Il Est Des Morts Qu'il Faut Qu'on Tue MARTIN450

ROGER MARTIN

Il Est Des Morts Qu'il Faut Qu'on Tue


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Le jeudi 14 Janvier 2016

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Il est des morts qu'il faut qu'on tue

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Roger MARTIN




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Romain Delorme est né en 1870. Il est le fils d'Anselme Delorme, qui fit carrière dans la police avant une retraite financièrement aisée. Il est donc légitime que Romain entre dès 1908 dans les Brigades mobiles crées par Georges Clemenceau, les Brigades du Tigre. Par patriotisme, contre l'avis paternel, il s'engage comme combattant en 1914. Il va côtoyer entre autres le lieutenant Louis Pergaud, prix Goncourt quatre ans plus tôt. Romain frôle la mort en 1915, sauvé par un caporal juif, avant d'être hospitalisé à Paris. Il y retrouve Caroline Rémy, dite Séverine (1855-1929), journaliste libertaire féministe. Cette activiste, cible d'adversaires acharnés qu'elle ne craint pas, a des révélations à lui faire sur ses vraies origines. Ce qui permettra à Delorme d'affronter sans complexe son "père".

Depuis un quart de siècle, Romain a suivi un parcours plus que singulier. Il n'avait guère qu'une vingtaine d'années quand il fit ses premiers pas dans la police secrète, grâce à son mentor, Louis Andrieux. Si celui-ci tient un rôle ambigu, c'est pour le bien de la démocratie en France : “Un deus ex machina que rien ne gratifiait autant que d'élaborer dans l'ombre plans et manœuvres pour réduire des ennemis dont il se persuadait, non sans quelque raison, qu'ils étaient avant tout ceux de la République...” L'époque fourmille d'opposants : nationalistes, royalistes, anarchistes, anciens Communards. En permanence, leurs ligues défient l’État. Leur point commun, c'est l'antisémitisme. Tous estiment que les Juifs ont un pouvoir exorbitant. Les nationalistes proches des catholiques s'avèrent les plus féroces.

Officiellement journaliste, mais bel et bien policier pour Andrieux, Romain ne tarde pas à fréquenter les sphères politiciennes. Sous prétexte de reportage, il devient bientôt un proche du marquis Antoine de Morès. Cet aristocrate fit fortune en Amérique, avant de se présenter comme un des plus fervents ennemis des Juifs en France. Ami de Jules Guérin, qui publie des journaux antisémites, Morès bénéficie de soutiens influents qui financent son action. Les bouchers de La Villette, la Cité du sang, lui servent d'hommes de mains. À chaque scandale dénoncé, telle cette livraison à Verdun de viande à soldats prétendument avariée, Morès et ses partisans crient "victoire" contre les Juifs. Leur impact est encore faible, mais Andrieux redoute la montée en puissance de Morès et de son mouvement.

Assisté d'Aurore, son amante et sa secrétaire, Romain observe les évènements qui agitent cette fin de siècle. Tout un ramassis de contestataires provoquent de graves incidents, comme au mariage de Juliette de Rothschild. Autour de Jules Guérin et de son journal "La libre parole", ils excusent le terroriste poseur de bombes Ravachol, accusant la République de tous les maux. Tel Morès, on se bat en duel pour ses idéaux, on commet des meurtres caractérisés, on est acquitté quand même. Romain en tirera cette conclusion : “Je me vautre dans un monde effrayant où la parole donnée n'a aucun sens, où des traîtres de mélodrames passent leur temps à ourdir des machinations sordides et des complots si alambiqués qu'on se demande comment ils peuvent se tirer eux-mêmes du labyrinthe issu de leurs cerveaux pervers.”

