Le Roi Lézard SYLVAIN206

DOMINIQUE SYLVAIN

Le Roi Lézard


Aux éditions VIVIANE HAMY


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Le mercredi 20 Avril 2012

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Dominique SYLVAIN




Une lecture de
L A

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Relecture, réécriture…  déconstruction, reconstruction. Dominique Sylvain livre une nouvelle version de son troisième roman « Travestis » qui entretient le même rapport avec celui-ci que « L'homme Qui En Savait Trop » de1934 avec ce même « Homme Qui En Savait Trop » de 1956.

« Si Louise Morvan est à la tête d’une agence de détectives, c’est parce que dix-huit ans plus tôt son oncle Julian Eden a été abattu de deux balles de calibre 22 dans le parking d’un immeuble de la rue des Fossés-Saint-Marcel.
Très attachée à Julian, Louise ne s’est jamais vraiment consolée de sa mort et rêve d’éclaircir le mystère de ce meurtre, resté jusque-là impuni.
Son amant, le commissaire Clémenti, lui offre sa première piste en la personne de Casadés, un flic à la retraite, qui avait été, un temps, en charge de l’enquête, avant d’être brusquement muté à Strasbourg. » RayonPolar au sujet de « Travestis ».

Tout est original dans cette nouvelle version de la même intrigue totalement différente, car maintenant Dominique Sylvain c’est, ce qu’elle a toujours été,

beau comme un réveil de G.Braque, lorsque des fragments de passé et de présent se superposent ; beau comme un C. Pissarro, lorsque la traversée du Pont Neuf, Paris, se fait à dos de moto ; beau comme un E.Munch, lorsque le désespoir de l’amour pousse au meurtre.
sombre comme un P.Soulages ; lumineux comme P.Gauguin ; monochrome comme un K.Malevitch ; polychrome comme un G.Klimt.
crépusculaire comme Miles Dewey Davis; rocailleux comme Louis Armstrong ; rythmé comme Glenn Miller; suave comme Stan Getz ; déstabilisant comme John Coltrane.

C’est tout cela et plus encore.

C’est simple et complexe ; limpide et énigmatique ; mystérieux comme ceux de Paris ; nocturne comme ceux des nuits ; cinématographique comme une cigarette que l’on écrase.
C’est nerveux et lent ; fait de mots ciselés ; de phrases nominales qui s’entrechoquent dans un océan qu’agitent des remous proustiens

Est-ce du polar ? Oui ! Non !

Car Dominique Sylvain c’est le Polar

 



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JEANNE DESAUBRY

Est-ce parce qu’il est sorti il y a encore peu de temps ?  Ce « Roi Lézard » a pour l’instant rencontré peu d’échos dans la presse. Il le mérite pourtant.

Cette discrétion pourrait être relative à l’annonce honnête de l’éditrice et de l’auteure : ce reptile là est fils d’un « Travesti… ». C’est que Dominique Sylvain s’est fait une spécialité de réécrire ses romans vieux d’une dizaine d’année, parus chez Viviane Hamy. Elle nous a déjà offert une réécriture de « Baka » d’abord, puis de « Sœurs de Sang ». C’est aujourd’hui « Travesti » qu’elle reprend. Il ne s’est pas agi pas pour elle de déguiser, changeant quelques oripeaux vieillots pour du chiffon tendance…Si déshabillage il y a eu, il est allé jusqu’à l’os.

Cette originalité littéraire méritait un intérêt curieux.

Louise Morvan, détective privée, a hérité de l’agence de son oncle, Julian Eden. La mort dramatique de celui-ci, jamais élucidée, est d’un poids trop pesant pour la jeune femme. Près de deux décennies plus tard, elle se lance sur les traces froides du tueur de son oncle. Elle n’affronte pas seule ces démons passés. Serge Clementi, son amant, commissaire à la brigade criminelle, protège l’impétueuse Louise. Malgré une enquête prenante sur un tueur en série de SDF sur les quais de Seine, il va lui prêter son concours. Il y a aussi Casadès, flic en retraite, à qui autrefois le dossier fut retiré. Reprendre ce dossier, c’est pour tous retrouver l’ambiance des années soixante-dix, rencontrer les femmes qui furent proches de Julian Eden, le séducteur, se pencher sur sa vie privée. Pour Louise, le danger est grand, en se confrontant à la réalité, de perdre l’image idéale d’un oncle adulé.

