Mortel Tabou SCHLESSER271

GILLES SCHLESSER

Mortel Tabou


Aux éditions PARIGRAMME (NOIR 7.5)

741

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Le jeudi 6 Fevrier 2014

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Gilles SCHLESSER




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Paris, mai 1947. En cet après-guerre, c'est Saint-Germain-des-Prés qui est au centre de la vie culturelle de la capitale. S'inspirant de Jean-Paul Sartre, depuis un an et demi, tout est ici “existentialiste”. Sans doute est-ce plus simplement un vent de liberté qui souffle sur la jeunesse de l'époque. Paul Baulay est journaliste quasi-débutant à Paris-Matin. Il a choisi la même voie que sa défunte mère, Camille. Il reste proche de la concierge Malou, qui l'a elevé, et surtout du commissaire Gardel. Aujourd'hui septuagénaire, le policier est à la retraite, mais il garde un œil sur l'actualité criminelle, et sur son petit-fils, Paul. Celui-ci vit avec Charlotte, comédienne et chanteuse. Ami d'un artiste complet, le musicien et écrivain Boris Vian, le jeune reporter fréquente la cave du Tabou.

Installé sous le bistrot du couple Guyonnet, ce club de jazz attire une bande de joyeux drilles, mais des clients plus select commence à venir. Toutefois, la bruyante fréquentation du Tabou déplaît à une partie du voisinage, qui pourrait pétitionner pour sa fermeture. Le club des concierges initié par Malou (Mme Jean, M.Albert, et M.Ferdinand, trop souvent absent) est partagé sur cet “existentialisme” qui envahit leur quartier. Par Paul, Malou sait que le Tabou n'est pas ce lieu orgiaque dénigré par les médias. Quand Jean-Paul Sartre est agressé dans la rue, il s'en sort bien. S'il souhaite qu'on garde le silence sur l'incident, il serait bon que la police alpague l'agresseur. Les autorités ne seraient pas fâchées qu'il s'agisse d'un communiste. Possible, puisque Sartre connaît quelques démêlés avec eux.

Peu après, un meurtre sanglant est commis dans une rue voisine. C'est le concierge Albert Latour qui trouve le corps du comédien Olivier d'Harcourt. Il a été massacré à coups de marteau, même objet avec lequel on a attaqué Sartre. La victime a laissé un message posthume : “J'ai toujours prévu que j'aurais une mort comme celle-ci”. En l'absence de son rédacteur en chef, Paul Baulay suit l'affaire, espérant que ce sera bon pour sa carrière. Il peut compter sur le commissaire Bartholet, ami et ex-adjoint du policier Gardel, pour de bonnes infos. Dans son premier article sur le meurtre, Paul en profite pour faire un peu de publicité pour le Tabou. Le reporter est bientôt convoqué chez lui par Sartre, devenant un de ses proches. Simone de Beauvoir sera prochainement de retour de voyage.

La police a établi un dossier précis concernant Olivier d'Harcourt. On peut se demander si ses mœurs ont un lien avec le crime. Un habitué du Tabou, le Major, peut être suspecté. Ce Loustalot, qui se dit dessinateur sur cravates, est plutôt un olibrius amateur de fêtes qu'un assassin. Le commissaire Bartholet se rend au Tabou, afin d'en renifler l'ambiance, interrogeant Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco, tenancières du club. De son côté, Paul Baulay cherche ses propres pistes dans ce milieu où il est plus à l'aise que Bartholet. Ce qui n'est certainement pas sans danger. D'autant que le tueur frappera encore...

C'est une remarquable reconstitution du climat d'après-guerre à Saint-Germain-des-Prés, que nous propose Gilles Schlesser. Pour lui, “l'existentialisme” étant le mot d'ordre de ces temps-là, il ne s'agit pas de juste citer quelques noms, mais bien de faire “exister” ces personnalités. Le Boris Vian du Tabou, bien sûr, mais aussi ses ennuis avec la justice en tant que traducteur de Vernon Sullivan. Même face à son ami Paul, il n'avoue toujours pas la paternité de “J'irai cracher sur vos tombes”. La rue Dauphine appartient à l'Histoire. On sait que, grâce à l'intendant de police M.de Sartine, elle fut la première rue parisienne à bénéficier de l'éclairage public. Bien que l'épopée du Tabou ait peu duré, c'est aussi un de ses repères historiques.

On retrouve la complexité de l’intelligentsia de ces années, en particulier autour de Sartre. Ce dernier résume en quelques mots les raisons pour lesquelles il est détesté par les communistes : “C'est très simple, Baulay, j'ai une clientèle, la jeunesse, des types comme vous. Et cette clientèle, ils veulent me la piquer. Le Parti a peur qu'elle se détourne du marxisme au profit de ma philosophie de la liberté. Alors, on me discrédite, on me calomnie...” On apprécie également le petit monde des concierges, si présent alors, qui fréquentent la loge de la sympathique Malou. Ce suspense s'inscrit dans la lignée du précédent titre de l'auteur, “La mort n'a pas d'amis” (2013), avec le fils de Camille Baulay et l'ombre protectrice de Gardel. Délicieusement rétro, et très vivant.

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Et ce n'est pas tabou !

Etre dérangé dans ses pensées par son ancien adjoint, qui plus est à même pas neuf heures du matin, n'est pas du goût de l'ex-commissaire Louis Gardel. Mais Raymond Bartholet est vraiment embêté et il pense que son ancien supérieur hiérarchique pourrait, éventuellement, lui donner un petit coup de main. Car l'affaire est grave ! Jean-Paul Sartre a été agressé ! Une tentative d'assassinat qui s'est déroulée dans son quartier. Gardel invite à déjeuner Bartholet et tout en prenant son café au Flore, justement là où Sartre possède ses habitudes, il se remémore quelques épisodes de sa vie, notamment sa fille Camille, qui fut journaliste et qui en décédant lui laissait un bébé, Paul Bauley, qui aujourd'hui a vingt et un ans et suit les traces de sa génitrice.

