même, une atmosphère, un ton qui renvoient vers des références.

Dans ce roman, Megan Abbott joue encore une fois avec les codes du langage que le traducteur, Nicolas Richard, fait sonner dans des dialogues à la Audiard. Le lecteur est plongé dans une atmosphère en noir et blanc, un film hollywoodien où les femmes sont fatales, les flics mal rasés, les mauvais garçons parfumés. Mais les clichés sont mis en miettes par l’angoisse de l’héroïne qui sait qu’elle joue sa peau, qui la défend chèrement, payant au prix fort son passage à l’âge adulte.

La texture narrative est sans doute moins riche que celle d’ « Absente » . Ce roman-là bruissait comme une soie épaisse. Mais Megan Abbott fait dans « Adieu Gloria » des gammes dans le registre très noir des années cinquante-soixante, que ne renieraient pas ses grands prédécesseurs. 

19.5 €  256 p Titre original « Queenpin » qu’on pourrait traduire par « des guiboles de reine ».

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JEANNE DESAUBRY
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Une autre lecture du

Adieu Gloria

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Suivant des cours de comptabilité et de secrétariat le matin, la narratrice travaille l’après-midi et en soirée dans un club de la ville. Elle suit les préceptes de ses patrons, deux frères, et tient les comptes selon leurs indications. L’enregistrement des paris par exemple, une double comptabilité qui permet de ne pas tout déclarer et procéder à des mises clandestines. Elle n’a que vingt-deux ans mais est ambitieuse. Elle apprend vite et se fait remarquer par Gloria Denton, de deux décennies son aînée. Elle est subjuguée par ses jambes, par sa prestance, ses tenues vestimentaires, sa voiture. Et si les jambes sont superbes, le physique a tendance à se relâcher quelque peu.

Gloria Denton représente les grands patrons, et elle contrôle tout ce qui est illégal. Trafics en tout genre et blanchiment d’argent. Ses zones d’action se répartissent sur les champs de courses, les clubs et cercles de jeu de toute la région. Elle propose à celle qui deviendra sa jeune protégée de participer à quelques missions en lui précisant les consignes à respecter. Et voici notre héroïne plongée dans le grand bain. Elle parcourt la contrée à bord d’une voiture en essayant de ne pas se faire remarquer par les policiers. Dans le double fond du coffre du véhicule elle transporte des objets précieux, des bijoux provenant de casses, des sachets de drogue, des billets en grand nombre. Elle se rend sur des champs de courses en misant sur des chevaux qui ne peuvent rapporter gros, toujours placés, dans le but de blanchir de l’argent. Elle est abordée près des guichets par un personnage au début de sa carrière mais elle s’en sort avec les honneurs. Il s’agissait d’un test.

Un jour Gloria lui demande de prévenir ses patrons que notre héroïne ne pourra venir pour cause de maladie. Bien lui en prend car une bombe est balancée dans l’établissement. Résultat des courses, et pourtant ce n’était pas un pari, un des frères succombe et l’autre ne demande pas son reste en s’enfuyant. La jeune protégée déménage de chez son père et s’installe aux frais de la princesse dans un luxueux appartement. Elle progresse dans l’estime de cette femme aux longues jambes qui lui confie des missions de plus en plus risquées.

Seulement la protégée de Gloria remarque dans un casino un homme au sourire éblouissant. Il gagne, mais la chance ne tarde pas à tourner. Elle s’intéresse à lui et réciproquement. Vic Riordan est un joueur impénitent, qui joue beaucoup, pariant aux courses de chevaux, fréquentant les cercles de jeux et les casinos, mais s’il lui arrive de gagner, il perd beaucoup plus souvent. De grosses sommes. Et pour les beaux yeux de Vic, la « pouliche » de Gloria va enfreindre la règle et s’arranger pour lui permettre de régler ses dettes. Une erreur qui ne passera pas inaperçue.

Le lieu dans lequel se déroule cette histoire n’est jamais précisé, sauf que la ville est reliée à Saint-Louis (Missouri) et Denver (Colorado). Quant à la date, on peut la situer dans le milieu des années 1950 grâce à quelques indices dont les marques des automobiles, les tenues vestimentaires, les bas à couture et autres petits détails, des références au chanteur Bing Crosby lequel était au faîte de sa carrière ou au Petit César, célèbre gangster de la fin des années 20 immortalisé par le roman de William Riley Burnett puis le film de Mervyn LeRoy. Mais bien évidemment Megan Abbott peut très bien jouer avec le lecteur disposant ses indices en les mélangeant quelque peu, et les empruntant à deux ou trois décennies. De même l’âge du personnage de Gloria Denton est précisé avec ambiguïté. Dès la première page du récit il est écrit : j’avais beau être de deux décennies sa cadette… ce qui avoisinerait les quarante deux ans. Cependant d’autres passages laissent supposer que Gloria frôlerait plutôt les soixante ans, par la description du relâchement physique de son visage. Ce n’est pas le plus important, Megan Abbott laissant planer volontairement des zones d’ombre.

Gloria s’institue comme la manager de sa protégée, qu’elle a délibérément choisie, elle s’érige en Pygmalion, la convertissant sans peine, lui montrant les ficelles du métier, lui prodiguant conseils et astuces, la mettant en garde car elle-même risque de subir les conséquences d’un dérapage. Elle est le Geppetto d’une marionnette qu’elle façonne à son image, une sorte de Pinocchio dont elle veut tirer les ficelles. Et comme dans l’histoire de Carlo Collodi, le mensonge sera l’un des ressorts principaux de cette histoire.

Très peu de personnages évoluent dans ce roman maîtrisé de Megan Abbott, une histoire simple, remarquablement construite et qui renvoie aux maîtres du genre, dans lequel on assiste à l’ascension d’une femme côtoyant des malfrats et parrainée par une ancienne reine des night clubs. On y retrouve la patte de l’auteur bicéphale Wade Miller, de Jonathan Latimer, et quelques autres qui écrivirent les belles pages du roman noir américain des années 40 et 50 ou plus proche de nous Marvin H. Albert, auteur de romans sérieux, carrés, parfois semblables à des biographies. Ce deuxième roman tient toutes les promesses contenues dans Absente.

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PAUL MAUGENDRE
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Absente

Envoûtée

Fièvre

La Fin De L’innocence

Les Ombres De Canyon Arms

Red Room Lounge

Vilaines Filles

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