Entre-temps, Romain a été témoin des suites de l'affaire Dreyfus, en attente de révision d'un procès inéquitable ; il a contribué à la riposte d'Andrieux contre les nationalistes, et à la contre-attaque de Clemenceau qui va provoquer la chute de Morès ; il a participé à l'affaire de Fort Chabrol, chez les antisémites de Jules Guérin ; il a appris la vérité sur la mort plus que suspecte d’Émile Zola, et bien d'autres situations où la police secrète eut un rôle à jouer. En 1934, quand il raconte tout cela, ressurgissent les sulfureux nationalismes, autant basés sur le populisme que sur les traditions anti-républicaines, prétextes à de virulentes campagnes anti-juifs…

Le titre, “Il est des morts qu'il faut qu'on tue”, est emprunté au poète Fernand Desnoyers. Il exprime bien la violence politique régnant en France à la fin du 19e siècle, depuis "la Semaine Sanglante" qui acheva la Commune, jusqu'aux débuts du siècle suivant, avec ses résurgences précédant la 2e Guerre Mondiale. Dans une démocratie terriblement fragile, chaque manifestation se solde par des morts. "Se battre pour ses idées" signifie souvent risquer sa vie, dans un climat larvé de guerre civile. Beaucoup complotent pour renverser le système en place, mais d'autres aussi pour le protéger. Manipulés, les "gauchistes" d'alors vont plus tard réaliser que le combat antisémite n'est pas le leur, l'affaire Dreyfus n'y étant pas pour rien. En ce temps-là, les nationalistes (notion à ne jamais confondre avec le patriotisme) se croient des opposants capables d'arriver aux portes du pouvoir.

C'est une fresque historique s'appuyant sur une documentation pointue que nous dessine Roger Martin. Bien qu'il s'agisse d'une fiction, on y croise des personnalités réelles d'alors. Dont ce méprisable marquis de Morès, aventurier fantasque plus escroc que fin politique, charismatique meneur des xénophobes de son époque. L'auteur ne s'attarde pas sur le procès de Dreyfus, mais sur ses conséquences, avec la mort douteuse de Zola, et son houleux transfert au Panthéon. Sans oublier l'épisode répressif du 51 rue de Chabrol, qui calma un moment les mouvements précurseurs du fascisme. Quant au politicien Louis Andrieux, luttant avec fermeté contre le désordre ambiant, il n'est autre que le père d'un célèbre écrivain du 20e siècle.

La "toile de fond" est historique, au plus près des réalités. Toutefois, connaissant bien les littératures policières, Roger Martin revendique plutôt le roman noir qu'un cours d'histoire. Les péripéties priment tout, ce qui est l'apanage de la fiction. S'il y a effectivement une leçon à tirer, elle peut s'adresser à d'autres auteurs, grâce à deux éléments exemplaires : la structure sinueuse du récit, merveilleusement maîtrisée, navigue à travers les époques sans que le lecteur ne s'égare jamais ; et la narration est d'une souplesse remarquable, d'une fluidité hyper-agréable. Qu'on ne s'étonne pas que soit utilisé un vocabulaire anti-juifs tel que celui de ce temps-là. Si quelques révélations plus obscures sortent de l'ombre en cours de route, l'auteur a misé (à juste titre) sur la plus grande clarté d'écriture. Voilà un roman magistral, de qualité vraiment supérieure.

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Une autre lecture du

Il Est Des Morts Qu'il Faut Qu'on Tue

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution 14 novembre 2016. 542 pages. 21,00€.

Vers attribué au poète bohême Fernand Desnoyers s'en prenant au défunt Casimir Delavigne. Tout comme les êtres humains, certaines plantes ont du mal à cohabiter.

En ce mois d'avril 1915, les soldats allemands et français sont englués dans un cache-cache meurtrier dans les tranchées meusiennes.

