Sale époque SCHLESSER343

GILLES SCHLESSER

Sale époque


Aux éditions PARIGRAMME (NOIR 7.5)

594

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Le jeudi 11 Juin 2015

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Gilles SCHLESSER




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Originaire de Brie-Comte-Robert, le commissaire Louis Gardel est âgé de vingt-huit ans. Il est en poste au Quai des Orfèvres. Il est très apprécié du préfet de police Lépine. Le jeune enquêteur entretient une relation semi-amoureuse avec une voyante, Lucie Cassandre, qui a pour voisin un drôle de bonhomme, Guillaume de Kostrowitzky. En ce mois d'octobre 1902, c'est le commissaire Cornette qui est chargé de faire la lumière sur le décès brutal d’Émile Zola. Néanmoins, par admiration pour celui qui défendit le capitaine Dreyfus, Louis Gardel s'intéresse à sa mort suspecte. Déjà, les funérailles du grand écrivain se préparent. Il y assistera, parmi une foule considérable. Il va aussi interroger Mme Monnier, concierge de l'immeuble de Zola. Car, ce jour-là, la présence imprévue de ramoneurs est curieuse.

Une autre affaire est confiée au policier Gardel : les sœurs Frou-Frou sont des jumelles qui se produisent aux Folies-Bergère. Habitant un hôtel particulier avenue d'Antin, ces demi-mondaines sont actuellement entretenues par le diplomate et financier Raffalovitch. Ruiné, leur précédent protecteur, le baron Eisenberg, s'est récemment suicidé. Olympe de Bléville et sa sœur Hortense figurent, telles Liane de Pougy ou la Belle Otero, parmi les célébrités du Tout-Paris. En réalité, c'étaient deux orphelines jumelles élevées séparément qui, sous l'impulsion d'Olympe, ont réussi ensemble à se hisser jusqu'à la haute société de l'époque. Riches amants et douces amantes, la liste des amours des sœurs Frou-Frou est longue. Hélas, Olympe de Bléville vient d'être poignardée dans sa loge, aux Folies-Bergère.

Assisté de l'inspecteur Galabert, le commissaire Gardel n'est pas certain que la lettre de menaces reçue par les jumelles soit capitale dans ce dossier. Néanmoins, on fait expertiser l'écriture, qui pourrait bien désigner quelqu'un de la famille du baron Eisenberg. Le préfet Lépine rappelle à Gardel que ce meurtre touche au prestige de Paris, et des jolies femmes qui en sont les ambassadrices. Tandis que Galabert rêve d'approcher la Belle Otero, Gardel s'intéresse à un couple d'amis d'Olympe, l'écrivain Willy et son épouse Colette. Celle-ci fut intime avec la victime. Gardel devine en elle une personnalité attachante, et ne doute pas qu'elle soit l'auteure de la série de romans "Claudine". Si son mari Willy fanfaronne, à son habitude, difficile de le soupçonner d'avoir assassiné par jalousie Olympe de Bléville.

Imaginer un lien entre la mort d’Émile Zola et celle d'une sœur Frou-Frou, c'est sans doute saugrenu. Autant que de tester sur des cobayes le gaz mortel qui tua Zola. Gardel s'invite chez la comtesse de Loynes, pas une aristocrate mais une demi-mondaine mûre qui guida les débuts d'Olympe. Le policier n'aime guère ces militants de mouvements anti-sémites, que fréquentent cette dame. L'affaire de Fort-Chabrol, trois ans plus tôt, oblige à se méfier de ces Ligues. La lettre de menaces offre à la police du préfet Lépine un coupable idéal. Le commissaire Gardel est sûr que la vérité est plus compliquée. Aux obsèques d'Olympe, le gratin mondain est réuni. S'il écoute en s'amusant les ragots du maître d'hôtel Hugo, c'est plutôt grâce à Colette que Gardel peut espérer avancer dans ses investigations…

