Casse-pipe à La Nation – Nestor Burma MALET542

LEO MALET

Casse-pipe à La Nation – Nestor Burma


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Le jeudi 24 Aout 2017

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Casse-pipe à la nation – nestor burma

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Leo MALET




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Le détective privé Nestor Burma se rend à la Gare de Lyon, où sa secrétaire Hélène est censée rentrer de Cannes. Mais elle n’est pas dans le train en provenance de Marseille. La Foire du Trône n’est pas loin, place de la Nation. Il y a de l’animation, des attractions en tous genres, et des jolies femmes. Nestor en suit une sur le Super-Grand-Huit. C’est alors qu’il est attaqué par derrière, se bagarrant avec un inconnu sur le scenic-railway. Nestor a failli passer par-dessus bord, mais c’est l’autre qui s’est tué en tombant. Possédant une arme, le détective est obligé de s’expliquer avec les policiers du 12e arrondissement. Heureusement qu’il est un ami du commissaire Florimond Faroux, de la Criminelle. Celui-ci arrive bientôt à la rescousse, garantissant l’honnêteté de Burma.

La jolie femme remarquée par le détective a été choquée par l’accident car elle se trouvait dans le wagonnet juste devant, sur le scenic-railway. Elle s’appelle Simone Blanchet. Quant à l’agresseur, il se nommait Roger Lancelin. Soit il s’agissait d’un dingue, soit il y a eu méprise concernant Nestor Burma. L’année précédente, un accident similaire s’était produit sur le même Super-Grand-Huit. Le détective recueille le témoignage de la jeune victime, Geneviève Lissert, restée gravement handicapée depuis. Il n’aime pas ce genre de coïncidences. Il prend ensuite contacte avec Simone Blanchet. Elle ne connaît pas non plus l’agresseur, ce Lancelin. Toujours sensible au charme féminin, Burma accompagne la jeune femme pour une nouvelle balade à la Foire du Trône.

Simone y est importunée par un groupe de petits frimeurs. Comme ils sont trop insistants, ça se termine en pugilat. Heureusement qu’un lutteur de foire intervient en faveur de Burma. Selon le commissaire Faroux, le défunt Lancelin (dont ce n’est pas le vrai nom) aurait été impliqué huit mois plus tôt dans le vol de cent cinquante kilos d’or, en gare de Montpellier. Un de ses complices vient d’être arrêté. L’entreprise victime du vol versera une belle prime à qui retrouvera l’or. Certes, ça peut motiver le détective, mais il a surtout envie de comprendre. Qu’on l’ait pris pour un flic alors qu’il attendait Hélène en Gare de Lyon, soit. La suite s’avère moins explicable. Peut-être que le nommé Albert Millot, petit chef des bagarreurs avec lesquels s’il s’est colleté, savait quelque chose ?

Le jeune Bébert, “c’est un mariole de fête foraine, un caïd en simili-imitation, un corniaud qui voudrait bien bouffer un mur pour cracher des briques, mais dont le ciboulot n’est pas organisé pour imaginer quoi que ce soit.” Par contre, la fille qui vit depuis quelques jours avec lui, elle a sûrement des choses à cacher. Cette Christine s’enfuit bien vite, même si on ne tarde pas à la retrouver. Entre-temps, un négociant en vins de Bercy s’est adressé au détective, requérant ses services. Il risque fort d’y avoir d’autres cadavres dans cette affaire. C’est dans une maison de Saint-Mandé, près de chez Mme Parmentier (une lectrice d’histoires policières), que Nestor Burma va dénicher les clés de tous ces mystères…

(Extrait) “Elle ne se le fait pas répéter. Elle se pelotonne dans un coin, comme un chat frileux. Hop. Je volte rapidement et balance un coup de crosse sur la main de Bébert. Je ne sais pas ce qu’elle était en train de manigancer, si ses intentions étaient bonnes ou mauvaises, mais enfin elle s’approchait un peu trop près de moi, à mon gré. La gouape pâlit sous le coup et agite sa main, pour lui donner de l’air, puis se la prend dans l’autre, en dansant de douleur. De toutes mes forces, je catapulte le zigue. Il perd l’équilibre et tombe sur une caisse, qu’il écrase sous son poids. Il reste assis parmi les débris de bois. Je souhaite qu’une écharde lui ravage les fesses. Sans cesser de frictionner sa pogne endolorie, qui vire lentement au technicolor, il me regarde et dit :

— Ça va. C’est régulier. Vous voulez votre revanche, hein ? À moins que ça vous suffise comme ça. Mais si vous voulez une vraie revanche, j’aimerais autant qu’on aille ailleurs.”

Nestor Burma est une des grandes figures de la littérature policière française. Son agence de détective est basée rue des Petits-Champs où, généralement, il est assisté par Hélène, sa dévouée secrétaire. Dans la série “les nouveaux mystères de Paris”, Burma va explorer une quinzaine d’arrondissements, en cette fin des années 1950. On retiendra les intrigues énigmatiques à souhaits, fort bien construites, évidemment. Les péripéties ne manquent pas, et le détective a souvent l’occasion de se bagarrer, ou de prendre un coup sur la tête qui va l’assommer. Mais ses aventures sont également un témoignage sur le Paris d’alors.

Le voici dans le 12e arrondissement : “Ça ne manque pas d’arbres, dans le 12e… Et des beaux. Pourvu que ça dure. Avec leur urbanisme et leurs problèmes de la circulation, ils sont bien capables d’abattre tout ça, un de ces quatre.” Léo Malet, l’auteur, est lucide quant aux transformations de la ville. En ce temps-là, Bercy était synonyme des entrepôts de vins qui irriguaient la consommation des Parisiens, et non d’un puissant ministère. Une activité traditionnelle qui périclitera une vingtaine d’années plus tard. En mai, place de la Nation, se tenait la Foire du Trône. Avec des attractions beaucoup plus typiques que les manèges, aussi sensationnels soient-ils aujourd’hui. Les forains avaient leurs baraques où le public était convié, des cracheurs de feu aux lutteurs en passant par les voyantes et tant d’autres animations. Époque révolue, mais il n’est pas interdit de s’en souvenir.

Damnée modernité, estime Nestor Burma ! En 1957, circulent encore des locomotives à vapeur, nettement plus attirantes que les nouvelles machines : “C’est un de ces trains à traction électrique, à qui il manquera toujours la poésie spéciale qui s’attache aux locomotives puissantes, rugissant, crachant, et enveloppées de fumée.” On notera au passage une référence à l’abbé Pierre : “On est couverts par les types d’à côté, ceux qui crèchent dans le baraquement. Ce sont des ménages de boulots que l’abbé Pierre a placés là, en attendant mieux.” Les enquêtes et le suspense, oui. Mais c’est aussi le témoignage historique qui séduit dans ces aventures.

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