Malgré les avis négatifs, l'interdiction même, proférés par son père octogénaire et ancien policier, Romain Delorme s'est engagé et ne s'est pas contenté d'obtenir une place de planqué. S'il apprécie certains de ses camarades de combat, notamment le lieutenant, en réalité sous-lieutenant, Louis Pergaud, le caporal Lévy n'entre pas dans son sérail relationnel. Ce n'est pas qu'il soit foncièrement antisémite, mais Delorme n'apprécie guère les juifs. Un préjugé entretenu durant des décennies mais qui s'efface devant le courage de Lévy lors d'une échauffourée entre soldats Allemands et Français, au cours duquel Pergaud est grièvement blessé. L'auteur de La guerre des boutons, récupéré par les Allemands et soigné dans le camp ennemi, perdra la vie à cause d'un tir de barrage français sur le bâtiment de l'hôpital provisoire.

Lui-même blessé à la cuisse, Romain Delorme est rapatrié et, allongé sur un brancard de fortune, il a droit à une boisson chaude à son arrivée à la gare de l'Est. De nombreuses femmes sont présentes, servant les militaires en souffrance. Mais il reconnait celle qui se présente devant lui. Il l'avait vu quelques années auparavant, alors qu'il appartenait aux Brigades du Tigre, lui sauvant la mise lors d'un affrontement plus que musclé entre partisans de Zola et antisémites, antidreyfusards, nationalistes et bien d'autres qui n'acceptaient pas la panthéonisation de l'écrivain qui avait défendu le capitaine accusé à tort de forfaiture et de trahison. Mort le 29 septembre 1902, Zola, décédé dans des circonstances mystérieuses, n'entrera au Panthéon que le 4 juin 1908, une reconnaissance de l'Etat Français envers celui qui fut conspué, traité de bâtard vénitien ou encore de larbin de la juiverie. Naturellement les journaux comme La Croix, Le Gaulois, La Libre Parole s'en donnent à cœur joie dans le démesure haineuse.

Séverine est contente de retrouver Romain Delorme, d'autant qu'elle a des révélations à lui faire. Concernant sa naissance et l'explication de la cicatrice qui orne son cou jusqu'à l'oreille. Une plongée plus de trente ans en arrière, au temps de la Commune. Un affrontement entre les Communards et les Versaillais, surtout lors de la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, une répression inique organisée par le gouvernement Thiers suivie d'exécutions massives des Fédérés et les déportations aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie.

En février 1934, Romain Delorme s'est attelé à l'écriture de ses mémoires, un travail utile destiné à l'édification de sa fille Augustine tout en fournissant des feuilletons pour les rez-de-chaussée des journaux. Les émeutes ébranlent une nouvelle fois la Capitale à la suite de l'affaire Stavisky et de son décès sur lequel le mystère place. Et une nouvelle fois, les tenants de l'extrême-droite, les royalistes, les antisémites se dressent en antiparlementaristes. Tout ceci ramène Delorme à son passé et plus particulièrement une période de sa vie qui s'étale de 1891 à 1902.

L'ancien préfet de police Louis Andrieux lui propose, sur les conseils de Delorme père, d'entrer dans la police, mais pas n'importe laquelle. La Secrète, et Romain devient ce que l'on appelle une mouche, un indicateur rémunéré directement sur des fonds qui proviennent d'une caisse noire de l'Etat. Parallèlement il devient journaliste au Petit Journal, écrivant des articles qui lui sont suggérés. L'audience du journal dépasse le million d'exemplaires, et son influence ne cessera pas de croître, devenant le journal au plus haut tirage de France, sinon du monde.

Sous cette couverture, Romain doit approcher des personnages en vue de l'époque afin de connaître leur influence et surtout afin de mieux les contrer dans leur opinions politique. Les journaux comme La Libre Parole d'Edouard Drumont qui se veut un organe proche du socialisme tout en étant anticapitaliste et surtout antisémite. Son succès est considérable lors de l'affaire Dreyfus et Romain à cette époque n'est pas vraiment antisémite, quoi que.

