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SAM MILLAR

Les Chiens De Belfast


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Le vendredi 17 Janvier 2014

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Sam MILLAR




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

On dit de Karl Kane que c'est le meilleur détective privé de Belfast, et le plus discret. Si ce n'étaient des tracas de santé, quelques impayés de longue date et une pension alimentaire à régler, Karl Kane pourrait exercer paisiblement son métier. Il est assisté de Naomi, sa secrétaire et jeune amante, native de Derrybeg dans le Donegal. Différence d'âge notable, car Kane approche de la cinquantaine. Un client, Bill Munday, l'engage pour s'informer sur un cadavre découvert au Jardin Botanique. Ce qui permet à Karl Kane d'apurer un peu ses dettes. Son ex-beau-frère Mark Wilson étant policier, le détective fréquente sans fraterniser son équipe de flics. C'est chez eux qu'il apprend que la victime avait trois impacts dans le crâne.

Selon Chris Brown, un des contacts de Kane, ce Wesley Milligan fut huissier avant une dégringolade sociale. Il devint simple gardien de prison. Il aurait organisé des partouzes avec des détenues junkies pour des gentlemen. Karl s'adresse à l'ancienne épouse de Milligan. Celle-ci a pour amant un jeune ex-taulard du genre agressif. À la fois Jekyll et Hyde, le plus souvent brutal, le défunt ne manquait pas d'ennemis, dit sa veuve. Après avoir rendu son rapport à M.Mundy, le client de Karl cherche des renseignements sur un second meurtre, très récent. Un certain Joseph Kerr est mort après avoir rencontré une femme séduisante et musclée, peut-être une prostituée. En effet, cette “Suzy” paraissait ne rien ignorer de la vie privée de Kerr, et désirait le faire longuement souffrir.

D'après le médecin légiste, ami d'enfance de Karl, la meurtrière a utilisé du phosgène, un produit mortel plutôt rare. Elle s'en est servie de façon aussi astucieuse que symbolique. Quand l'indic Chris Brown est abattu, malgré le passé chargé de celui-ci, Kane doute que ce soit une vengeance de dealers. Le détective visite l'appartement de Chris, récupérant le manuscrit de ses souvenirs, que la victime devait publier. Sentant une menace, Kane fuit précipitamment les lieux. Si le meurtre du petit cambrioleur Andy Fleming passe inaperçu, celui de l'agent immobilier McCully figure dans la même série criminelle. On trouvera trace de la mort d'un nommé Donaldson, qui n'est pas sans lien avec Milligan et Kerr. La piste de la tueuse, ressemblant à une actrice connue, se dessine finalement. Mais le principal coupable de cette affaire reste dangereux...

Après d'autres titres de Sam Millar, voici la première aventure de l'enquêteur Karl Kane. “Pour dire la vérité, je ne suis pas tout à fait un civil. Disons un borderline pseudo-flic. Ils n'ont pas encore trouvé exactement dans quoi me ranger.” C'est parmi les détectives de la meilleure tradition, qu'on peut le classer. Encore que ses références puissent étonner : “[Kojak] c'était un flic chauve qui avait toujours une sucette à la bouche et disait : Qui prend soin de toi, beauté... J'ai un noir secret que je vais te confier... J'ai toujours voulu être Telly Savalas, mais avec des cheveux.”

Toutefois, Humphrey Bogart en trench-coat mastic est aussi un de ses modèles : “Je peux faire un Bogart correct dans la pénombre d'un sept heures du soir.” Un détective digne de ce nom ne doit pas manquer d'ironie, se montrant narquois envers la police : “Qu'est-ce que tu as à toujours remonter les gens comme des pendules ? demanda Wilson. „Ÿ Si je le fais, c'est qu'ils ont une clé dans le cul, répondit Karl du tac au tac.” Un personnage qui a de la répartie, on aime ça.

Le “privé” prend une bonne dose de coups, lorsqu'il va farfouiller dans les plus répugnants cas criminels, c'est la règle. Même si son client et sa rémunération disparaissent, il est déjà trop engagé pour stopper net. Vu le niveau de cruauté dont fait preuve l'assassin, nul doute qu'il s'agisse d'une vengeance. Outre le contexte autour de Karl Kane, l'efficace construction du scénario nous apporte, progressivement et en louvoyant, les éléments nécessaires du dossier. Les bonnes histoires de détectives sont toujours aussi excitantes, Sam Millar nous le prouve.

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CLAUDE LE NOCHER
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Une autre lecture du

Les Chiens De Belfast

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JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY
Il y a des saisons mortes, des paysages littéraires moroses, quand tout ce que vous ouvrez vous tombe des mains au bout de quelques pages. Pire peut-être, devant la pile à lire, pas d’envie, devant la pile lue, pas de souvenirs, partie, envolée la petit étincelle de la curiosité satisfaite, d’émotions faites de surprises et d’attente. Lassitude ? Saturation ? Ou mauvaise pioche ? Et puis débarque Sam Millar. Un roman qui commence avec la scène dure, violente des derniers instants d’une femme massacrée par des tortionnaires ivres. Ensuite les fragments d’une histoire âpre, rugueuse, vous dégringolent sur la figure sans crier gare, dans le sillage d’un détective privé, Kae, souffrant d’hémorroïdes. Que Sam Millar décide de ne rien nous épargner des douleurs, saignements, brûlures et démangeaisons n’est pas innocent. Il a une façon bien à lui de ramener l’humain à sa condition primaire, primale, sans doute.
Le privé est heureux en ménage –mis à part ses doutes : c’est trop beau pour durer- pas plus alcoolo que ça, raisonnablement désabusé, le quotidien surtout marqué par sa lutte contre les factures. Les flics sont aussi mauvais que les mauvais qu’ils poursuivent : machos, vulgaires, violents… Avec un style sans fioritures, sans recherche d’effets, au rugueux brut de décoffrage, Sam Millar crée une image personnelle d’un Belfast appauvri par la crise, et d’Irlandais loin du mythique et sympathique poète rêveur et buveur. Ken Bruen nous en avait déjà avertis : l’Irlande d’aujourd’hui est un pays sombre, violent, mauvais, que ne sauvera que l’amour s’il en reste au monde. Citer Ken Bruen n’est pas innocent. Son style est si personnel qu’il fait partie des rares auteurs qu’on reconnaît à ses mots autant qu’à son nom. Sam Millar prend ce chemin là, loin, loin, loin des histoires convenues qu’on oublie sitôt lues.
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JEANNE DESAUBRY
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