EMMANUELLE URIEN


Emmanuelle URIEN

Court, Noir, Sans Sucre


Aux éditions L ÊTRE MINUSCULE


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Le jeudi 12 Janvier 2006
Court, Noir, Sans Sucre

Une lecture de
FREDERICK HOUDAER

Il en faut peu à Emmanuelle Urien. Donnez-lui… une femme sur le départ, ou un garçonnet intrigué par le jardin de son voisin, ou encore un soldat de retour d’une guerre… et faites confiance à l’auteur, à sa science des détails, à l’extrême précision de son style, pour ouvrir devant vous tout un monde menacé par le chaos. Autant de situations quotidiennes, connues, faussement posées, autant de nouvelles dégoupillées, prêtes à...

Emmanuelle Urien sait placer les charges aux bons endroits, et en toute discrétion. L’air de rien.

Le cadre de l’histoire est-il domestique ? La sauvagerie peut y surgir, en tout cas l’auteur vous le fera croire/craindre. Dans la plupart de ses nouvelles, il laisse s’exprimer un personnage (« J’étais devenu un vilain défaut à moi tout seul »). Mais quel que soit le procédé narratif qu’il a adopté, on peut être certains que l’auteur nous rendra vivants et proches les protagonistes de son histoire, que leur sort nous importera… et que la fin de la nouvelle ne nous laissera pas indemne. Ses phrases sont à fragmentation.

Parler de ce recueil, c’est avant tout parler d’écriture. De style. Tant pis pour les amateurs de « Si vous avez raté le début… », il leur reste la possibilité de s’abonner à Télé 7 Jours.

Le style, donc. Facile de l’évoquer, il suffit de rappeler la généalogie d’Emmanuelle Urien. Pascal Garnier et Annie Saumont ont eu une fille… et ils ne lui ont refilé que leurs qualités.

Premier cliché : il paraît que la nouvelle est LE genre le plus difficile. Peut-être. On s’en fout. Ce qui est certain, c’est que Emmanuelle Urien y excelle (malgré les innombrables concours auxquels elle a participé… victorieusement la plupart du temps).

Second cliché : il y aurait une écriture masculine et une écriture féminine. Comment évacuer ce genre de concept merdique ? En lisant ce recueil par exemple. Qui remet illico les pendules à l’heure. Il y a les bons auteurs, et les autres. Emmanuelle Urien est un(e) très bon auteur(e)1. Tout ce qu’elle écrit s’impose avec une douce évidence. On appelle cela l’art de la cruauté. E.Urien vous campe un personnage, une situation en deux lignes : « Pauline fredonne, la mer qu’on voit danser, un air d’un autre âge que le sien, elle n’a pas trente ans mais c’est vrai qu’elle fait plus. ». E.Urien, elle aussi, a la trentaine, et la maîtrise d’écriture qu’elle démontre ne laisse pas de nous impressionner. Quelques mots lui suffisent pour décrire un hôpital de brousse, « baraquement de tôles brûlantes qui ne désemplit pas, où la mort libère plus de lits que la guérison ».

Vous trouvez mes extraits un peu courts ? Voici comment l’auteur ouvre l’une de ses histoires :

« Je ne vois pas de hache. Ce n’est pas non plus un couteau qu’elle tiendrait caché sous l’étoffe. Ce n’est pas un poinçon, pas un poignard, pas une dague. Pas d’arme blanche, rien d’aiguisé, de pointu, de tranchant. Rien d’aussi froid que du métal, je le jure. S’il y a eu un éclat, si la lumière s’est éprise de sa main, c’est qu’elle a aimé la laque sur son ongle, l’opaline ou la nacre accrochée à son poignet, ou même sur le fil d’or cousu sur sa manche et courant le long du bras. »

Suit une nouvelle ronde de bourreaux et de victimes qu’Emmanuelle Urien orchestre de main de maître. Il est rare de trouver autant d’élégance dans des textes aussi noirs (E.Urien, de son vrai nom Emmanuelle Garnier-Saumont rappelons-le, n’a aucun mérite, c’est génétique).

J’ai lu le recueil d’Emmanuel Urien, et j’ai été un lecteur heureux. Ensuite, j’ai relu mon dernier manuscrit, et j’ai réussi à couper l’équivalent de deux pages. Comme disait ma grand-mère, « l’émulsion, y’a que ça… ». Je suis un auteur heureux.
 

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