Illégitime Défense SIGNAC368

PIERRE SIGNAC

Illégitime Défense


Aux éditions ARABESQUE

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Le lundi 28 Septembre 2015

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Pierre SIGNAC




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE
Collection Crime parfait ? N°19.  Parution 3e trimestre 1958. 224 pages.  

Lorsque Siniac signait Signac !

Il est cinq heure, Paris s'éveille... Et Arthur Boildieu aussi, dans un café, avec devant lui une table surchargée de verres. Pourtant ce n'est pas un habitué de la bouteille. Il a mal à la tête et ne se souvient de rien. Sa migraine est due à sa cicatrice récoltée durant la guerre et parfois elle lui joue des mauvais tours.

Alors qu'il habite près de la place Clichy, il est dans un troquet près de Montparnasse, où il s'est installé la veille peu avant minuit. C'est le serveur qui l'affirme. Il faut qu'il prévienne sa femme Suzanne qui doit s'inquiéter, à moins qu'elle soit chez Prenon, de même que son associé Jérôme Laherse avec lequel il gère une entreprise de quincaillerie. Il ne sait même plus quel jour on est. Un journal lui apprend la date : jeudi 7 novembre. Il ne se souvient plus de son emploi du temps des derniers jours.

Traversant la rue de Rennes afin de téléphoner, il se fait bousculer par un scooter. Son crâne heurte le trottoir et il perd connaissance. Lorsqu'il reprends ses esprits, il préfère échapper aux badauds compatissants et rentre chez lui en taxi.

Sa chute malencontreuse lui a déverrouillé le cerveau, et les souvenirs affluent. Seulement ils ne sont pas là pour lui remonter le moral.

Le samedi soir précédent, il a tenu à accompagner sa femme jusqu'à Montargis, afin de se rendre au chevet de la mère de celle-ci. Ils ont reçu un télégramme envoyé par la sœur de Suzanne qui leur demandait de venir au plus vite. Mais à proximité de la forêt il s'arrête à une pompe à essence et prétextant un besoin urgent, ça arrive, il s'éloigne. Il n'apprécie guère le manège du pompiste qui reluque sa femme.

Faut dire que Suzanne, en plus d'être belle, commence à se faire un nom comme comédienne et elle ne manque pas d'admirateurs. Prenon, l'homme honnis, travaille dans le théâtre et le cinéma, et évidemment, cela attise la jalousie d'Arthur Boildieu. Il s'était marié avec Suzanne, alors jeune provinciale, puis l'avait aidée à devenir actrice. Seulement il n'estime pas ses nouvelles relations. Tant et si bien qu'exécré et remonté, il s'arrête à nouveau et étrangle Suzanne à l'aide d'un foulard. Elle se défend, on la comprend, et elle lui tape sur la tête à l'aide d'une pierre, réveillant sa blessure. Il transporte le corps dans un fourré puis repart tranquillement chez lui. La montre cassée de sa femme lui indique que le drame s'est déroulé deux minutes avant minuit.

Mais entre le samedi jour du drame et ce jeudi matin, il ne se souvient pas de ce qu'il a pu faire. Alors il recherche dans son subconscient qui refuse de lui donner les réponses, interroge des membres de sa famille, ses amis et connaissances. Qu'a-t-il fait en rentrant puis les soirées du dimanche, du lundi, du mardi, du mercredi ? Peu à peu il arrive à renouer les fils auprès de ses proches et même de ceux qu'il n'aime guère et dont les sentiments sont réciproques. Certains lui avouent spontanément son emploi du temps, d'autres se demandent bien ce qu'il lui arrive, alors qu'ils s'emberlificote dans ses déclarations. Et tout va bien jusqu'au moment où il se retrouve avec deux alibis !

Ce premier roman de Pierre Siniac, qui de prime abord peut être catalogué de facture classique, est le révélateur de ce qui sera considéré plus tard le style de Siniac. Comme un roman en spirale, dont le dénouement est surprenant, voire paradoxal. Un retournement de situation illogique et logique à la fois.

En effet le lecteur, tout comme le héros malgré lui de cette intrigue, a l'impression de tourner en rond, à la recherche d'une mémoire défaillante, puis lorsqu'il possède tous les éléments en main, tout bascule. En effet, alors qu'il recherche un alibi pour se dédouaner lorsque le corps de sa femme sera découvert, le plus tard possible espère-t-il, Arthur Boildieu se trouve confronté à un double problème. Il a deux alibis, dont l'un est apparemment incontestable. Or de ce dernier alibi il n'en veut pas, même si le premier est établi sur un mensonge.

Ce roman, publié en 1958, sera suivi en 1959 de Bonjour cauchemar, dans la même collection, et de Monsieur Cauchemar, chez Denoël en 1960 dans la collection Crime-Club. Il faudra attendre 1968 pour que Pierre Siniac retrouve son nom et un éditeur, en l'occurrence la Série Noire, pour la publication d'n roman qui aura un grand succès, au cinéma : Les Morfalous !

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