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JAMES SCOTT

Retour à Watersbridge


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Le samedi 7 Fevrier 2015

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James SCOTT




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Elspeth Howell vient de passer quatre mois en ville, exerçant son métier de sage-femme. En ce neigeux hiver 1897, elle rentre dans sa ferme isolée du nord de l’État de New York. Son mari Jora et leurs enfants (Mary, Emma, Jesse et Amos) ont été massacrés. Cinq ou six jours plus tôt, trois hommes portant des foulards rouges ont débarqué ici, tuant sans pitié toute la famille. Sauf Caleb, douze ans, fils solitaire des Howell. Il a tout vu depuis le fenil, dans la grange où il passait son temps. Bien que possédant un fusil Ithaca, il n'a pas pu intervenir. Sans le vouloir, Caleb blesse sérieusement sa mère à son arrivée. Fiévreuse, Elspeth reste semi-inconsciente durant plusieurs jours. Son esprit lui restitue des images de leur vie passée, entre la pieuse dureté de Jora et leur histoire familiale. C'est le feu qui va intégralement purifier le décor meurtrier. Caleb et sa mère se réfugient dans la grange.

Le garçon réfléchit à la suite : “Ils auraient besoin d'un plan, et pour la première de fois depuis le drame, il envisagea la possibilité d'un avenir. La seule chose qu'il révélerait à sa mère, c'est qu'il prévoyait de tuer ces hommes. Sans doute le voudrait-elle aussi.” Après quelques jours de répit, Elspeth affaiblie et Caleb partent à pied dans la neige et le brouillard. Un long chemin de croix dans les campagnes sans vie. Ils échouent finalement dans la maison d'un couple de vieux, William H.Wood et sa femme Margaret. Ceux-ci leur procurent chaleur et réconfort. Quatre jours plus tôt, le trio de tueurs a brutalisé William, dérobant ce qu'ils pouvaient. Ils sont partis en direction de Watersbridge. Elspeth connaît la ville, près du lac Erié, car c'est là que naquit Caleb. William et Margaret ne peuvent retenir la mère et son fils, pressés de rester sur les pas du trio criminel.

Tandis qu'ils se logent dans un hôtel, Caleb découvre la civilisation. Déguisée avec les vêtements de son défunt mari, Elspeth se voit offrir un job d'homme à la Compagnie des Grands Lacs. Un boulot difficile où elle fait équipe avec Charles Heather, au caractère plutôt bienveillant. Elle ne peut rien lui révéler dans l'immédiat. Caleb ayant entendu parler de la Taverne de l'Orme, un lieu mal famé, il a été engagé pour un petit job de service par le patron, London White. Il est convaincu que c'est là qu'il trouvera la trace des trois tueurs. Caleb s'est acheté un Colt, qui ne le quitte pas. À l'Orme, il croise des types comme Owen Trachte, qu'il sent animé d'une sourde colère, ou Martin Shane, un habitué paraissant énervé de nature. Mais il y a également la jeune Ellabelle, qui l'impressionne quelque peu. Tandis qu'Elspeth reste hantée par son passé, il n'est pas question pour Caleb de renoncer à sa vengeance…

À la toute fin du 19e siècle, l'Amérique reste largement un décor de western, la ruralité s'appliquant toujours à de petites villes comme Watersbridge. C'est une époque rude, où le confort reste relatif pour la population modeste, gens ordinaires menant une vie sans luxe, chacun défendant ses maigres biens ou sa tranquillité. Non sans utiliser des armes, au besoin. Des notables de la classe un peu plus aisée, tels ceux qui employèrent Elspeth Howell, il en existe. Ces conditions de vie engendrent une sélection naturelle au détriment des plus faibles, y compris des bébés. On se raccroche dans certains cas aux préceptes bibliques, comme le fit Jora Howell. Ou on traîne sa peine et ses secrets, telle Elspeth.

Ce que l'on retient en priorité, c'est l'écriture de James Scott, capable de faire passer cette âpreté de l'ambiance d'alors. Certes, il y a des règlements de comptes dans l'air. Au-delà de ça, c'est l'ensemble des rapports entre tous les protagonistes qui sont sous perpétuelle tension. Beaucoup de méfiance, assurément une dose de rancœur. Néanmoins, l'auteur parvient à nuancer, à travers des personnages plus modérés : William et Margaret Wood, le patron de l'hôtel Frank, l'ouvrier Charles Heather, et d'autres encore. Quelques lueurs humanistes percent dans toute cette noirceur.

Quant à l'intrigue, le massacre initial en est le moteur, bien sûr. Toutefois, c'est dans l'histoire d'Elspeth et de ses proches que l'affaire prend sa source. Bien que de style personnel, ce roman puissant n'est pas sans rappeler ceux de Ron Rash. C'est avec une très belle maîtrise que James Scott nous raconte ces destins tourmentés.

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Une autre lecture du

Retour à Watersbridge

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

The Kept - 2014. Traduction d'Isabelle Maillet. Parution le 5 février 2015. 400 pages. 21,50€.

Un roman qui jette un froid et donne le frisson !

Le retour à la maison, après quelques semaines d'absence, n'est pas celui auquel s'attendait Elspeth Howell. Cela fait quatre mois qu'elle est partie exercer la profession de sage-femme et elle revient avec dans son cabas quelques bricoles achetée à la ville afin de les offrir à ses enfants, dont elle possède la liste, et à son mari.

