Sœurs Brisées PALACH345

JEAN-MARIE PALACH

Sœurs Brisées


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Sœurs brisées

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Jean-marie PALACH




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution 23 novembre 2017. 262 pages. 18,00€.

Mais qui les réparera ?

Rose, couleur bâtarde entre le blanc virginal et le rouge sang !

Il ne faut pas toujours se fier aux couvertures mais parfois elles sont révélatrices d’un état d’esprit qui imprègne le contenu. Cette couverture rose qui nous renvoie indéniablement à l’univers de Barbara Cartland, mais qui ne possède aucun des aspects de la littérature dite à l’eau de rose. Et puis ce médaillon, comme une sorte de miroir, mais un peu déformant, dont le reflet n’est pas l’exacte réplique de l’original. Mais quel est l’original ?

Héloïse et Faustine sont deux sœurs qui dès leur prime enfance avaient tout pour se différencier l’une de l’autre. Héloïse, de cinq ans plus âgée que sa sœur, franchissait deux par deux les étapes scolaires, tandis que Faustine était à la traîne. Ce qui désolait leur père. Et Faustine était aussi nettement plus jolie que sa sœur aînée, ce qui parfois peut entraîner une forme de jalousie qui n’a pas lieu d’être.

Et puis est survenu le drame dans leur existence. La mort des parents dans le crash d’un avion qui devait les conduire à Nice à l’appel d’Héloïse qui passait deux semaines de vacances chez une amie. Elles avaient respectivement dix-huit et treize ans. Et Héloïse s’est occupé de Faustine jusqu’à une nouvelle fracture s’immisce dans leur vie cinq ans plus tard.

Héloïse sortait avec Sébastien, ils s’aimaient, elle l’accompagnait aux matchs de football et en ce jour de la finale de la coupe du monde opposant la France au Brésil, en 1998, à la fin de la partie, ils avaient bu plus que de raison. Et ils avaient eu un accident de voiture coûtant la vie au jeune homme et blessant grièvement, voire plus, une mère et sa fille. Fini les espoirs d’une carrière prometteuse avec en poche une agrégation.

Depuis, après avoir souvent déménagé, Héloïse vit dans le quartier de Plaisance, dans le XIVe arrondissement parisien, plus précisément rue Raymond Losserand, et tous les jours les jours ou presque, elle se rend à l’église Notre-Dame du Travail dont la structure métallique intérieure rend hommage à la condition ouvrière. Un lieu de sérénité mais qui ne l’empêche pas de penser à toutes ces années gâchées. Elle corrige des copies par correspondance et a écrit dix romans, dont le dernier vient de connaître un succès improbable.

Faustine, s’est occupée de sa sœur après son accident, une forme de reconnaissance, puis elle a passé un concours administratif et depuis elle travaille au quarante-sixième étage de la Tour Montparnasse, dans un bureau de la direction du ministère des Affaires sociales. Elle est méthodique, pointilleuse, et ses rapports, pas toujours appréciés à leur juste valeur par sa chef de service, pensez-donc une énarque… ses rapports de souffrent d’aucune négligence. Elle ne fréquente personne, et encore moins une de ses collègues qui tire les couvertures à elle. Si, deux ans auparavant, elle sortait avec Frédéric, mais celui-ci est parti pour son entreprise aux Antipodes et elle n’a pas voulu le suivre.

Tous les jeudis, à midi et demi, Faustine déjeune chez Héloïse. Un repas de chez le traiteur, en regardant les informations à la télévision. La conversation est inexistante. Et cela dure de puis des années, jusqu’au jour où Héloïse doit se rendre au Salon du Livre de Paris, signer ses œuvres. Et Faustine apprend incidemment que sa sœur écrit depuis des années. Une écriture obsessionnelle qui tourne toujours autour d’un thème unique le passage de la vie à la mort, mais empruntant des vois différentes. Son dernier ouvrage en date traite de l’arrivée de Pinochet en Argentine.

