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“temps Noir” N°20


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Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Peut-être faut-il préciser une nouvelle fois que “Temps Noir” n’est pas un magazine polar, mais une publication de référence destinée à celles et à ceux qui sont intéressés par l’univers des littératures policières, d’hier et d’aujourd’hui. Animée par Franck Lhomeau, cette revue présente de précieux témoignages, documents et illustrations, sur ce genre littéraire et son histoire. Soulignons la belle et riche iconographie accompagnant à chaque fois les textes. Dans ce vingtième numéro, il est largement question des liens entre les romans noirs et le cinéma…

S’il publie quelques romans au début des années 1950 dans la collection Fleuve Noir Spécial-Police (Priez pour elle, Méfiez-vous des blondes, Massacre en dentelles), c’est en tant que scénariste et dialoguiste que Michel Audiard acquiert une notoriété certaine dès cette époque. Il a le sens des répliques qui font mouche (“Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît” — “Le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner.”), servies par de grands acteurs. Ayant contribué au succès de nombreux films, il symbolise un cinéma populaire qui marqua trois décennies. Mais il subsiste des zones d’ombres dans la vie de Michel Audiard, qui ne souhaitait guère s’exprimer sur ses débuts professionnels.

Né en 1920, s’étant forgé une culture ambitieuse, le jeune homme vivote dans le Paris de la guerre. Sa rencontre avec Robert Courtine lui permet d’entrer à l’hebdomadaire L’Appel, publication collaborationniste dirigée par Pierre Costantini. De juillet 1943 à août 1944, il va écrire, principalement des nouvelles, pour ce journal – dont les Juifs sont la première cible. Les textes de Michel Audiard sont parfois sombres, mais généralement guillerets, souriants. Toutefois, respectant l’idéologie de L’Appel, il n’est pas rare que l’on trouve des allusions directes à une supposée fourberie juive. Dans d’autres articles, en tant que critique, il a parfois la dent dure contre le monde artistique d’alors, mais défend aussi des talents tels les cinéastes Jacques Becker ou Gilles Grangier.

À la Libération, tandis que Robert Courtine est en fuite à Sigmaringen, Audiard est brièvement inquiété car il a été chargé de veiller sur l’appartement de Courtine. Son rôle est minimisé, quelle qu’en soit la raison. Après la guerre, il entre au journal L’Étoile du Soir, où il écrit des articles sur le cinéma. S’il se montre mordant vis-à-vis de certains films ayant plu au public, il défend des chefs d’œuvres comme “Citizen Kane”, “Arsenic et vieilles dentelles” et des films américains issus du roman noir… Franck Lhomeau retrace en détail cette période méconnue de la vie de Michel Audiard.

Après-guerre, deux grandes collections sont lancées en parallèle, qui ont pour but de présenter au public français des auteurs anglais et américains. Face à la Série Noire, sous la direction de Marcel Duhamel, l’éditeur Sven Nielsen a créé les Presses de la Cité, avec sa collection Un Mystère. La rivalité s’installe vite, concernant les traductions et les droits d’auteurs accordés aux écrivains étrangers. Nielsen a deux atouts de poids : il récupère la publication des romans de Simenon avec lequel il est ami ; et il se montre généreux quant aux sommes et pourcentages octroyées aux auteurs traduits. Peter Cheney est alors le plus en vue, tant pour ses polars que pour ses romans d’espionnage. C’est Sven Nielsen qui rafle la mise, au grand dam de Marcel Duhamel. Ce dernier est conscient qu’il y a un auteur à ne pas rater : Raymond Chandler. Les tractations vont bon train, compliquées car les nouvelles de celui-ci intéressent moins la Série Noire… Un épisode éditorial que raconte Cécile Cottenet dans un article documenté.

De la fin des années 1940 à la décennie 1960, le cinéma britannique a produit quelques remarquables films noirs. Certains sont restés très célèbres, y compris pour leur ambiance musicale, d’autres méritent d’être redécouverts. Ce qui est possible grâce aux DVD. L’auteure Cathi Unsworth, dont plusieurs romans ont été publiés chez Rivages, propose sa sélection de titres. Des perles rares, choisies avec pertinence… Dans ce n°20, Pierre Charrel présente un dossier qui permet aux lecteurs de mieux connaître Fabrice Colin, Brian Everson, Claro, François Angelier (à propos de la collection dédiée à Jean Ray), et David Peace évoque Sherlock Holmes à travers un petit texte inédit en français.

La Série Noire et le cinéma, toute une histoire que nous rappelle François Lhomeau. Bon nombre de romans américains publiés dans la collection ont été adaptés au cinéma. Films de gangsters, scènes nocturnes et urbaines, tension et trahison entre les héros, violence et coups de feu, durs-à-cuire et femmes fatales, la légende du "film noir" est déjà sur les écrans quand naît la Série Noire. Durant les premières années, les auteurs français sont rares dans la collection, à l’exception notable de Jean Amila. Difficile de produire des films de truands "à la française". C’est le “Touchez pas au grisbi” d’Albert Simonin qui, se déroulant dans le monde de la pègre, sera le premier à être transposé au cinéma. On y utilise l’argot comme, dans les films américains, le slang. C’est une sorte d’aristocratie du banditisme qui est au centre de l’histoire : “Max-le-Menteur et ses amis déambulent comme des pachas dans les rues de la Capitale, au volant de voitures de luxe…”

Suivront “Du rififi chez les hommes”, “Razzia sur la chnouf”, “Le rouge est mis”, autant de films évoquant les vicissitudes du Milieu. Mais il ne faudrait pas oublier l’atmosphère d’un grand film de l’époque, “Gas-Oil”, d’après le roman de Georges Bayle. L’auteur est un chauffeur routier, qui décrit admirablement son univers. Ce sera fort bien illustré à l’écran par le cinéaste Gilles Grangier, avec Jean Gabin et Jeanne Moreau. Quant à “Classe tous risques”, roman de José Giovanni s’inspirant du truand Abel Danos, ce rôle offre à Lino Ventura l’occasion de changer de style : “Plus mature, dépouillé de ses allures de brute épaisse et cosmopolite, il entre aisément dans le costume du caïd vieillissant…” Un autre roman de José Giovanni, “Un nommé La Rocca”, sera bientôt adapté au cinéma, histoire sombre et percutante à souhaits.

On ne peut passer à côté du film de Jean-Pierre Melville “Le Doulos”, truffé de références à l’Amérique revendiquées par le cinéaste. Mais l’humour va finalement s’imposer dans ces productions, remplaçant le strict climat de la pègre par des parodies appréciées du grand public. “Le cave se rebiffe” et “Les tontons flingueurs” en sont la meilleure illustration. Un truand semi-retraité et un orfèvre de la gravure de "faux talbins" doublant leurs congénères, la démonstration est plutôt jouissive dans le premier. (“Ça court les rues, les grands cons ! — Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !”). Quant au second, pas une scène qu’on ait oubliée tant ce film regorge de drôlerie. Un dossier qui nous replonge dans une époque où inventivité et audace permirent de créer des films d’anthologie. Encore un numéro de Temps Noir à ne pas manquer.

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