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BRADFORD MORROW

Duel De Faussaires


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Le mardi 18 Janvier 2017

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Bradford MORROW




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER
La vocation de faussaire de ce New-yorkais naquit dès sa prime enfance. Sa mère l’initia à la calligraphie, à la beauté du geste d’écriture manuscrite. Son père était un collectionneur d’œuvres rares, un bibliophile avisé respectueux de l’objet-livre autant que des écrivains et de leurs textes. Pour lui, c’était un "acte de foi", un désir de préserver la culture, et non de simples transactions onéreuses. Cette famille vénérait les auteurs prestigieux, avec une nette préférence pour Conan Doyle. Le père acquit même un stylo-plume ayant appartenu au créateur de Sherlock Holmes. Ce fut l’occasion pour le faussaire, encore adolescent, de fabriquer son tout premier document falsifié. Pour éviter des bévues, il fallait connaître les moindres détails au sujet de Conan Doyle, c’était son cas.

Par la suite, c’est avec le plus grand soin qu’il exerça son art. Certes, ces fausses lettres et autres dédicaces apocryphes sur des ouvrages d’origine lui rapportèrent de coquettes rétributions. Pourtant, ce fut toujours une démarche artistique qui le guida. Jusqu’au jour où il fut dénoncé de façon assez insolite. Ce qui n’entraîna que peu de conséquences sur le plan judiciaire ou pénal, mais sa réputation de bibliophile en fut sérieusement entachée. Il perdit pendant un temps la confiance de son ami Atticus Moore, bouquiniste spécialisé en ce domaine, mais ils se réconcilièrent. Devoir renoncer à sa passion, ne plus produire de "faux", il finit par s’y résoudre. Ses amours avec Meghan Diehl, libraire new-yorkaise, l’aidèrent quelque peu à entamer une existence honnête.

Originaire d’Irlande, Meghan cultivait une relation quasi-fusionnelle avec son frère Adam. Ce dernier vivait tel un ermite en bord de mer, dans la maison héritée de leurs parents, à Montauk, sur la côte Est des États-Unis. Adam Diehl était également bibliophile, achetant ou vendant ponctuellement des pièces rarissimes. Le faussaire, alors son futur beau-frère, ne fut jamais proche d’Adam. Par contre, il comprit qu’un lot de documents signés Conan Doyle fut vendu par le frère de Meghan, ou du moins transita par lui. Aux yeux d’un expert comme lui, ces lettres étaient manifestement des faux. Que penser d’autographes du poète irlandais W.B.Yeats, dont Meghan était une vraie admiratrice, qu’il possédait aussi ? Il n’avait pas le talent viscéral du fiancé de sa sœur, c’était juste un bon imitateur.

Adam Diehl fut victime d’une agression meurtrière à Montauk. Il fut mutilé, tandis qu’une partie de ses collections étaient vandalisées. Circonstances qui rapprochèrent Meghan et le faussaire. L’enquête stagna durant de longs mois, même si le policier Pollock ne manquait pas de persévérance. Le principal suspect se nommait Henry Slader. Collectionneur, il avait été en contact avec Adam, pour une coûteuse transaction. Sans doute s’agissait-il d’un faussaire, lui aussi, possédant un bon savoir-faire, mais aucun génie. Qu’il ait jalousé le frère de Meghan, autant que le fiancé de celle-ci, n’aurait rien d’étonnant. Au point de tuer, peut-être ? Après leur mariage, Meghan et son époux ex-faussaire s’installèrent en Irlande. Un nouveau départ, mais l’ombre menaçante d’Henry Slader planait sur eux…

(Extrait) “Comme les fois précédentes, ni signature à part celle de Conan Doyle, ni adresse d’expédition. Je ne disposais d’aucun moyen de répondre à ses affirmations comme à ses exigences. Par ailleurs, je me trouvais dans l’impossibilité de savoir si l’assertion que Adam était mort en lui devant plus d’un million et demi de dollars relevait ou non d’une invention insensée, délirante et atrabilaire. C’était bien beau de menacer de me faire porter le chapeau de la mort d’Adam – la police n’était jamais allée jusqu’à là – mais je remarquai que lui-même disposait du mobile sinon des moyens et s’il avait attiré l’attention des enquêteurs, ce ne devait pas être sans raison. Néanmoins, la perspective d’être accusé du meurtre de mon beau-frère, de me retrouver assis devant les lampes à arc dégradantes, humiliantes pour ne pas dire viles du système de justice criminelle qui, comme chacun sait, envoie bien plus d’innocents en prison, dépassait mon entendement […] Je n’allais pas laisser de l’argent, extorqué ou pas, ainsi que de fausses lettres de Conan Doyle se dresser entre moi et mon avenir avec Meghan.”

C’est un thème fort peu exploité, donc très original, que Bradford Morrow utilise dans ce roman. Il semble initié de longue date au petit univers des bibliophiles fortunés. On parle ici de ces collectionneurs d’ouvrages et de documents exceptionnels, cercle relativement restreint, riches passionnés ayant les moyens d’acquérir la pièce unique, l’introuvable. Le livre ancien et ses à-côtés génère un "marché" très particulier, ciblé. Il est probable que des faussaires sévissent effectivement dans ce microcosme, mais l’auteur précise qu’ils sont très rares. Car les collectionneurs concernés sont des intellectuels, que l’on aveugle pas si aisément avec des falsifications. Le héros-narrateur décrit cette passion du livre qui animait son père, et sans laquelle lui-même n’aurait jamais atteint l’excellence.

Ce roman se place sous le signe de Conan Doyle, l’illustre créateur de Sherlock Holmes. S’il est question d’autres écrivains (Yeats, Henry James), le succès populaire de Doyle fait qu’il reste une référence littéraire majeure. Dans cette histoire, on croise une sorte de Chien des Baskerville, mais également d’autres allusions à son œuvre holmésienne. On peut imaginer que les documents de la main de Conan Doyle restent extrêmement rares et, pour la plupart, répertoriés et protégés. Toutefois, croire au miracle n’est pas interdit : des bibliophiles se laisseraient fatalement tenter par des pièces encore inconnues, malgré leur vigilance habituelle. Ensuite, intervient une question de "réseaux", de crédibilité du possesseur de ces pièces ainsi que du vendeur.

La tonalité du récit n’est évidemment pas celle d’un brutal roman d’action, même si l’on y trouve quelques scènes violentes. On évolue dans un petit monde feutré, raffiné. Le héros raconte a posteriori un épisode marquant de sa vie, non sans se souvenir de ses origines culturelles. Intrigue criminelle, bien sûr, puisqu’il y a eu meurtre. Suspense, en effet, car l’affaire n’est que lentement résolue. L’essentiel réside néanmoins dans la finesse narrative et l’ambiance autour des protagonistes. Il faut se montrer prudent sur les comparaisons, mais l’écriture stylée de Bradford Morrow se rapproche de celle de Thomas H.Cook. C’est dire qu’il s’agit là d’un roman absolument séduisant.

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