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DAVID VANN

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Le samedi 13 Septembre 2014

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David VANN




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

Goat Mountain David Vann traduit par Laura Derajinski Gallmeister 2014

Je ne me lasse pas. Je me lasse ni de lire, ni de découvrir, quitte à parfois laisser tomber un livre insipide, ou au contraire à passer une nuit blanche. Cela s’appelle de la passion, cela ne se commande pas, et son partage ne fait que la rendre plus vivante. Et pour ce qui est de prendre des risques… Lire Vann en est un, et même, un sacré.

Parfois secouant les oreilles, comme un âne fourbu, je suis arrivée au bout de cette lecture en éclopée. J’avais raté les marches d’un escalier de pierre très raide. En bas je m’étais payée la porte qui le fermait, et enfin, l’ouvrant pour m’échapper et retrouver le soleil, j’avais ramassé un seau d’eau glaciale qui m’avait définitivement anéantie…

Oui, c’est le triple effet Vann, et encore, vous avez affaire à une lectrice aguerrie. Vous voulez un conseil (d’ami) ? En voici un. Si vous êtes un ramolli du bulbe, un amateur de branquignollerie de plage, laissez tomber. Ceci est un livre réservé aux buveurs de raide, très distillé.

Vann, on l’avait compris dès le magnifique « Sukkwan Island », s’intéresse au cœur des familles, aux relations étroites dans le cercle de la parenté directe, à la haine, à la folie, et enfin, à la mort.

Ici, un enfant de dix ans accompagne sa seule famille : son grand-père, son père, et un ami de la famille, Tom, dans une partie de chasse destinée à faire de lui un homme. C'est-à-dire, selon les modèles de cette famille américaine de base où l’on n’échange pas autre chose que le stricte nécessaire d’info matérielle, abattre son cerf, avec sa propre arme, le dépecer, et dévorer cru une bouchée de son foie et de son cœur encore chauds. Une partie de rigolade, quoi.

Mais… À sa manière inimitable, Vann dès le début vous place dans une situation d’une brutalité suffocante. Dès les toutes premières pages, les relations des personnages volent en éclats quand le gamin abat le braconnier que son père lui montre dans la lunette du fusil.

S’ensuivent deux cent quarante sept pages qui vous boxent l’esprit à répétition.

L’écriture, déjà, vous laisse très rapidement pantelant. Exit le verbe. Pour les descriptions de la nature implacable devenue la marque de fabrique de Vann, le verbe est inutile. L’action aussi, quand la course du soleil, les insectes, la brulure des muscles dans un effort insensé tiennent cent fois plus de place qu’une seule balle qui fait basculer le destin.

Et dans cette nature qui se passe si bien de l’homme, il y a Dieu, ou plutôt une idée de Dieu, et de la parenté de l’homme avec son fils, car Vann, dans ce récit des souvenirs du pire voyage initiatique imaginable, ressuscite les interrogations de l’enfant et de l’homme qu’il est devenu plus tard, couvert d’inoubliables cicatrices. Tuer, un acte divin ?

Ce roman ne peut laisser indifférent. Etouffant, exaspérant, peut-être, mais on a rarement ramené l’humain à ses limites plus efficacement.

Si la rentrée littéraire passe à côte, je propose de jeter à l’eau tous les critiques en vrac dans le même sac !

 

 

 

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