Bien que sœurs, Héloïse et Faustine ne pratiquent pas ce concept moderne de la sororité, terme féministe désignant la fraternité. Si elles se voient une fois par semaine, pendant une heure, elles n’échangent pas de confidences, chacune restant secrète vis-à-vis de l’autre. Elles sont enfermées chacune dans une bulle.

Cette relation parfois conflictuelle est analysée avec profondeur et pudeur, de même que les relations extérieures des deux sœurs. Faustine face à ses collègues et chefs de service, Héloïse avec son éditeur et le jeune attaché de presse, efficace malgré un certain handicap.

S’incruste alors l’éclosion littéraire. Le premier roman d’Héloïse n’a trouvé preneur qu’au bout d’une vingtaine de démarches, mais ce fut le bon. Un petit éditeur vivant en dehors des pratiques germanopratines, qui a cru dès le début en son talent et l’a toujours soutenue, malgré des ventes plus ou moins catastrophiques, ne dépassant pas les quelques centaines d’exemplaires. Elle s’est toujours cachée, fuyant les salons, les entretiens, les séances de dédicaces.

Pourtant la reconnaissance littéraire se profile, grâce à un chroniqueur qui a su mettre en valeur son potentiel de romancière.

Un critique renommé a suscité un effet de mode. Les moutons de Panurge se sont engouffrés dans la brèche. D’une même voix, ils louent l’élégance du style, l’originalité du propos, la pertinence des analyses, l’œuvre gigantesque qu’elle édifie, la constance de l’auteur, une Bernard Palissy moderne.

Toutefois, elle est gênée, tout autant par ce projecteur qui vient de se braquer sur elle, que parce qu’elle a aperçu à plusieurs reprises et en divers endroits, quelqu’un se cachant sous une capuche, semblant la surveiller, l’épier. L’écriture est un besoin, une nécessité, pour se reconstruire, elle n’attend pas par ce biais la gloire, et les retombées financières.

Quant à Faustine, la nomination d’un nouveau directeur semble rebattre les cartes dans les bureaux. Elle se sent plus forte, mieux évaluée, mieux comprise, et elle va même regimber devant certains éléments qui polluent sa vie. Mais elle possède en elle un secret qui la taraude. IL faudra bien un jour qu’elle s’en débarrasse.

Si le cas de ses deux sœurs est le thème central du roman, la littérature et ses à-côtés en sont le vecteur qui permet à l’auteur de mettre en avant certaines pratiques, surtout de la plupart des lecteurs qui n’achètent qu’en fonction de la réputation des maisons d’édition et de leurs auteurs, et des prix obtenus.

Pour les écrivains, point de salut hors les écuries qui tiennent le haut du pavé. Héloïse découvre les dizaines de confrères, sagement assis derrière une pile de leurs bébés invendables, à l’affût des piétons qui ne s’arrêtent pas. Les gens considèrent avec méfiance ces déshérités, font un écart pour les éviter, ne pas les frôler.

Vous avez sûrement remarqué cette appréhension du chaland face à ces auteurs siégeant au stand d’une maison d’édition qui œuvre en toute discrétion. Et peut-être avez-vous évité l’achat, réservant vos billets pour une valeur sûre, en vous disant si je commence à en acheter à un, va falloir contenter tous les autres, c’est comme pour la mendicité, si l’on donne à un, il faut remplir toutes les sébiles tendues.

Il y donc un peu de Jean-Marie Palach dans ce roman qui joue sur le deuil, les relations familiales ou amoureuses, les différences, et bien sûr la littérature et les difficultés de pouvoir s’exprimer par l’écriture, se faire éditer et surtout se faire reconnaître.

Et Jean-Marie Palach s’amuse à écrire des histoires dans l’histoire, afin de mieux approfondir ses personnages, cerner leur personnalité, leurs sentiments.

Tout est centré ou presque sur ce quartier du XIVe arrondissement parisien, les rues Raymond Losserand, Vercingétorix (rue Vercin comme disent les habitants de ce village), d’Alésia, Pernety, des endroits bourrés de souvenirs, et qui a accueilli en son sein des personnalités comme Georges Brassens, qui a vécu rue d’Alésia puis Passage Florimond ou encore Renaud. Certains s’en souviennent encore… mais ceci est une autre histoire.

