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JULES VERNE

Le Testament D’un Excentrique


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Le testament d’un excentrique

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Jules VERNE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Les intégrales Jules Verne. Parution 1979. 474 pages.

Editions Ebooks Libres et Gratuits. 460 pages.

ISBN : 978-2010055935

Il est Hypperbone, si je puis dire !

En ce vendredi 3 avril 1897, règne une effervescence inhabituelle dans Chicago. Un char tendu de draperies d’un rouge éclatant traverse la ville, accompagné de toutes les personnalités de la cité, hommes politiques, journalistes, riches entrepreneurs, et combien d’autres invités à défiler, précédés d’orchestres et d’orphéons, salués par une foule nombreuse estimée à plusieurs centaines de milliers d’individus, tous sexes et âges confondus.

Les applaudissements fusent, il règne une espèce de joie diffuse, dont l’origine est pourtant mortuaire. Il s’agit de se rendre après quelques heures de marche jusqu’au cimetière d’Oakswoods, la plus grande et la plus célèbre nécropole chicagoise afin de procéder à l’inhumation de William J. Hypperbone.

A peine âgé de cinquante ans, ce milliardaire qui avait bâti sa fortune en spéculant sur les terrains immobiliers, est donc conduit à sa dernière demeure, un mausolée véritable petit palais où même est prévue une salle à manger avec tout ce qu’il faut pour se sustenter, vivres y compris.

Mais le plus curieux réside dans ce fameux testament qui va être lu devant une nombreuse assemblée. Passionné du noble Jeu de l’Oie au sein de son cercle, les Club des Excentriques, il a imaginé que six concurrents désignés au sort participeraient à un immense Jeu de l’Oie organisé selon les règles du dit jeu, les différents Etats composant les Etats-Unis figurant les cases de ce jeu. Et l’Illinois, état dont Chicago est la capitale, représenterait les cases où figure l’Oie. Mais tout est expliqué en détail dans ce roman ludique. Le vainqueur recevant la coquette somme de soixante millions de dollars.

Et c’est ainsi que sortis d’un chapeau, maître Tornbrock, notaire, et George B. Higginbotham, le président du club, révèlent le nom des heureux candidats à cette course déterminée par deux dés, avec six millions de dollars de récompense à la clé pour le vainqueur.

Il s’agit de Max Réal, artiste peintre paysagiste de vingt-cinq ans qui commence à posséder une certaine renommée. Il est célibataire et adore sa mère, sentiment partagé réciproquement. Il se verra accompagné par un jeune noir, Tommy qui rêve d’être son esclave afin de ne plus avoir de problèmes financiers.

Tom Crabbe, boxeur, champion hors normes, puisqu’il peut avaler jusqu’à six repas par jour ce qui ne l’empêche pas de démolir ses adversaires. Mais la tête pensante est son entraîneur, John Milner, qui l’accompagne partout, et est son porte-parole officiel. Un couple figurant la tête et les jambes.

Herman Titbury, quarante-huit ans. Petit banquier et prêteur sur gages marié avec une maritorne, sorte de dragon femelle. Le couple s’entend bien dans l’avarice, ce pourquoi ils n’ont pas eu d’enfant.

Harris T. Kimbale, journaliste, chroniqueur en chef de La Tribune. Trente-sept ans, célibataire, et fort estimé de ses confrères, qui se promet bien de ramener des articles sensationnels.

Lissy Wag, jeune femme de vingt et un ans, est sous-caissière dans un grand magasin. Elle partage son petit appartement avec Jovita Foley, vingt-cinq ans, vendeuse dans le même magasin.

Hodge Urrican, cinquante-deux ans, célibataire, officier de la marine des USA, en retraite depuis six mois et au caractère irascible et son faire-valoir qui se montre encore plus vindicatif que son mentor.

Mais un codicille figure en fin de ce règlement. Un septième candidat est prévu pour participer à ce jeu. Il s’agit d’un inconnu dont le patronyme n’est pas dévoilé. Il s’agit d’un certain XKZ et bien malin serait celui qui pourrait le décrire. Même le notaire affirme ne pas en savoir plus sur ce concurrent inédit.

Seule une femme participe donc à ce jeu grandeur nature, mais il ne s’agit que du simple hasard voulu par l’auteur, et le profil physique et psychologique de ces six candidats est plus détaillé dans le roman donc je en m’attarderai pas plus.

Le départ de ces concurrents s’échelonnera de deux jours en deux jours à partir du 1er mai 1897. C’est Max Réal qui va débuter le parcours. Il a quinze jours pour rallier Fort Riley dans le Kansas et connaître alors quelle sera sa prochaine destination qui lui sera signifiée par télégramme.

Il en sera de même pour les autres candidats qui devront se plier à plusieurs contraintes. Les voyages seront à leur charge, de même que les pénalités éventuelles, puisque certaines cases donnent lieu à paiement de primes, ou de retour en arrière. La date d’arrivée du vainqueur ne peut donc être déterminée et ce parcours peut prendre des semaines, voire des mois.

Nous suivons les différents participants lors de leurs différentes pérégrinations hasardeuses. Car tout ne tourne pas comme sur des roulettes, les impondérables s’accumulent. Ainsi tandis que l’un des candidats est malade, l’autre est confronté à des grèves de cheminots, un troisième risque de la prison pour avoir inconsidérément demandé un grog au whisky dans un état qui interdit la consommation d’alcool. Ou alors un participant arrive juste au dernier moment à son lieu de rendez-vous ayant traîné en route pour admirer le paysage et allier l’utile à l’agréable.

Si certains se retrouvent, par le lancer de dés, non loin de leur lieu de départ, l’état qui est désigné jouxtant l’Illinois, d’autres sont obligés de traverser les Etats-Unis d’Est en Ouest, puis à nouveau d’Ouest en Est, ce qui occasionne non seulement des frais mais oblige à un jonglage dans les moyens de transports. Le train, naturellement, le bateau, le fiacre, le cheval et même une triplette, trois vélos en un, vont servir de moyen de transport.

Des cartes du pays sont éditées à des millions d’exemplaires afin que le bon peuple puisse suivre les déplacements des concurrents. Une curiosité naturelle, mais comme il s’agit d’un jeu, les parieurs sont nombreux. Chaque candidat se verra donc affublé d’un dossard fictif, une sorte de petit drapeau qui personnalisera sur les états concernés leur position.

Et, le lecteur s’en doute, l’épilogue se termine un coup de théâtre final, propre au roman populaire, alliant suspense et retournement de situation. Ce roman est le soixante-quatrième publié par Hetzel, d’abord en feuilleton d’abord dans Le Magasin d’éducation et de récréation puis en deux volumes en 1899.

Il ne déroge pas à la ligne de conduite de Jules Verne qui ne se contente pas de mettre en scène des personnages participants à un jeu de hasard, mais il en profite pour alimenter ses jeunes lecteurs de détails géographiques, historiques et économiques en tous genres. Les itinéraires, les villes traversées, le nombre d’habitants et bien d’autres détails qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue mais au contraire la ralentissent.

S’il ne possède pas le souffle épique du Tour du monde en quatre-vingts jours, qui était un pari, réaliser un voyage en un temps déterminé, il faut quand même constater que cette intrigue est un tour de force, l’adaptation d’un jeu de salon en grandeur nature.

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