Explorer une période du passé, voilà une forme de voyage dans le temps que permet le polar historique. Toutefois, un roman n'est pas un cours magistral où l'auteur étalerait son érudition. Gilles Schlesser le sait pertinemment : il privilégie toujours l'intrigue criminelle. Ce sont le mystère et l'enquête qui priment, c'est la recherche de la vérité qui importe. Par la parfaite connaissance du contexte, ici Paris en 1902 au cœur de la Belle-Époque, sont ensuite restituées les ambiances d'alors, les décors typiques, et l'on côtoie les grands noms qui faisaient l'actualité de ces années-là. On aperçoit la silhouette d'Apollinaire, on rend visite à Colette et Willy, on entre dans le bureau du préfet Lépine, et sont évoquées ces courtisanes pour lesquelles les messieurs de la haute société dilapidaient des fortunes.

Les femmes, l'argent, le sexe : tout ça était clinquant chez les demi-mondaines, beaucoup moins chez les filles des rues : “Si l'on ajoute aux six mille filles officiellement encartées les quatre-vingt mille lorettes, grisettes et autres insoumises sur les trottoirs de Paris, sans compter les pierreuses des terrains vagues ou des fortifs, il y aurait – selon Lépine – plus de cent cinquante mille prostituées dans la capitale. Dont la moitié porte la syphilis, ce "Mal de Naples" qui touche désormais un Parisien sur sept, ces "avariés" qui emplissent chaque jour un peu plus le service des vénériens de Cochin.” Belle-Époque pour une infime partie de la société, le peuple ne comptant guère, loin de cette débauche frénétique.

L'émotion autour de la mort d’Émile Zola était indescriptible, mais on la ressent dans cette histoire. Quant aux circonstances de son décès, on verra ce qu'en dit le commissaire Louis Gardel. Bien que fin limier, il reste tant soit peu un provincial complexé, nostalgique d'un amour de jeunesse. Peut-être parce qu'elle vient de Bourgogne, il se sent en affinités avec Mme Gauthier-Villars, plus connue sous le nom de Colette. On apercevra la comédienne Polaire, qui incarna "Claudine" au théâtre, dont la popularité fut celle d'une star. Gardel aime aussi flâner dans Paris, choisissant certains bars : “Le Flore est un bistrot tranquille de petits rentiers et de joueurs de cartes, un café sans histoire où l'on est sûr que jamais la moindre personnalité ne mettra les pieds.” Le récit ne manque pas d'humour, en voilà une preuve, puisqu'on sait ce que symbolisera plus tard le Café de Flore. Il y aurait mille autre qualités à souligner, car c'est un savoureux polar qu'a concocté Gilles Schlesser.

 

 

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Une autre lecture du

Sale époque

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution 4 juin 2015. 216 pages. 12,90€.

Le reflet en négatif de la Belle Epoque...

Pouffiasses ! Après la banque, vous vous attaquez aux emprunts russes. Rien de vous arrête ! Sauf la mort, peut-être ? Prenez garde la justice divine est en marche.

Ce n'est qu'un petit mot découvert dans la loge de l'une des sœurs Frou-Frou. Mais il veut tout dire. Olympe, une des Frou-Frou, a été retrouvée troué par un poignard. Elle a fait une allergie à la lame et en est décédée. Hortense en découvrant le cadavre de sa sœur jumelle a crié puis est tombée dans les pommes.

Olympe et Hortense de Bléville, dont c'est le nom de guerre, interprètent des statues vivantes et chantent dans le nouveau spectacle des Folies Bergères. Enfin il faut mettre tout ça au passé. Elles étaient devenues la coqueluche du Tout Paris et ne comptaient plus les amants officiels et officieux, dont le dernier en date est un banquier russe qui doit placer des titres d'emprunt.