La témérité de Louise, sa fraîcheur, son amour inconditionnel pour le souvenir de son oncle vont faire l’effet d’un grand coup de pied aux témoins du passé. Surtout à ceux qui sont rentrés dans le droit chemin, ou font semblant, après les années folles du rock et du LSD. Le fantôme de Jim Morrisson, une starlette slave, une aristocrate mourante, un tueur halluciné habitent les pages du « Roi Lézard » et lui donnent le goût doux amer de la jeunesse enfuie.

Avec ce roman, on n’est pas, comme avec « Guerre Sale » ou « la Nuit de Geronimo » dans l’évocation d’un problème de société. Cette aventure vaut surtout par le portrait de personnages attachants par leur originalité et un déroulé d’intrigue faisant la part belle à la fantaisie.

Je me suis livrée à une étrange expérience. Juste après « Le roi Lézard », j’ai relu « Travesti », avec des zigzags de l’ancien au nouveau et vice versa. C’était troublant. Je rencontrais de temps à autre un dialogue, une portion de paragraphe identique, mot pour mot, immergé dans de grandes portions de texte neuf. Comme des pépites de chocolat cachées dans une mousse au caramel. On tombe soudain sur un autre goût qu’on reconnaît, mais le mariage audacieux réjouit la papille davantage que le caramel ou le chocolat seuls. Une maison neuve avec ses meubles d’hier ? Votre conjoint après un régime draconien et une cure de fitness ? Je vous laisse libre de choisir l’analogie qui vous tente le plus.

L’étrangeté de l’entreprise m’a conduite à poser la question à Dominique Sylvain.

Pourquoi réécrire ce roman relativement récent ?

Dominique Sylvain me répond :

J'ai décidé de réécrire mes trois premiers romans car je les considérais comme non aboutis. Tout avait commencé avec "Baka!" qui était épuisé et que mon éditeur souhaitait rééditer. En le relisant, j'ai décidé de le revoir entièrement car je vivais au Japon pour la deuxième fois et mon regard sur ce pays avait évolué. Concernant "Travestis", j'ai eu une idée irrésistible (du moins pour moi), celle d'augmenter la place de la musique par rapport à la première version. Et c'est pour cette raison que Jim Morrison fait partie de la distribution du Roi Lézard. Il a vécu à Paris, y est mort et a laissé quelques bandes musicales derrière lui. Concernant sa mort, je me suis basée sur une thèse qui vaut ce qu'elle vaut. De toute façon, personne ne sait rien car les deux témoins directs sont morts, eux aussi. D'une manière générale, j'ai repris ce roman qui me tenait à coeur pour en faire ce qu'il devait être. ça n'est pas rentable car, en général, les journalistes ne s'intéressent pas à une réécriture (sauf un, Plougastel du Monde, et toi bien sûr). Mais artistiquement, je ne pouvais pas faire autrement. Et je suis contente du résultat. Je l'ai réécrit il y a trois ans et l'ai relu récemment plusieurs fois. Avec la distance, je sais que j'ai atteint la fluidité que je recherchais. Et l'histoire est complètement différente (hormis la partie avec le tueur des quais, qui n'a été que réécrite sur le plan stylistique mais pas modifiée sur le fond), et plus percutante, à mon avis. Ce n'est pas que je ne puisse pas me défaire de mes écrits. C'est plutôt que tout est lié. Mes romans s'inscrivent dans un travail général, une recherche personnelle. J'ai toujours eu un problème pour bâtir une bonne histoire. Je me suis améliorée un peu avec les années. Et du coup, "Travestis" devenu "Le Roi Lézard" est, je crois, une bien meilleure histoire. Plus sensible aussi. Chaque personnage est plus investi que dans la première version. Et je vais jusqu'au bout des idées, je ne me contente pas d'esquisser. Ce qui est aussi l'un de mes défauts. Entre-temps, j'ai lu, appris en lisant les autres. Et j'ai réfléchi. "Travestis" était intéressant, je suppose, mais bordélique et assez invraisemblable, artificiel. Plus cérébral que réellement sensible. Je crois au pouvoir de l'émotion. Et il me semble que je suis plus exigeante avec moi-même. Dont acte. Il faut préciser aussi que je n'ai commencé à gagner un vrai public qu'à partir de la création de la série Ingrid et Lola. je compte la continuer mais ne veux pas pour autant renier ce que j'ai fait auparavant. Mes trois romans récrits concernent la série Louise qui n'a jamais vraiment accroché le public et la presse. je trouve cela dommage alors j'ai essayé d'injecter dans les premiers Louise, tout ce que j'ai appris depuis 1995. Mais je m'arrêterai là. "Travestis" sera ma dernière réécriture. 
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