Paul Bauley est donc journaliste débutant à Paris-Matin, et fréquente les jeunes gloires du Quartier Latin et du Tabou, le cabaret à la mode, un endroit mal famé selon les riverains. Il est vrai que la musique sort de la cave et envahit la rue, sans compter les nuisances sonores occasionnées par les clients légèrement pompettes qui en sortent. Paul est ami avec Boris Vian qui écrit des romans et commence à se faire un nom, d'ailleurs sans qu'il s'en défende vraiment il est accusé de se cacher sous le pseudonyme de Vernon Sullivan et d'avoir écrit un roman sulfureux ayant pour titre J'irai cracher sur vos tombes. Officiellement il n'en est que le traducteur, mais les langues vont bon train.

Sartre ne doit la vie sauve qu'à l'intervention musclée de Ferdinand, son concierge ancien catcheur. L'agresseur, qui était muni d'une massette, a réussi à se sauver laissant entre les mains de Ferdinand son blouson et son portefeuille qui contenait une carte d'identité à moitié déchirée, une carte du parti communiste datant de 1937 et un peu d'argent. Il s'agirait d'un certain Jean-Pierre Dunois demeurant dans le XXe arrondissement. L'inspecteur Miko est chargé de l'enquête de voisinage.

Malou, qui a été la nourrice de Paul Bauley, tient une loge de concierge et les samedis après-midi elle organise une réunion du club, à laquelle participent d'autres représentants de cette profession aujourd'hui disparue. Il y a madame Jean, Albert et Ferdinand et ça papote à qui mieux-mieux des petits événements qui se déroulent dans le quartier. Et ils glosent sur leur entourage, de Paul qui habite l'immeuble, de Charlotte la nièce d'Albert qui fréquente plus ou moins Paul, de Sartre, de Boris Vian, de Juliette Gréco et quelques autres qui vivent tous dans les environs.

Paul Bauley est intéressé par l'affaire Sartre et il sent qu'il peu écrire de bons papiers, d'autant que son rédacteur en chef est dans l'incapacité temporaire de se rendre au journal. Il glane ses renseignements auprès de Bartholet mais un meurtre est perpétré, à la sortie du Tabou. Avec une massette ou un marteau. Le dénommé Dunois serait-il un récidiviste ? Mais auparavant il faudrait pouvoir mettre la main dessus afin de l'interroger.

En ces mois d'avril et de mai 1947, le Quartier Latin est en effervescence. Les habitants n'en peuvent plus d'entendre le chahut à la sortie du Tabou.

A la question de savoir si Sartre possède des ennemis, il a répondu : pas plus que ça, à part les communistes, les catholiques, les fascistes et les journalistes. Ce qui n'avance guère les enquêteurs. Il est vrai que ses thèses sur l'existentialisme gêne les bourgeois honnêtes.

Gilles Schlesser prend prétexte d'une intrigue policière pour mettre en scène l'atmosphère, l'ambiance qui règnent dans cet après-guerre alors que les tickets de rationnement ont toujours cours. L'approvisionnement n'est pas toujours assuré. Et bien entendu les éternelles récriminations, du genre c'était mieux avant, ne manquent pas d'être exprimées.

- Tu as vu ça ? Pour le pain, en ce moment, c'est dansons la capucine. ! Les grèves, par dessus-ça ! Ce n'était pas la peine de gagner la guerre !

- Ce sont les Américains qui l'ont gagnée, Malou ! Avec les Russes.

- Quand même, on l'a gagnée un peu...

- Tu parles, les seuls qui ont gagné quelque chose dans l'histoire, ce sont les trafiquants du marché noir...

Une discussion banale parce qu'une boulangerie est fermée et parce que juste auparavant quelqu'un du quartier leur a demandé de signer une pétition:

- Une pétition contre l'introduction du Coca-Cola en France. Une boisson méprisable qui n'a rien à faire chez nous. La preuve, c'est que Bonaparte n'en buvait jamais.

Les temps ont bien changé, les mœurs aussi.

Un voyage dans le temps qui permet de jouer avec personnages fictifs et réels, dans lequel évoluent Anne-Marie Cazalis, Boris Vian, Juliette Gréco et bien d'autres dont Jacques Loustalot surnommé le Major, souvent habillé en militaire et qui amuse la galerie avec son œil de verre. C'est également un panorama de Paris, des prédominances de certains partis politiques dont le parti communiste, et déjà les problèmes financiers des journaux. Or un article inédit fait vendre et c'est pour cela que Paul Bauley, qui signe Oxymore, est bien placé car il recueille à la source les informations. Ce qui ne fait pas tout évidemment. Tout se résume dans le petit doigt, celui qui attire la chance, qui décrotte les oreilles pour recueillir les confidences : Sans son petit doigt, le journaliste n'est qu'un revolver sans munitions.

Et en filigrane on suit l'envie de Paul Bauley de connaître son origine, de savoir qui était son père, et de suivre les traces de sa mère. Et ce roman est un peu la suite de La mort n'a pas d'amis (chez le même éditeur) à la manière de Dumas : vingt après (ou presque). Mais Paris reste toujours la capitale des Arts et des Lettres, tout au moins dans l'esprit de ces deux époques, même si l'extravagance de certains artistes défraye la chronique et attire l'ire des gens bien pensants.

Un roman plaisant à lire qui nous change de la production actuelle qui s'engonce dans la violence à défaut d'une véritable histoire bien construite. Ici nous sommes en apnée et pour les lecteurs de ma génération ils se trouveront en territoire connu ou presque.

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