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Mais qui les réparera ?

Rose, couleur bâtarde entre le blanc virginal et le rouge sang !

Il ne faut pas toujours se fier aux couvertures mais parfois elles sont révélatrices d’un état d’esprit qui imprègne le contenu. Cette couverture rose qui nous renvoie indéniablement à l’univers de Barbara Cartland, mais qui ne possède aucun des aspects de la littérature dite à l’eau de rose. Et puis ce médaillon, comme une sorte de miroir, mais un peu déformant, dont le reflet n’est pas l’exacte réplique de l’original. Mais quel est l’original ?

Héloïse et Faustine sont deux sœurs qui dès leur prime enfance avaient tout pour se différencier l’une de l’autre. Héloïse, de cinq ans plus âgée que sa sœur, franchissait deux par deux les étapes scolaires, tandis que Faustine était à la traîne. Ce qui désolait leur père. Et Faustine était aussi nettement plus jolie que sa sœur aînée, ce qui parfois peut entraîner une forme de jalousie qui n’a pas lieu d’être.

Et puis est survenu le drame dans leur existence. La mort des parents dans le crash d’un avion qui devait les conduire à Nice à l’appel d’Héloïse qui passait deux semaines de vacances chez une amie. Elles avaient respectivement dix-huit et treize ans. Et Héloïse s’est occupé de Faustine jusqu’à une nouvelle fracture s’immisce dans leur vie cinq ans plus tard.

Héloïse sortait avec Sébastien, ils s’aimaient, elle l’accompagnait aux matchs de football et en ce jour de la finale de la coupe du monde opposant la France au Brésil, en 1998, à la fin de la partie, ils avaient bu plus que de raison. Et ils avaient eu un accident de voiture coûtant la vie au jeune homme et blessant grièvement, voire plus, une mère et sa fille. Fini les espoirs d’une carrière prometteuse avec en poche une agrégation.

Depuis, après avoir souvent déménagé, Héloïse vit dans le quartier de Plaisance, dans le XIVe arrondissement parisien, plus précisément rue Raymond Losserand, et tous les jours les jours ou presque, elle se rend à l’église Notre-Dame du Travail dont la structure métallique intérieure rend hommage à la condition ouvrière. Un lieu de sérénité mais qui ne l’empêche pas de penser à toutes ces années gâchées. Elle corrige des copies par correspondance et a écrit dix romans, dont le dernier vient de connaître un succès improbable.

Faustine, s’est occupée de sa sœur après son accident, une forme de reconnaissance, puis elle a passé un concours administratif et depuis elle travaille au quarante-sixième étage de la Tour Montparnasse, dans un bureau de la direction du ministère des Affaires sociales. Elle est méthodique, pointilleuse, et ses rapports, pas toujours appréciés à leur juste valeur par sa chef de service, pensez-donc une énarque… ses rapports de souffrent d’aucune négligence. Elle ne fréquente personne, et encore moins une de ses collègues qui tire les couvertures à elle. Si, deux ans auparavant, elle sortait avec Frédéric, mais celui-ci est parti pour son entreprise aux Antipodes et elle n’a pas voulu le suivre.

Tous les jeudis, à midi et demi, Faustine déjeune chez Héloïse. Un repas de chez le traiteur, en regardant les informations à la télévision. La conversation est inexistante. Et cela dure de puis des années, jusqu’au jour où Héloïse doit se rendre au Salon du Livre de Paris, signer ses œuvres. Et Faustine apprend incidemment que sa sœur écrit depuis des années. Une écriture obsessionnelle qui tourne toujours autour d’un thème unique le passage de la vie à la mort, mais empruntant des vois différentes. Son dernier ouvrage en date traite de l’arrivée de Pinochet en Argentine.

Bien que sœurs, Héloïse et Faustine ne pratiquent pas ce concept moderne de la sororité, terme féministe désignant la fraternité. Si elles se voient une fois par semaine, pendant une heure, elles n’échangent pas de confidences, chacune restant secrète vis-à-vis de l’autre. Elles sont enfermées chacune dans une bulle.