Amos, quatorze ans, Caleb, douze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Seulement après avoir longuement marché dans la neige et qu'elle parvient enfin à la ferme isolée où tous habitent, elle ne peut que constater le désastre.

Ses enfants ont été tués, abattus par des coups de fusil, de même que Jora son époux. Soudain un coup de feu retentit. Elle est touchée et perd connaissance. Lorsqu'elle se réveille péniblement, de longues heures après, son fils Caleb est penché sur elle et la soigne, extirpant les chevrotines parsemées un peu partout avec la pointe d'un couteau. Caleb qui lui a tiré dessus, croyant au retour des trois hommes munis d'un foulard rouge qui ont décimé la famille. Il était, lorsque les meurtriers sont arrivés, caché dans la grange, avec les animaux. Car Caleb est un solitaire, depuis qu'il a aperçu son père commettre un acte répréhensible. Son père qui ne s'exprimait que par versets ou citations de la Bible qu'il connaissait par cœur.

Elspeth la pécheresse, c'est ainsi qu'elle se définit intérieurement, se remet doucement Caleb l'ayant enveloppée dans des couvertures de fortune pour la protéger du froid. Puis, alors qu'elle peut à peine marcher, ils partent vers la ville laissant derrière eux un champ de ruines. Caleb, à cause de la neige et du gel, n'a pu offrir une tombe décente à son père et à sa fratrie, aussi il les a incinérés. Le feu s'est propagé aux bâtiments rapidement. Mais ils sont loin de tout. Ils arrivent d'abord dans une autre ferme où vit un vieux couple qui les héberge un certain temps, lui offrant vivres et vêtements. Puis il repartent pour Watersbridge, la grande ville minière située sur le lac Erié, au nord de l'état de New-York.

Elspeth est habillée en homme et Caleb la présente comme son père à l'hôtel où ils trouvent une chambre. Elle trouve un emploi à La Glacière, un vaste entrepôt de blocs de glace extraits des rives du lac. Le travail est dur, épuisant mais ils travaillent en binôme. Caleb se fait embaucher dans un tripot comme garçon à tout faire, surtout pour laver les draps que les jeunes filles ou femmes qui montent dans les chambres salissent consciencieusement avec les hommes qui les paient pour s'occuper de leur virilité. Car Caleb est toujours à la recherche des trois hommes aux foulards rouges. A la recherche d'autre chose aussi, sa véritable identité. Car il a compris peu à peu, Elspeth parlant parfois par énigmes, de même que Jora, qu'il n'est pas vraiment l'enfant du couple. D'ailleurs il ne ressemble ni physiquement, ni mentalement à ses frères et sœurs.

Car c'est bien tout le secret d'Elspeth qui se rendait à la ville, parfois pour plusieurs mois, employée comme sage-femme ou infirmière.

Ce roman à tendance plus naturaliste et sociale que policier, n'est pas sans rappeler à certains moments Zola, Dickens et Hector Malot. Par la violence de la terre et de ceux qui y vivent, par la misère pas seulement financière des protagonistes, et ces enfants qui triment, orphelins ou non et se retrouvent dans des situations ambigües qui les font devenir adultes avant l'heure. C'est également un roman réaliste dû à la plume d'un jeune auteur qui met en pratique ce qu'écrivait Guy de Maupassant dans la préface à Pierre et Jean : Le réaliste, s'il est artiste, cherchera, non pas à nous donner une photographie banale de la vie, mais à nous donner la vision la plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.

Un réalisme qui se décline aussi bien dans la narration de la découverte des corps par Elspeth, par l'intervention malheureuse de Caleb, dans sa façon de se débarrasser des corps et l'incendie qui s'ensuit, dans leur longue marche dans la neige, chez le couple qui vit avec leurs fantômes, puis à Watersbridge, où tout tourne autour de La Glacière alors qu'Elspeth travaille comme elle peut essayant de donner le change sur son sexe, et L'Orme où Caleb découvre la vie tronquée. Watersbridge où l'on peut acheter sans barguigner une arme à feu, même à crédit, Caleb en profite. Car il a besoin d'une arme pour réaliser sa vengeance, même s'il promène à longueur de temps ou presque son Ithaca, celui dont il s'est servi contre sa mère par inadvertance mais qui est un peu encombrant.

Le roman de la vie, de la mort, de la quête du père, de l'identité, de la vérité enfouie dans tous les mensonges dont Caleb a été abreuvé durant sa jeunesse, mensonges appuyés par la Bible dont Jora faisait abondamment usage. Peu à peu d'autres secrets se révèlent au jour, éclatent comme des bulles nauséeuses, et l'auteur distille avec un malin plaisir ses révélations au fur et à mesure que le récit avance, les lâchant au compte-gouttes souvent par insinuations.

L'histoire se passe en 1897, cela n'est pas précisé dans le roman, mais page 219 il est question du président McKinley et des problèmes avec l'Espagne, ce qui permet de dater l'intrigue.

Un roman qui aurait pu trouver sa place dans la collection Cadre Vert en compagnie de Ron Rash et Tim Gautreaux.

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PAUL MAUGENDRE
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