L'enquête est confiée au jeune commissaire Gardel, du 36 Quai des Orfèvres, un protégé du préfet de police Lépine. L'important selon Gardel est de bien connaître les origines des sœurs Frou-Frou, mais également de cerner leurs relations. Orphelines, elles avaient été placées dans des familles d'accueil, et ne se sont retrouvées que dix ans après leur séparation. Les familles, vivant dans deux endroits éloignés de Paris, étaient de conditions différentes mais modestes. L'une était plutôt choyée tandis que l'autre vivait chez des Thénardier. Mais en ce 3 octobre 1902, le lendemain du décès de l'assassinat d'Olympe, la ville vibre surtout à un autre décès survenu le 29 septembre. Les avis sont partagés sur ce grand écrivain qui a défrayé la chronique lors du procès Dreyfus, en prenant la défense du capitaine. Les antisémites donnent de plus en plus de la voix, or se pourrait-il qu'il y ait corrélation entre l'affaire Olympe et le décès supposé accidentel de Zola ?

Par exemple Anatole France, qui doit prononcer le discours en hommage à son illustre confrère lors de l'inhumation de celui-ci, est un familier de Willy et Colette, le couple créateur des aventures de Claudine. Or Colette est amie avec Olympe. Une amie proche, très proche.

Gardel va donc devoir enquêter de front sur la mort d'Olympe et celle de Zola, car le préfet Lépine n'est pas convaincu, jugeant que le commissaire de quartier a bâclé ses investigations au domicile de l'écrivain. Et il se rend compte que des dichotomies existent aussi bien dans les déclarations d'Hortense, la sœur d'Olympe, dans les relations qu'elle entretient avec les différents protagonistes qui gravitent dans son entourage, que dans le décès franchement suspect de Zola. Mais une autre piste est abordée, celle d'Abel Eisenberg, qui voulait absolument récupérer les bijoux de sa mère, bijoux inconsidérément donnés par son père aux deux sœurs, surtout Olympe dont il était l'amant. Etait car si Olympe est décédée, le baron Eisenberg a été retrouvé quelques semaines auparavant dans la Seine, un suicide supposé car il était ruiné ayant tout dépensé auprès des belles. Or ne serait-il pas envisageable de penser que le fils Eisenberg aurait voulu soit venger le père et relustrer un nom ayant perdu de son éclat.

Après La mort n'a pas d'amis et Mortel Tabou, romans dans lesquels évoluait Gardel, Sale époque nous convie à découvrir le commissaire attaché au 36 Quai des Orfèvres lors d'une de ses premières enquêtes.

Ce qui fut surnommé La Belle époque ne l'était pas tant que cela, mais nous restons dans le cadre de la bourgeoisie, des politiques, des littérateurs et des artistes. Les femmes de petite vertu, les croqueuses de diamants, les horizontales, les demi-mondaines, quel que soit le nom qui leur fut donné, participent activement à la vie parisienne. Elles sont courtisées par des princes, des rois, des hommes politiques, des financiers, et l'on retrouve au détour des pages Liane de Pougy, la Belle Otéro surnommé par certaines de ses consœurs La grosse Otarie, et navigant dans les eaux de la littérature Colette, nègre avouée de Willy, et d'autres grandes figures des Lettres de l'époque. Ce qui passait à l'époque pour des mœurs dissolues, mais le saphisme étant toléré, car l'amour charnel entre femmes ne prêtait pas à conséquence, aucun enfant ne résultant de leurs ébats.

Mais surtout c'est l'antisémitisme qui règne sur Paris, une emprise qui saisit aussi bien les prolétaires que les hommes politiques, et la vindicte à l'encontre de Dreyfus est propice à tout débordement.

Les personnages présents dans ce roman, fictifs ou réels, possèdent chacun leurs petits travers, leurs défauts, parfois leurs qualités, leurs colères, leurs petites manies... Ainsi Gardel, collectionne les petites annonces insolites, les découpant dans les journaux et les collant dans un classeur. Un amusement comme un autre.

Citation :

Nous ne sommes pas responsables de tous les imbéciles qui passent dans notre lit.

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