En sous-main, Louis Andrieux, dont le comportement est pour le moins ambigu, lui demande de surveiller des individus qui ont pignon sur rue, comme le marquis de Morès qui a fondé la Ligue Antisémitique de France avec Drumont et Jules Guérin. Delorme suit Morès dans ses différents déplacements et entreprises, aux abattoirs de la Villette par exemple dont les bouchers sont tout acquis à sa cause. Il crée des scandales, dont celui de viande avariée destinée à l'armée. Il faut dire qu'il a fait ses armes aux Etats-Unis en créant un élevage intensif mais a eu sur les bras des affaires de meurtres dont il a été acquitté. Il s'érige comme l'ennemi de Clémenceau, lequel serait justement en cheville avec Andrieux.

Le déclin de Morès est consécutif à deux affaires qui le mettent dans une position difficile. Le duel contre le capitaine Mayer, lequel décèdera, et la révélation par Clémenceau de l'emprunt qu'il a effectuée auprès d'un banquier juif (!) et dont le nom est associé au scandale de Panama.

Mais Delorme est au cœur d'autres événements qui défraient la chronique de cette fin du XIXe siècle et le début du XXe, au cours desquels il participe en compagnie de son amie et maîtresse Aurore, laquelle lui fut présentée par Andrieux, toujours lui. Puis l'épisode dit de Fort Chabrol, qui se déroula du 12 août au 20 septembre 1899, un immeuble fortifié de la rue de Chabrol dans lequel Jules Guérin s'est retranché, et celui du décès de Zola dans lequel il est impliqué bien involontairement, et d'autres faits tragiques.

Dans ce roman noir et historique, Roger Martin applique comme à son habitude les principes de rigueur, de sérieux, de précision, de documentation exacte et vérifiable, une marque de fabrique.

D'ailleurs le lecteur est en droit de se demander s'il lit un roman ou un document historique tant les personnages fictifs ont de la consistance et s'intègrent parfaitement à ceux, réels, qui parsèment l'ouvrage. Il remet en cause certaines thèses avancées par des journalistes de l'époque, aveuglés par leur haine et leur fanatisme, il réécrit l'histoire de France telle qu'elle s'est déroulée et non telle que le voudrait des historiens englués dans des hypothèses oiseuses et fallacieuses. Pour preuve ce mystère qui entoure toujours la mort de Zola par asphyxie due à l'émanation d'oxyde de carbone, malgré les révélations de Jean Bedel en 1952, puis d'autres. Sans oublier tous les racontars sur la Commune et l'élégie faite à Thiers qui n'en demandait pas la moitié, dans les manuels d'histoire de mon enfance rédigés selon les opinions politiques de leurs auteurs.

Roger Martin essaie de relater en toute impartialité les différents événements qui ont marqué cette époque qui va de la Commune jusqu'en 1934, construisant tout autant un roman noir qu'une œuvre historique dense, dans laquelle on se perd parfois un peu, car manquant des repères qui sont évidents pour l'auteur. Par exemple, je suggère à Roger Martin d'ajouter, lors de la réédition éventuelle et souhaitée de cet ouvrage, d'y incorporer un glossaire des personnages cités.

Ancien professeur de français, Roger Martin met en scène ou évoque des romanciers, polémistes et essayistes qui marquèrent cette époque et dont les noms ont pour la plupart survécus à leur mort. Louis Pergaud, Gyp née Gabrielle Sybille Aimée Marie Antoinette de Riqueti de Mirabeau devenue par son mariage comtesse de Martel, Henri Bauër fils naturel d'Alexandre Dumas, Zevaco, Zola bien entendu, Anatole France et quelques autres traversent ce roman avec leur humanisme ou leurs défauts.

Sans être picaresque, ce roman, puisqu'ainsi cet ouvrage est catalogué, est passionnant et remet quelques pendules à l'heure au moment où justement il est besoin de retrouver la vérité historique et ne pas se laisser aller à des fadaises émises par des personnages qui voudraient réécrire l'histoire afin que celle-ci colle à leurs idées.

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