Cette relation parfois conflictuelle est analysée avec profondeur et pudeur, de même que les relations extérieures des deux sœurs. Faustine face à ses collègues et chefs de service, Héloïse avec son éditeur et le jeune attaché de presse, efficace malgré un certain handicap.

S’incruste alors l’éclosion littéraire. Le premier roman d’Héloïse n’a trouvé preneur qu’au bout d’une vingtaine de démarches, mais ce fut le bon. Un petit éditeur vivant en dehors des pratiques germanopratines, qui a cru dès le début en son talent et l’a toujours soutenue, malgré des ventes plus ou moins catastrophiques, ne dépassant pas les quelques centaines d’exemplaires. Elle s’est toujours cachée, fuyant les salons, les entretiens, les séances de dédicaces.

Pourtant la reconnaissance littéraire se profile, grâce à un chroniqueur qui a su mettre en valeur son potentiel de romancière.

Un critique renommé a suscité un effet de mode. Les moutons de Panurge se sont engouffrés dans la brèche. D’une même voix, ils louent l’élégance du style, l’originalité du propos, la pertinence des analyses, l’œuvre gigantesque qu’elle édifie, la constance de l’auteur, une Bernard Palissy moderne.

Toutefois, elle est gênée, tout autant par ce projecteur qui vient de se braquer sur elle, que parce qu’elle a aperçu à plusieurs reprises et en divers endroits, quelqu’un se cachant sous une capuche, semblant la surveiller, l’épier. L’écriture est un besoin, une nécessité, pour se reconstruire, elle n’attend pas par ce biais la gloire, et les retombées financières.

Quant à Faustine, la nomination d’un nouveau directeur semble rebattre les cartes dans les bureaux. Elle se sent plus forte, mieux évaluée, mieux comprise, et elle va même regimber devant certains éléments qui polluent sa vie. Mais elle possède en elle un secret qui la taraude. IL faudra bien un jour qu’elle s’en débarrasse.

Si le cas de ses deux sœurs est le thème central du roman, la littérature et ses à-côtés en sont le vecteur qui permet à l’auteur de mettre en avant certaines pratiques, surtout de la plupart des lecteurs qui n’achètent qu’en fonction de la réputation des maisons d’édition et de leurs auteurs, et des prix obtenus.

Pour les écrivains, point de salut hors les écuries qui tiennent le haut du pavé. Héloïse découvre les dizaines de confrères, sagement assis derrière une pile de leurs bébés invendables, à l’affût des piétons qui ne s’arrêtent pas. Les gens considèrent avec méfiance ces déshérités, font un écart pour les éviter, ne pas les frôler.

Vous avez sûrement remarqué cette appréhension du chaland face à ces auteurs siégeant au stand d’une maison d’édition qui œuvre en toute discrétion. Et peut-être avez-vous évité l’achat, réservant vos billets pour une valeur sûre, en vous disant si je commence à en acheter à un, va falloir contenter tous les autres, c’est comme pour la mendicité, si l’on donne à un, il faut remplir toutes les sébiles tendues.

Il y donc un peu de Jean-Marie Palach dans ce roman qui joue sur le deuil, les relations familiales ou amoureuses, les différences, et bien sûr la littérature et les difficultés de pouvoir s’exprimer par l’écriture, se faire éditer et surtout se faire reconnaître.

Et Jean-Marie Palach s’amuse à écrire des histoires dans l’histoire, afin de mieux approfondir ses personnages, cerner leur personnalité, leurs sentiments.

Tout est centré ou presque sur ce quartier du XIVe arrondissement parisien, les rues Raymond Losserand, Vercingétorix (rue Vercin comme disent les habitants de ce village), d’Alésia, Pernety, des endroits bourrés de souvenirs, et qui a accueilli en son sein des personnalités comme Georges Brassens, qui a vécu rue d’Alésia puis Passage Florimond ou encore Renaud. Certains s’en souviennent encore… mais ceci est une autre histoire.

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